Les Livres d'Aline

07 mai 2012

Blog en pause

6365693249_8301e8b2f4_z_large

 

Il est temps d'étudier!

Je vous retrouve début juillet.

A bientôt!

 

(Source image)

Posté par Aline1102 à 18:09 - - Commentaires [13] - Rétroliens [0]
Tags : , ,


01 mai 2012

L'élégance du hérisson, Muriel Barbery

couv42857339L'élégance du hérisson, Muriel Barbery

Edition: Gallimard

413 pages

 

 

 

Résumé

(Présentation de l'éditeur)

"Je m'appelle Renée, j'ai cinquante-quatre ans, je suis la concierge du 7 rue de Grenelle, un immeuble bourgeois. Je suis veuve, petite, laide, grassouillette, j'ai des oignons aux pieds et, à en croire certains matins auto-incommodants, une haleine de mammouth. Mais surtout, je suis si conforme à l'image que l'on se fait des concierges qu'il ne viendrait à l'idée de personne que je suis plus lettrée que tous ces riches suffisants.

Je m'appelle Paloma, j'ai douze ans, j'habite au 7 rue de Grenelle dans un appartement de riches. Mais depuis très longtemps, je sais que la destination finale, c'est le bocal à poissons, la vacuité et l'ineptie de l'existence adulte. Comment est-ce que je le sais? Il se trouve que je suis très intelligente. Exceptionnellement intelligente, même. C'est pour ça que j'ai pris ma décision: à la fin de cette année scolaire, le jour de mes treize ans, ke me suiciderai."

 

Commentaire

Sensation douce-amère avec ce roman dont je n'ai pas vraiment compris l'objectif, à part peut-être nous abreuver de stéréotypes gratuits jusqu'à nous dégoûter de la race humaine. Les personnages sont de vrais clichés ambulants, à tel point qu'ils en deviennent grotesques et pathétiques.

Mais commençons par le commencement. Une des premières choses qui m'a énervée, ce sont les prénoms des filles Josse. Qui Muriel Barbery croit-elle ridiculiser en appelant celles-ci Colombe et Paloma? Les lecteurs ou les parents du duo? Si elle vise les lecteurs, avec moi, c'est râté: j'avais six ans quand j'ai appris que le mot espagnol paloma signifiait colombe en français!! Vingt-deux ans plus tard, le duo Colombe/Paloma a pour moi autant de subtilité qu'un duo Marie/Maria. Ce manque de finesse dans le choix des prénoms des personnages a tout de suite ruiné, en ce qui me concerne, les prétentions à l'intellectualisme du reste du texte: les beaux mots (car ils sont beaux, ça je le reconnais) et les références littéraires multiples ont été noyés par cet agacement ressenti dès les premières pages en entendant parler du duo de colombes.

Autre problème: le nombrilisme de cette Colombe bis (Paloma, donc) qui, parce qu'elle est surdouée, se considère comme la seule personne véritablement digne d'intérêt en ce bas-monde et a une très nette tendance à mépriser tout et tout le monde. Et malgré son Q.I. impressionnant, la gamine devrait sérieusement revoir certains de ses jugements: dans son genre, elle se montre aussi égoïste et élitiste que les gens qu'elle méprise.

De plus, je suis peut-être idéaliste, mais j'ai envie de croire à la bonté de l'être humain. Alors, lire plus de 400 pages où les gens se détestent les uns les autres, c'est dur! Surtout que les stéréotypes sont légion: les pauvres sont humbles et méprisés, les riches sont méchants et indifférents.

Les nombreuses tirades de Renée et Paloma sur l'Art, le Beau et l'Esthétique n'ont rien arrangé: ces passages sont souvent lourds et sans intérêt, surtout qu'ils sont aussi en complète opposition avec le reste du texte. Car, aussi bien Paloma que Renée méprisent le monde extérieur, les autres, la société. Or, sans société, pas d'Art! Cette discipline qu'elle porte aux nues est donc issu de cette société qu'elles abhorrent: où est la logique?

Tout le monde est malheureux dans ce roman, en particulier nos deux héroïnes, mais on a l'impression qu'elles le cherchent: en se mettant à l'écart de la société, en toisant tout le monde du haut de son piédestal, on s'isole et, à force de se sentir seul, on ne peut que devenir amer...

Au final, pourtant, Renée m'a moins agacée que l'horrible Paloma. La concierge m'a aussi semblée beaucoup plus intelligente: loin de se révolter continuellement, elle s'amuse, joue de son statut pour tromper son entourage et mieux se cacher. Renée, malgré les difficultés de sa vie, a trouvé une sorte d'équilibre, de sérénité.

En bref, le seul personnage que j'ai vraiment apprécié est Kakuro Oru. Le raffinement de ce japonais m'a fait l'effet d'une grande bouffée d'air frais au milieu de cette horrible société dépeinte par Barbery. Un second point positif, que j'ai déjà mentionné plus haut: les beaux mots. Le langage châtié utilisé par l'auteur apporte un grand sentiment de paix et de calme au milieu de certaines littératures actuelles, moins soigneuses au niveau du langage.

 

D'autres blogueuses vous en parle: Niki, Suzanne et Perrine.

Posté par Aline1102 à 11:31 - - Commentaires [10] - Rétroliens [0]
Tags : , , , ,

Désolation, Stephen King

couv39347565Désolation, Stephen King

Titre original: Desperation

Edition: J'ai lu

637 pages

 

 

Résumé

Peter et Mary Jackson traversent le Nevada en voiture lorsqu'ils sont arrêtés par la police, pour ce qui semble être un simple contrôle de routine. Mais la confrontation avec le flic géant qui sort de la voiture de patrouille tourne bien vite au cauchemar lorsqu'ils atteignent le commissariat de Désolation, la petite ville minière voisine qui porte particulièrement bien son nom. Le flic commence par abattre Peter sans sommation avant d'enfermer Mary dans une cellule, avec d'autres malheureux pris au piège avant elle...

Mais ce que le flic ne sait pas, c'est que l'une de ses victimes a le pouvoir de le vaincre. David, un enfant d'à peine onze ans, emprisonné là avec toute sa famille, possède est très croyant et sa foi en Dieu va lui permettre de se jouer du monstre qui les retient prisonniers, lui et ses compagnons.

 

Commentaire

Comme il l'a déjà fait dans Ça, Stephen King nous parle, dans Désolation, de la magie de l'enfance.

David, petit garçon que rien ne prédestine à un avenir exceptionnel, se révèle pourtant être plus fort que le mal à l'état pur, dans ce roman haletant. En fait, ce qui fait la force de ce jeune enfant, c'est sa foi en Dieu et en lui-même. Inébranlable, David est persuadé qu'il est l'élu de Dieu, que tout ce qu'il fait lui est inspiré par cette divinité qui parle en lui aussi clairement que sa propre conscience. Grâce à cela, David ne doute pas une seule seconde: il se laisse guider par son instinct, son intuition. Et même si le prix à payer est au final bien élevé pour ce petit bonhomme, il parvient néanmoins à ses fins, puisque la force obscure qui hante Désolation finit par être vaincue.

Ce qui est étonnant dans ce roman du maître de l'épouvante, c'est la quantité de références bibliques. Stephen King a-t-il traversé une période mystique lorsqu'il rédigeait cet ouvrage? En tout cas, les différents fléaux qui frappent la ville de Désolation et ses habitants rappellent furieusement les dix plaies d'Egypte: insectes et animaux participant à la destruction de la ville, tempête de sable inopinée... Ajoutez à cela les différentes prières des personnages, les interrogations de David sur la religion et ses monologues avec Dieu, et vous aurez à peu près saisi l'ambiance générale du roman.

Il n'en reste pas moins que Désolation est un encore un bon roman de suspense, bien dégoûtant parfois (notamment dans la description des cadavres: so shocking!) et qui tient en haleine jusqu'à la dernière page. Avec, en plus, de nombreux personnages sympathiques, on passe au final un très bon moment.

 

Quelques extraits:

"Mary lâcha l'épaule de Peter et se recroquevilla contre sa portière, aussi loin qu'elle put du géant qui approchait.Le flic portait à la hanche un automatique proportionné au reste de sa personne, mais il avait les mains vides - ni carnet ni contravention. Peter n'aimait pas ça. Il ne savait pas ce que cela voulait dire, mais il n'aimait pas ça."

 

"Tu as dit "Dieu est cruel" de la même façon qu'une personne qui a vécu toute sa vie à Tahiti pourrait dire "la neige est froide"… Sais-tu à quel point Dieu peut être cruel, David ? D'une cruauté fanatique ? Parfois il nous laisse vivre."

 

"Dehors, le vent soufflait assez fort pour faire craquer le bâtiment de brique comme un bateau dans la tempête. David entendait aussi le sable qui crépitait sur la façade et la porte comme une neige fine. Le coyote hurla de nouveau, séparé de lui par deux centimètres de bois... et le sachant." 

 

""On se conduit comme des personnages de mauvais films d'horreur, se dit-elle avec dépit. On reste alors qu'on sait qu'on devrait partir, on va voir là où on n'a rien à faire." C'était vrai, mais n'est-ce pas de cette façon que les gens se conduisent, en général ? N'était-ce pas la raison pour laquelle toutes ces horreurs arrivaient dans le monde ? N'était-ce pas, en dernière analyse, la raison pour laquelle tant de gens aimaient les mauvais films d'horreur ? Parce qu'ils reconnaissaient l'enfant terrorisé qui refusait de quitter la maison hantée même après que le meurtrier s'en était pris à lui ?"

 

2kxh4

Le Tableau de chasse Whoopsy Daisy: 4/9

Posté par Aline1102 à 11:23 - - Commentaires [2] - Rétroliens [0]
Tags : , , , , , ,

Le capitaine Alatriste, Les aventures du capitaine Alatriste tome 1, Arturo Pérez-Reverte

couv57683556Le capitaine Alatriste, Les aventures du capitaine Alatriste tome 1, Arturo Pérez-Reverte

Titre original: El capitan Alatriste

Edition: Seuil

264 pages

 

 

Résumé

Iñigo Balboa est envoyé à Madrid par sa mère. Il doit y retrouver le capitaine Alatriste, un ami de son père décédé , qui doit se charger de son éducation. C'est un monde fabuleux que découvre le jeune Iñigo: celui de l'honneur bafoué vengé à la pointe de l'épée, des anciens soldats devenus mercenaires qui vendent leurs services au plus offrant et, même, des artistes. Mais les bons moments que vit Iñigo auprès de son nouveau maître risque de prendre fin: Alatriste n'a pas vraiment rempli la dernière "mission" que de mystérieux hommes masqués lui ont confiée. Ceux-ci cherchent donc à éliminer Alatriste, afin de s'assurer de son silence...

 

Commentaire

C'est un agréable roman que cette histoire du capitaine Alatriste.

L'intrigue de base, celle du guet-apens contre deux jeunes et riches voyageurs anglais met du temps à se mettre en place et a franchement occupé, en ce qui me concerne, le second plan par rapport à l'ambiance générale du roman et à tous les fameux personnages rencontrés.Francisco de Quevedo, l'un des auteurs que j'apprécie beaucoup, est ainsi présent tout du long, puisqu'il est l'un des amis proches d'Alatriste. Et le caractère irrascible de Quevedo, ainsi que ses sonnets vengeurs contre le beau monde de Madrid apportent un rythme plus qu'agréable au récit.

Un autre élément intéressant est l'ambiance de cette Espagne à la fois pauvre et magnifique, où même les plus humbles connaissent les belles lettres et les grands dramaturges. Mais malgré ce bon côté des choses, l'auteur ne nous épargne pas les détails sordides: les ruelles sombres, les tavernes douteuses et les spadassins cachés au coin des rues et prêts à embrocher qui que ce soit pour quelques maravédis sont décrits avec beaucoup de réalisme. Une jolie découverte!

 

Un extrait:

"Et je ne l'ai jamais oublié. Aujourd'hui encore, tant d'années plus tard, je porte la main au sommet de ma tête et j'y sens le contact des doigts affectueux du Phénix des beaux esprits. Il n'est plus, comme Don Francisco de Quevedo, comme le capitaine Alatriste, comme cette époque misérable et magnifique que je connus alors. Mais subsiste encore dans les bibliothèques, dans les livres, sur les toiles, dans les églises, les palais, les rues et les places, la trace indélébile que ces hommes laissèrent durant leur passage sur cette terre. Le souvenir de la main de Lope de Vega disparaîtra avec moi quand je mourrai, comme l'accent andalou de Diego de Silva, le son des éperons d'or de Don Francisco quand il boitait ou le regard vert et serein du capitaine Alatriste. Mais l'écho de leurs vies singulières continuera de résonner tant qu'existera ce lieu aux contours imprécis, mélange de peuples, de langues, d'histoires, de sangs et de rêves trahis: cette scène merveilleuse et tragique que nous appelons l'Espagne."

Posté par Aline1102 à 11:10 - - Commentaires [4] - Rétroliens [0]
Tags : , , , , ,
21 avril 2012

Une jolie citation

Chaque livre a une âme. L’âme de celui qui l’a écrit, et l’âme de ceux qui l’ont lu, ont vécu et rêvé avec lui.

Carlos Ruiz Zafón, L'Ombre du vent (La Sombra del Viento)

Posté par Aline1102 à 17:46 - - Commentaires [6] - Rétroliens [0]
Tags : , , , ,


19 avril 2012

Des souris et des hommes, John Steinbeck

couv49177979Des souris et des hommes, John Steinbeck

Titre original: Of Mice and Men

Edition: Livre de Poche

182 pages

untitled  

Résumé

George et Lennie sont deux vagabonds qui vivent de façon nomade et espèrent trouver un emploi qui leur convient: assez bien payé pour leur permettre d'acheter un lopin de terre et ne demandant pas trop de qualifications. Mais Lennie est simple d'esprit et maladroit; il finit toujours par gaffer et par provoquer son licenciement et celui de George.

Cette fois, pourtant, les choses semblent différentes, comme si Lennie avait compris que l'emploi que lui et George viennent de trouver est leur dernière chance de s'insérer dans la société.

Mais Lennie, qui aime tant caresser la chevelure des femmes, va-t-il pouvoir garder ses distances alors que l'épouse de Curley le provoque?

 

Commentaire

Magnifique! C'est le seul mot qui vient à l'esprità la lecture de ce roman. Et c'est Joseph Kessel qui en parle mieux que personne dans la préface du texte:

" Ce livre est bref. Mais son pouvoir est long.

Ce livre est écrit avec rudesse et, souvent, grossièreté. Mais il est tout nourri de pudeur et d'amour.

Certains auteurs de l'Amérique du Nord disposent d'un secret impénétrable.

Ils ne décrivent jamais l'attitude et la démarche intérieures de leurs personnages. Ils n'indiquent pas les ressorts qui déterminent leurs actes. Ils évitent même de les faire penser.

(...)

Une approche aussi superficielle en apparence devrait logiquement exclure toute perception profonde des êtres et, en eux, tout cheminement spirituel. Ils ne devraient pas avoir de substance, de densité humaine, de vérité. Or - et c'est le mystère - ils vivent tous avec une intensité et une intégrité merveilleuses. Avec leur poids de chair. Avec le mouvement du coeur et les reflets de l'âme.

(...)."

 

Le récit commence au milieu de nulle part, ou presque, avec deux personnages (George et Lennie), dont on ne sait rien. C'est petit à petit, au fil du récit et des actes de chacun, que Steinbeck dévoile des pans de la personnalité très complexe de ces deux hommes.

Comme le dit si bien Kessel, la rudesse est présente d'un bout à l'autre du texte; cette rudesse qui captive, qui vous prend aux tripes et ne vous lâche plus. Dès les premières lignes, on se rend compte que l'on tient un chef d'oeuvre entre ses mains.

Encore une fois, comme c'est le cas dans Les Raisins de la colère, l'histoire de George et Lennie semble être un prétexte au service d'une cause plus noble: la dénonciation des conditions de travail déplorables des journaliers agricoles. On en vient à se prendre de passion pour la vie de George, de Lennie et de leurs collègues, à les plaindre et à souhaiter une amélioration de leur destin. Tout au long du récit, la tension monte; la misère est décrite avec force et simplicité. On espère, on attend même, une fin heureuse... Mais, bien entendu, elle ne vient pas.

Comment la vie de ces deux hommes, et des milliers d'autres comme eux, pourrait-elle changer au point de les voir heureux et à l'abri de la misère? Destinés à une vie tragique, à une survie diifficile, les héros de ce roman Steinbeck ne sont pas faits pour être heureux.

Trop de difficultés, d'incompréhension, de préjugés jalonnent la route qu'ils doivent emprunter. Ils sont condamnés à exercer un métier dur et peu valorisant, dans une société qui ne veut pas d'eux, et surtout pas des simplets comme Lennie. Et tant que George prendra soin de Lennie, il  ne sera pas mieux considéré que son ami. Comment, dans ce cas, ne pas excuser le geste de George? A-t-il réellement trahi Lennie? N'est-ce pas plutôt la société qui les a trahis tous les deux, et depuis trop longtemps?

C'est la société dans laquelle ces deux hommes sont condamnés à (sur-)vivre qui est responsable de leurs destins, de leurs actes et de leurs erreurs. Cruelle, elle ne leur a laissé aucun choix.

 

Quelques extraits:

"C'est un brave type,dit Slim. Y a pas besoin d'avoir de la cervelle pour être un brave type. Des fois,il me semble que c'est même le contraire. Prends un type qu'est vraiment malin, c'est bien rare qu'il soit un bon gars."

 

"Parce que je suis noir. Ils jouent aux cartes, là-bas, mais moi, j’peux pas jouer parce que je suis noir. Ils disent que je pue. Ben j’peux te le dire, pour moi, c’est vous tous qui puez."

 

"Les types comme nous, qui travaillent dans les ranches, ya pas plus seul au monde. Ils ont pas de famille. Ils ont pas de chez-soi. Ils vont dans un ranch, ils y font un peu d'argent, et puis ils vont en ville et ils le dépensent tout... et pas plus tôt fini, les v'là à s'échiner dans un autre ranch. Ils ont pas de futur devant eux."

 

"- Pour nous c'est pas comme ça. Nous, on a un futur. On a quelqu'un à qui parler, qui s'interesse à nous. Si les autres types vont en prison, ils peuvent bien y crever, tout le monde s'en fout. Mais pas nous. 
Lennie intervint.
 - Mais pas nous ! Et pourquoi ? Parce que moi, j'ai toi pour t'occuper de moi et toi, t'as moi pour m'occuper de toi, et c'est pour ça."

 

"Ils viennent, et, le travail fini, ils s'en vont; et chacun d'eux a son petit lopin de terre dans la tête. Mais y en a pas un qu'est foutu de le trouver. C'est comme le paradis. Tout le monde veut un petit bout de ce terrain. Je lis des tas de livres ici. Personne n'va jamais au ciel, et personne n'arrive à avoir de la terre. C'est tout dans leur tête. Ils passent leur temps à en parler, mais c'est tout dans leur tête."

 

"Sûr que tout le monde en veut. Tout le monde veut un lopin de terre, pas beaucoup. Quelque chose qui est à vous, simplement. Quelque chose où qu’on peut vivre et d’où personne n’peut vous faire partir. J’en ai jamais eu. J’ai fait des récoltes pour tous les habitants de cet État, autant dire, mais c’étaient pas mes récoltes, et quand je les coupais, c’était pas ma moisson. Mais maintenant, nous allons le faire. George n’a pas d’argent sur lui. Cet argent est à la banque. Moi, et Lennie, et George. Nous aurons une chambre à nous. Nous aurons un chien, et des lapins et des poulets. Nous aurons du maïs vert, et peut-être bien une vache aussi, ou une chèvre."

 

"Toi et moi, on pourra avoir cette petite terre quand même, pas vrai, George ? On pourra aller y mener la belle vie, pas vrai, George ? Pas vrai ?"

 

"Y a pas beaucoup de gars qui voyagent ensemble,dit-il d'un ton reveur.J'sais pas pourquoi.Peut-etre que les gens ont peur les uns des autres,dans ce sacre monde."

  

"- Et qu'est-ce que j'ai ? continua Georges furieusement. j'ai toi ! Tu n' peux pas garder un métier, et tu me fais perdre toutes les places que je trouve. Tu passes ton temps à me faire balader d'un bout du pays à l'autre. Et c'est pas encore ça le pire. Tu t'attires des histoires. Tu fais des conneries, et puis il faut que je te tire d'affaire." 

 

"Et George leva le revolver, l’immobilisa et en approcha le canon tout contre la nuque de Lennie. Sa main tremblait violemment, mais, bientôt, son visage se figea et sa main se raffermit. Il pressa la gâchette. La détonation gravit les collines et en redescendit. Lennie eut un soubresaut, puis il s’affaissa doucement, la face dans le sable et il resta étendu sans le moindre frisson.
George tressaillit et regarda son arme, puis il la jeta derrière lui, très loin sur la rive, près du tas de vieilles cendres. La voix de Slim hurla :
 - George ! Où es-tu, George ?"

 

73863302

Baby Challenge classique: 4/20

73863314

Posté par Aline1102 à 18:51 - - Commentaires [10] - Rétroliens [0]
Tags : , , ,
18 avril 2012

Au Bonheur des Dames, Emile Zola

couv53502600

Au Bonheur des Dames, Emile Zola

Edition: Booking International

477 pages

untitled

 

Résumé

Suite au décès de ses parents, Denise Baudu quitte Valognes et arrive à Paris avec ses deux frères, Jean et Pépé. Elle espère trouver une place dans la boutique de son oncle Baudu qui lui avait promis de l'aider un an auparavant.

Mais les affaires de son oncle vont mal: les produits ne se vendent plus aussi bien et les Baudu ont du mal à joindre les deux bouts. Le responsable, c'est le grand magasin qui se trouve face au Vieil Elbeuf, la boutique de l'oncle Baudu. Le Bonheur des Dames, le grand magasin d'Octave Mouret, pratique des prix beaucoup moins élevés que les petites boutiques du quartier et ses nombreux rayons vendent les dernières nouveautés, celles qui affolent les femmes parisiennes. Celles-ci, conquise par le Bonheur, délaissent peu à peu les petits commerçants, condamnés à vivre dans la misère à cause du grand magasin.

L'oncle Baudu ne pouvant se permettre de l'engager, et Denise ne trouvant aucune place dans le voisinage, la jeune fille décide de se présenter au grand concurrent de son employeur, le Bonheur des Dames. Remarquée par Octave Mouret, Denise est engagée au rayon des confections.

Commencent alors de longs mois de souffrance pour la jeune fille: ses collègues se moquent d'elle et de ses allures de paysanne.

 

Commentaire

Au Bonheur des Dames, publié en 1883, est le onzième volume de la série des Rougon-Macquart. C'est aussi un roman au style assez inhabituel pour Zola, puisque, malgré les nombreux drames qui éclatent tout au long du récit, la fin est particulièrement heureuse.

Malgré cela, certaines parties du récit sont assez douloureuses. On assiste à la mort lente des petits commerces aux mains d'Octave Mouret et de son grand magasin, et l'amertume (voire la haine) des commerçants envers cet homme devenu riche alors qu'il est parti de rien semble justifiée, malgré la personnalité plutôt sympathique de Mouret. Comme d'habitude chez Zola, c'est le thème du progrès qui est mis en avant. Et si ce progrès qui améliore la vie de certaines personnes, il saigne d'autres catégories de la population. Toute médaille a son revers...

La vie des employés du grand magasin est également longuement décrite par Zola, qui ne cache pas la dureté des conditions de travail et le peu de cas que de grandes machines comme le Bonheur font de leurs travailleurs. La machine doit tourner à plein régime, le chiffre d'affaires doit grimper, les marchandises doivent se vendre comme des petits pains et peu importe le nombre d'employés qui, ne supportant plus la pression inhérente à un emploi où la performance est une qualité essentielle, craquent et voient leur vie broyée par cette immense structure commerciale.

Ce mode de fonctionnement choque et fascine à la fois. Les rouages de la grande machine sont mis à nu par Zola qui détaille la façon dont Mouret s'est hissé - et reste! - au sommet. Les prix cassés, la concurrence féroce avec les autres boutiques et magasins, l'indifférence au destin des petits commerces de quartiers, rien n'est épargné au lecteur qui assiste au succès inexorable de Mouret et de son "monstre" commercial. Zola lui-même semble enthousiasmé par ce qu'il décrit et l'on finit par partager ce sentiment: la montée en puissance du Bonheur des Dames devient comme nécessaire au récit, comme si le roman se révélerait incomplet en cas d'échec de la part de Mouret.

En marge de cette ambiance morose, l'animation des rayons et les ruées des dames sur les stocks du magasin sont comme une bouffée d'air frais. La description de ce côté "public" du Bonheur amuse et détend l'atmosphère. Et puis, Au Bonheur des Dames, c'est aussi une magnifique histoire d'amour, de celles qui font rêver et qui, à l'époque de la parution du roman, a dû fasciner encore plus que la description du magasin. Contrairement à ses habitudes, Zola se décide à donner une fin heureuse à l'histoire de Denise. Et l'auteur se fait d'ailleurs très romantique lorsqu'il décrit (attention, spoiler!!) la passion d'Octave Mouret pour la petite vendeuse malmenée par ses consoeurs et ses clientes.

Avec cette fin légère et souriante, Au Bonheur des Dames est sans doute le plus accessible des romans de Zola et sans doute, aussi, le plus connu.

A découvrir!

Pour l'avis de Suzanne, c'est par ici

 

Quelques extraits: 

"Mouret avait l'unique passion de vaincre la femme. Il la voulait reine dans sa maison, il lui avait bâti ce temple, pour l'y tenir à sa merci."

 

"D’abord, on devait s’écraser pour entrer, il fallait que, de la rue, on crût à une émeute ; et il obtenait cet écrasement , en mettant sous la porte des soldes , des casiers et des corbeilles, débordant d’articles à vil prix ; si bien que le menu peuple s’amassait, barrait le seuil, faisait penser que les magasins craquaient de monde, lorsque souvent ils n’étaient qu’à demi pleins. Ensuite, le long des galeries, il avait l’art de dissimuler les rayons qui chômaient, par exemple les châles en été et les indiennes en hiver ; il les entourait de rayons vivants, les noyait dans un vacarme."

 

"A ce moment, comme elle levait les yeux, elle aperçut en face d'elle son mari terrifié. Il avait blêmi davantage, toute sa personne exprimait l'angoisse d'un pauvre homme, qui assiste à la débâcle de ses appointements, si chèrement gagnés. Chaque nouveau bout de dentelle était pour lui un désastre, d'amères journées de professorat englouties, des courses au cachet dans la boue dévorées, l'effort continu de sa vie aboutissant à une gêne secrète, à l'enfer d'un ménage nécessiteux."

 

"A côté, encadrant le seuil, pendaient également des lanières de fourrure, des bandes étroites pour garnitures de robe, la cendre fine des dos de petit-gris, la neige pure des ventres de cygne, les poils de lapin de la fausse hermine et de la fausse martre. Puis, en bas, dans des casiers, sur des tables, au milieu d'un empilement de coupons, débordaient des articles de bonneterie vendus pour rien, gants et fichus de laine tricotés, capelines, gilets, tout un étalage d'hiver aux couleurs bariolées, chinées, rayées, avec des taches saignantes de rouge."

 

"A cette heure dernière, au milieu de cet air surchauffé, les femmes régnaient. elles avaient pris d'assaut les magasins, elles y campaient comme en pays conquis, ainsi qu'une horde envahissante, installée dans la débâcle des marchandises. Les vendeurs, assourdis, brisés, n'étaient plus que leurs choses, dont elles disposaient avec une tyrannie de souveraines. de grosses dames bousculaient le monde. Les plus minces tenaient de la place, devenaient arrogantes... La clientèle se ruait au buffet dans une rage d'appétit, les mères elles-mêmes s'y gorgeaient de malaga... Quarante mille ballons rouges avaient pris leur vol dans l'air chaud des magasins, toute une nuée de ballons rouges qui flottaient à cette heure d'un bout à l'autre de Paris, portant au ciel le nom du Bonheur des dames!"

 

"Vraiment, il fallait être mal bâti, avoir le cerveau et les membres attaqués pour se refuser à la besogne, en un temps de si large travail, lorsque le siècle entier se jetait à l'avenir. Et il raillait les désespérés, les dégoûtés, les pessimistes, tous ces malades de nos sciences commençantes, qui prenaient des airs pleureurs de poètes ou des mines pincées de sceptiques, au milieu de l'immense chantier contemporain. Un joli rôle, et propre, et intelligent, que de bâiller d'ennui devant le labeur des autres!"

 

"Les plumes marchaient de nouveau, les paquets tombaient régulièrement, la mare d'étoffes montait toujours, comme si les eaux d'un fleuve si fussent déversées. Et l'appel des soies de fantaisies ne cessait pas."

 

"Mouret avait inventé cette mécanique à écraser le monde, dont le fonctionnement brutal l'indignait ; il avait semé le quartier de ruines ; dépouillé les uns, tué les autres ; et elle l'aimait quand même pour la grandeur de son œuvre, elle l'aimait davantage à chacun de ces excès de pouvoir, malgré le flot de larmes qui la soulevait, devant la misère sacrée des vaincus."

 

73863302

Baby Challenge Classique 3/20 

73863314

Posté par Aline1102 à 14:59 - - Commentaires [13] - Rétroliens [0]
Tags : , , ,

Une jolie citation

Rien ne marque autant un lecteur que le premier livre qui s'ouvre vraiment un chemin jusqu'à notre coeur. Ces premières images, l'écho de ces premiers mots que nous croyons avoir laissés derrière nous, nous accompagnent toute notre vie et sculptent dans notre mémoire un palais ou tôt ou tard - et peu importe le nombre de livres que nous lisons, combien d'univers nous découvrons-, nous reviendrons un jour.

Carlos Ruiz Zafón, L'Ombre du vent (La Sombra del Viento) 

Posté par Aline1102 à 14:51 - - Commentaires [2] - Rétroliens [0]
Tags : , ,

Le crime du golf, Agatha Christie

couv70203263Le crime du golf, Agatha Christie

Titre original: Murder on the Links

Edition: Librairie des Champs-Elysées

256 pages

 

 

Résumé

Hercule Poirot s'ennuie en Angleterre lorsqu'il reçoit une lettre qui aiguise sa curiosité et son instinct de fin limier. Un certain Paul Renauld, résidant à Merlinville, en France, est en danger et lui demande son aide.

Accompagné de son fidèle Hastings, Poirot se rend donc en France. Mais, lorsqu'il arrive à la villa des Renauld, la police est déjà là. Le corps de Renauld a été retrouvé enterré dans une tombe creusée sur un terrain de golf en construction, à quelques pas de la villa.

Deçu de ne pas être arrivé à temps pour prévenir ce drame, Poirot promet de faire l'impossible pour démasquer le ou les meurtriers. Mais le célèbre détective doit faire face à une certaine concurrence, en la personne de Giraud, membre de la sûreté française.

Qui de Poirot ou de Giraud trouvera la solution de ce mystérieux assassinat?

 

Commentaire

Hercule Poirot a fort à faire dans ce roman!

Pour une fois, j'ai detesté l'un des personnages d'Agatha Christie: le fameux Giraud. Aussi arrogant que ridicule, sa grossièreté envers Poirot est absolument révoltante.Tout comme la conduite d'Hastings qui, plus d'une fois, doute de l'efficacité de Poirot. Comment est-ce possible, après des années passées à côtoyer Poirot? Comme dirait le détective belge, Hastings devrait stimuler ses "petites cellules grises" et surtout sa mémoire, afin de se souvenir que notre ami Hercule triopmhe toujours!

Mrs Christie donne l'impression, dans Le crime du golf, de se lancer dans une espèce de parodie des romans mettant en scène Sherlock Holmes. Les méthodes de Giraud, qui n'hésite pas à ramper dans l'herbe pour tenter de ramasser des cendres de cigarettes, ressemble curieusement à une exagération des méthodes du détective anglais. Sauf que Sherlock Holmes n'a jamais l'air aussi ridicule que Giraud.

Poirot, quant à lui, reste fidèle à ses bonnes vieilles méthodes et finit, heureusement, par triompher.

L'intrigue en elle-même est particulièrement bien construite. Comme d'habitude, l'auteure fait preuve d'une maîtrise parfaite du suspense en rendant l'identification du meurtrier absolument impossible. Plusieurs fois, on a l'impression d'avoir tout compris et l'on se retrouve aussi ridicule que le pauvre Hastings et que l'épouvantable Giraud!

Posté par Aline1102 à 14:41 - - Commentaires [6] - Rétroliens [0]
Tags : , , , , ,
12 avril 2012

Death in a Strange Country, Donna Leon

couv11606124Death in a Strange Country, Donna Leon

Titre français: Mort en terre étrangère

Edition: Penguin Books

400 pages

 

 

Résumé

Un noyé repêché dans l'un des canaux de Venise est identifié comme étant un jeune Sergent de l'armée américaine. Le jeune homme était en poste à Vicenza, où se trouve une importante base militaire US. D'après les premiers éléments de l'enquête, il semble que sa mort soit le résultat d'un vol ayant mal tourné...

Mais cette explication ne satisfait pas le commissaire Brunetti, chargé de l'enquête. Il se rend plusieurs fois à Vicenza, visite l'appartement du mort, et se rend compte du mystère qui entourait la vie du Sergent Foster.

Entre-temps, un cambriolage a eu lieu dans l'un des magnifiques palazzo de la ville. Cette enquête est également confiée à Brunetti, qui, là aussi, se pose de nombreuses questions. La victime, un riche homme d'affaires milanais, lui paraît étrangement suspect.

Brunetti finit par trouver un lien entre ces deux enquêtes. Mais, dans le cours de ses recherches, il s'intéresse à de nombreux personnages haut-placés, ce qui ne plaît pas à son supérieur...

 

Commentaire

Cette enquête du commissaire Brunetti était très intéressante à lire. En se lançant dans une intrigue mêlant de nombreux problèmes très actuels Donna Leon parvient à nous tenir en haleine jusqu'à la dernière page.

Mais malgré le suspense qui sous-tend tout le roman, c'est finalement une ambiance très relaxante qui se dégage surtout de la façon de travailler du commissaire Brunetti. D'après les descriptions de l'auteur, le couple Brunetti et leurs deux enfants vivent de façon assez sereine dans un magnifique appartement aménagé dans les derniers étages d'un ancien palazzo. Rien que l'environnement de leur vie familiale, donc, donne une impression d'élégance discrète et de calme patricien tout à fait délicieux. Ajoutez à cela les talents culinaires de Paola, et vous aurez compris que ce qui fait le charme de ce livre, ce sont surtout les milliers de petits détails que l'auteur nous livre à propos de la vie quotidienne des personnages principaux.

Cette façon de vivre, Brunetti donne l'impression de la transposer dans son domaine professionnel. Malgré les nombreux rebondissements de l'histoire, le commissaire semble prendre son temps pour résoudre les problèmes qui se posent. Et sa méthode toute personnelle paraît d'ailleurs tout aussi efficace que celle des enquêteurs qui s'agitent en tous sens puisque, finalement, le dénouement se révèle tel qu'il l'a imaginé...

Posté par Aline1102 à 18:02 - - Commentaires [2] - Rétroliens [0]
Tags : , , , , ,