Les Livres d'Aline

28 juillet 2021

L'oiseau bleu tombé du nid, Lily Hétet-Escalard

41JAiMGOQMS

L'oiseau bleu tombé du nid

Lily Hétet-Escalard

Editions Librinova, 169 pages

 

Un extrait

" Cette histoire commence à l’heure où les oiseaux se taisent. La lune claire brille entre deux nuages et de grands échassiers gris se posent en silence dans les prés alentour.Cette histoire commence à l’heure où les oiseaux se taisent. La lune claire brille entre deux nuages et de grands échassiers gris se posent en silence dans les prés alentour. "

 

Résumé

(Présentation de l'éditeur) " Quatre amis, Louise, Jean, Marie et Antoine forment deux couples happés par la brutalité de la 2nde Guerre mondiale. Leur vie bascule à la disparition de l’un d’eux, et plus encore à la Libération…

Un demi-siècle plus tard, Victor, biologiste marin de renom ressent vers la cinquantaine le besoin de partir à la quête de ses racines. Enfant abandonné, il a été placé en Suisse comme 100000 autres. Percera-t-il le terrible secret de ses origines ?

L’histoire de cette famille normande tisse une fresque bouleversante entre combats, résistance, espoir et folie.

Dans L’Oiseau bleu tombé du nid, Lily Hétet-Escalard rend un hommage vibrant aux hommes et aux femmes qui ont connu l’horreur de la guerre à travers les voix oubliées de l’Histoire. Un roman déchirant, inspiré d’une histoire incroyable mais vraie. "

 

Mon avis

Peut-on d'abord prendre 5 secondes pour admirer cette magnifique couverture ?

C'est fait ? Bon, passons aux choses sérieuses.

L’oiseau bleu tombé du nid est une fiction historique inspirée de faits réels : l’incarcération, en Allemagne et en Sibérie, de Jean, l’arrière-grand-oncle de Lily Hétet-Escalard.

L’auteure connaît donc bien son sujet et parvient à le rendre particulièrement émouvant, à travers des personnages auquel on s’attache très rapidement.

La première partie du roman est consacrée à l’histoire de deux couples : Antoine et Marie d'un côté, Jean et Louise de l'autre. Antoine et Jean sont amis d’enfance, Marie et Louise sont sœurs. Ces quatre-là étaient faits pour se rencontrer.

Le roman commence le soir du débarquement de juin 1944. N’écoutant que son bon cœur, Marie accueille pour la nuit un soldat américain... pour le plus grand malheur de Louise. Antoine participe à des actions menées par la Résistance et n’est donc pas là pour protéger sa femme et sa belle-sœur. Quant à Jean, il a été fait prisonnier par les Allemands plusieurs mois auparavant.

A partir de cette entrée en matière et avec beaucoup de pudeur, Lily Hétet-Escalard dénonce toute la cruauté d’une époque. Celle des convenances sociales, forçant une future mère à abandonner l’enfant qu’elle aimerait tant voir grandir. Celle des systèmes concentrationnaires et des goulags russes. Celle des « adoptions » via les couvents qui, dans le cas de Victor et des siens, servait surtout à fournir une main-d’œuvre gratuite aux fermes suisses. L’enfance de Victor m’a un peu rappelé le film Philomena et le roman Ce genre de petites choses de Claire Keegan : tous deux évoquent le sort des enfants nés de filles-mères irlandaises et ôtés à leur maman à la naissance.

Ici, heureusement, le destin de Victor est plus heureux : grâce à l’aide de gens plus humains que ses tortionnaires, il devient biologiste marin et œuvre contre le changement climatique.

C’est sur l’histoire de Victor que se concentre la seconde partie du roman. Il nous conte son enfance malheureuse, ses succès scolaires et la recherche de ses parents biologiques.

C’est d’ailleurs cette histoire, et celle de Jean, qui m’a le plus touchée.

Sur leurs routes respectives, l’homme et le petit garçon vont croiser d’autres malheureux, parfois plus atteints qu’eux : Max, le médecin qui vient en aide à Jean, le petit garçon roux, attaché comme un chien avec une laisse autour du cou… Comment certains êtres humains peuvent-ils être aussi cruels avec leurs semblables ? C’est une question que je me pose souvent au cours de mes lectures, mais à laquelle je n’ai pas encore trouvé de réponse.

 

Un grand merci à Summer, des éditions Librinova, pour ce magnifique roman.

Pour le découvrir à votre tour, ça se passe par ici.

 

En bref

Beau, poignant, édifiant, L’oiseau bleu tombé du nid a tout pour plaire. Les difficultés rencontrées par les différents personnages ne doivent pas empêcher les plus sensibles des lecteurs de découvrir ce récit doux et sensible, aux personnages formidables. Car l’auteure ne tombe jamais dans le mélodrame : toujours, une note d’espoir vient s’infiltrer dans les passages les plus sombres et les plus tristes. Comme une preuve de la grande résilience dont ont fait preuve tous ceux qui ont connu les deux Guerres mondiales.


19 juillet 2021

Bercy beaucoup, Pascal Lordi

COVER_THUMB-8846

Bercy beaucoup

Pascal Lordi

Editions Librinova, 388 pages

 

Un extrait

" Je me remémore un entretien que j’ai eu avec eux neuf mois plus tôt pour me dézinguer de mon poste. Les rapaces écoutaient mes dires d’un homme aux abois sur le plan médical et familial. Je pleure lors de ce rendez-vous. Je ne dormais plus depuis six semaines sans discontinuer. Je craque devant eux. Je les vois mal à l’aise. Leur objectifs stupides en dix ans ont détruit un homme et ils l’ont face à eux. Ils ont leur politique sous les yeux. Un désastre. "

 

Résumé

(Présentation de l'éditeur) " Aborder le harcèlement moral au travail est un sujet épineux, tellement tabou que beaucoup de salariés préfèrent ne pas en parler... Le monde de l'entreprise regarde ce sujet de haut, comme chez France Telecom ou chez Renault où de nombreux suicides ont eu lieu. Mais le "lean management" détruit des vies partout, on l'a vu fleurir ces dernières années de la petite entreprise à la grande administration.

L'auteur est inspecteur des finances depuis 2000. Il espérait y faire une belle carrière, en ne comptant pas ses heures dans une perception rurale du sud de la France. Le lecteur découvrira au fil des pages l'horreur économique ou comment on l'a brisé, preuves à l'appui. C'est un témoignage fort, une descente aux enfers, une élimination programmée...
La maladie a gagné l'auteur... Elle ne l'a pas encore tué...
L'auteur lève le voile sur ce que l'on nous cache. Écrit en plus de trois ans de combat judiciaire, son écriture est aussi forte, que les coups qu'il a pris.
Cela se passe en France en 2020, dans une haute administration, a priori hors de tout soupçon...

Pour résister face à tous les coups reçus, l'auteur agrémente son récit des deux passions qui le portent le plus depuis sa tendre enfance, qui raviront les fans du groupe mythique Indochine à l'approche de leurs quarante années de carrière en 2021, ainsi que les supporters du Nîmes Olympique, revenus depuis deux ans dans l'élite du football français. "

 

Mon avis

Bercy beaucoup, c’est l’histoire d’une descente aux enfers. Sous-titré « Harcèlement moral dans la Fonction publique », ce livre révèle la face cachée du service public français.

La vie de Pascal Lordi bascule en avril 2006, date à laquelle il se croit sur le point de mourir. Son cœur s’emballe, ses mains sont crispées, il se sent extrêmement mal. Pascal Lordi est emmené à l’hôpital où le diagnostic tombe : il s’agit d’une crise de panique due au stress qu’il endure depuis des années sur son lieu de travail. Ayant hérité d’un poste très compliqué (le prédécesseur n’ayant pas été très professionnel), Pascal travaille plus de cinquante heures par semaine depuis trois ans et le rythme qu’il s’est imposé pour continuer à fournir l’excellent travail auquel ses supérieurs sont habitués finit par avoir des conséquences…

Jouant de malchance, Pascal est ensuite victime, en 2007 d’une agression sur son lieu de travail. Il en garde toujours des séquelles aujourd’hui, mais ces faits ne seront pas reconnus comme accident du travail par l’administration.

 

Cet ouvrage, composé comme un réquisitoire à charge de l’administration, dénonce les dérives du service public et la façon dont ses agents sont traités : comme des automates justes bons à travailler jusqu’à ce qu’ils craquent (« Je commence à découvrir que les employeurs cherchent à minimiser leur responsabilité… « travaillez travaillez, ne vous plaignez pas et si un problème arrive, on n’y est pour rien »… C’est ce que me fait comprendre mon supérieur au téléphone qui me croit « au ski » quand je souffre à l’hosto… C’est la DRH du Gard qui ose par téléphone me passer un savon alors que je suis perfusé… », page 114).

Et puis, une fois qu’ils ont craqué, que faire d’eux ? Puisqu’ils ne sont plus aptes à travailler autant qu’avant, peut-on se permettre de les garder au sein d’un service qui vise avant tout la productivité ? (« Il ne faut pas s’embarrasser avec un cadre devenu malade. Je serai éliminé entre mes deux opérations aux cervicales. Alors même que ces cervicales avaient été rudement touché lors d’une agression passée sous silence et sans aucune information donnée au comité hygiène et sécurité… », page 115).

Ce témoignage poignant l’est d’autant plus qu’il est écrit par quelqu’un comme vous et moi. Jusqu’au 26 avril 2006, Pascal Lordi, percepteur et fonctionnaire modèle, était un travailleur acharné, se donnant à fond pour fournir un travail excellent. C’est aussi un bon père de famille, un homme simple, ayant les pieds sur terre et des convictions bien ancrées. Il est fan d’Indochine et de football. Ce n’est pas, comme certaines personnes l’ont cru durant son parcours du combattant, un fainéant qui tente de camoufler sa paresse sous de fausses revendications à l’égard de son employeur. Au contraire, Pascal est quelqu’un de courageux qui, arrivé dans une impasse professionnelle, n’a pas hésité à reprendre des études et à passer des concours compliqués afin d’atteindre son poste de percepteur (« Je n’étais ni le plus fort, ni le plus intelligent. Par contre ma patience et mon travail de deux ans sont récompensés. », page 75). Pascal Lordi est une victime et pas un affabulateur.

Et dans son récit, il partage avec nous le combat acharné qu’il livre contre son employeur afin d’être reconnu comme tel et (enfin) indemnisé en conséquence. Souffrant de huit maladies chroniques graves dues au stress provoqué par son travail, Pascal ne peut en effet plus travailler.

Mais loin d’être déprimant, cet ouvrage est celui d’un homme qui reste fort malgré les épreuves (« Une de mes forces aujourd’hui en 2017, est d’avoir écouté de tout, d’avoir mangé de tout, d’avoir vécu tant de belles et de tristes choses que je suis en droit de défendre ce que j’aime, et de dire pourquoi, je n’irai plus à tel endroit. », page 51). Même s’il a perdu toutes ses illusions en ce qui concerne la Fonction publique (« Le management n’a aucune humanité. Surtout ne pas croire l’inverse, comme je l’ai cru quelques années. », page 94) Pascal Lordi n’est pas aigri ou pessimiste : il continue à se battre et tente de survivre en lisant énormément et en écrivant. Il écoute toujours Indochine et continue à suivre les résultats des « crocodiles », son club de toujours.

 

Un grand merci à Eva, des éditions Librinova, pour cette lecture extrêmement instructive !

Si vous aussi vous souhaitez lire ce témoignage, c'est par ici que ça se passe.

 

En bref

Sortir de son devoir de réserve pour dénoncer les dérives du service public n’est pas facile. Il faut être fort et courageux pour oser pointer du doigt la responsabilité de son employeur. Et Pascal Lordi a ce courage. Il faut dire qu’il n’a plus grand-chose à perdre.... L’histoire qu’il partage avec ses lecteurs est à la fois bouleversante et révoltante : elle met en lumière la souffrance endurée dans l’ombre par ces agents forcés au silence du fait de leurs fonctions. Avec son récit, Pascal Lordi fait plus que se livrer : il rend hommage à toutes ces femmes et à tous ces hommes qui se battent, jour après jour, afin d’être reconnus comme victimes d’un système qui ne se soucie plus d’eux, car ils ne sont plus assez productifs. A lire et à méditer, afin de faire bouger les choses, et pour que le combat de Pascal et de tous les autres ne soit pas vain !

03 juin 2021

La fortune des Lecoeur, Philippe Laperrouse

58212081

La fortune des Lecoeur

Philippe Laperrouse

Editions Librinova, 120 pages

 

 

Un extrait

" Dans un pays idéal, la masse de monnaie disponible devrait être – à peu de chose près – conforme à la valeur des biens et services produits. On est loin du compte. Il ne s’agit pas de tomber dans l’angélisme qui consisterait à penser que tout le monde devrait avoir une part égale du gâteau. Mais une répartition profondément inéquitable des revenus conduit systématiquement à des conflits sociaux. Lorsque les hommes sont soumis à des brutalités physiques ou économiques, ils se rebellent un jour ou l’autre. À la violence s’oppose la violence. "

 

Résumé

(Présentation de l'éditeur) " Dans la Borgalie, un pays imaginaire, une famille ultra-fortunée domine la société. Le dernier fils de la lignée, Oreste, a connu une jeunesse dorée dans le luxe et l’oisiveté.

Parvenu à l’âge adulte, il va être plongé par une série d’aventures dans la vie réelle du peuple de son pays. Il en tirera une méditation sur la richesse et l’inégalité sociale qui le conduira à des décisions radicales.
"

 

Mon avis

Oreste Lecoeur est riche. Très riche. Tellement que c'en est indécent. Et pour couronner le tout (c'est le cas de le dire, en plus ! ) Oreste est le dernier descendant de l'ancienne famille royale de Borgalie.

Parvenu à l'âge adulte, il ne possède que des notions inexactes sur l'histoire de son pays : il est ainsi persuadé que la Borgalie est un pays riche, alors que le fossé entre classes sociales y est énorme. Ces conceptions faussées de la réalité vont lui valoir quelques surprises une fois passée la première moitié du roman...

Cette absence de culture "populaire", pourrait-on dire, n'est pas seulement source de déconvenues pour le pauvre Oreste, elle est aussi l'occasion pour lui de se poser des questions très profondes sur le sens de l'existence, la richesse, la pauvreté, le travail, etc. Oreste remet toute son existence en question et nous partage le fruit de ses réflexions, puisqu'il est le narrateur du récit :

" Je commençais à comprendre que l’argent est le seul bien qui a la redoutable faculté de pouvoir s’accumuler jusqu’à devenir transparent, puisqu’au-delà d’un certain niveau, on ne peut visualiser son étendue. "

" Nous sommes dans un monde où le mythe de l’action domine. Celui qui n’agit pas n’est rien. "

" C’est d’ailleurs terrible de ne pas savoir ce qu’on voudrait acquérir. "

" Je vérifiais cet axiome tous les jours : l’ultra-richesse est un système qui se gère tout seul. "

Gêné de son statut d'ultra-riche, Oreste tente de plus d'une fois de se débarrasser d'un peu d'argent. Un passage en particulier m'a bien fait rire (attention, spoiler) : il s'agit d'un chapitre où notre pauvre héros, dans l'espoir de perdre quelques centaines (voire plus) d'euros, joue à la loterie. Mais, malheureusement pour lui, Oreste gagne le gros lot qui se monte à... près de 200 millions d'euros.

Les stratagèmes mis en oeuvre par Oreste et ses amis (notamment Olympe, une ancienne chanteuse à succès) sont tous du même acabit : ils tournent chaque fois à la catastrophe et Oreste en ressort découragé. Jusqu'au jour où, bien malgré lui, il va être pris dans une aventure qui va lui apprendre la dure réalité des classes laborieuses de Borgalie... Travail physique épuisant, déscolarisation des plus jeunes, exploitation, corruption, Oreste va très vite comprendre que le paradis auquel son éducation parmi la dynastie Lecoeur l'a habitué n'est qu'une illusion. La réalité quotidienne de ses concitoyens est bien différente de celle de sa famille. Changé par toutes ces nouvelles expériences accumulées, Oreste va, enfin, parvenir à donner un sens à sa vie.

Tout en nous amusant, La fortune des Lecoeur nous offre quelques belles leçons de vie ! J'ai ainsi particulièrement apprécié le passage durant lequel Oreste réfléchit à la vacuité de son existence et ramène celle-ci à son absence d'objectifs concrets. N'ayant pas besoin de gagner sa vie et de travailler, Oreste n'a absolument pas d'objectifs et n'a donc rien à attendre de la vie (puisqu'il possède déjà tout ce que celle-ci peut lui donner). Dès lors, comment remplir ses journées ? Comment sentir que ce qu'il fait, au jour le jour, compte ? D'autant que, même s'il est riche, Oreste est loin d'être superficiel : il ne s'intéresse pas aux voitures de sport et autres gadgets qui lui permettraient de dépenser de l'argent et d'afficher son statut par la même occasion. Il ne souhaite pas non plus vivre la même vie oisive que sa mère ou sa soeur et cherche donc inlassablement ce qu'il pourrait devenir.

Dans un Comic Book, Oreste serait sûrement devenu une sorte de Batman, car par bien des côtés, il me rappelle Bruce Wayne. Les Wayne sont en effet à peu près aussi riches que les Lecoeur, et Bruce consacre son immense fortune à la luttre contre le crime dans Gotham, afin de faire de sa ville un endroit plus agréable à vivre pour tous. (Attention, spoiler) C'est aussi un peu ce que fait Oreste à la fin du roman, quand il réalise qu'il a les moyens de transformer la Borgalie en une nation plus égalitaire et moins corrompue.

 

Un grand merci à Mathieu, des éditions Librinova, pour ce très beau roman. Laissez-vous tenter à votre tour : ça se passe par ici !

 

En bref

Oreste Lecoeur est un héros attachant et le narrateur idéal pour ce roman à la fois amusant et profond. Il nous promène de son quartier chic jusque dans les bas-fonds de la province du Balagar et nous apprenons en même temps que lui que le vieil adage selon lequel l'argent ne fait pas le bonheur est décidément très juste. C'est en effet lorsqu'il assume des responsabilités plus importantes et ne se contente plus de vivre de ses rentes qu'Oreste parvient à donner un sens à sa vie et à se fixer des objectifs. Il devient alors un vrai leader, à l'image de ses ancêtres, les rois de Borgalie.

11 mai 2021

Sa Majesté mène l'enquête, tome 1 : Bal tragique à Windsor, S.J. Bennett

CVT_Bal-tragique-a-Windsor_9492

Bal tragique à Windsor

S.J. Bennett

Editions Presses de la Cité, 349 pages

petit-coeur

Un extrait

" Compatissant, le prince consort baissa la voix.

- Il n'a pas réfléchi aux conséquences. La dernière chose que souhaite un homme, c'est bien d'être retrouvé dans un palais royal avec les bijoux de famille à l'air.

- Philip !

- Mais c'est vrai. Pas étonnant que tout le monde évite de parler de cette histoire. Enfin, c'est également pour épargner vos nerfs fragiles.

La reine lui lança un regard réprobateur.

- Les gens ont la mémoire courte. J'ai survécu à une guerre mondiale, à Sarah Ferguson et à votre service dans la marine. "

 

Résumé

(Présentation de l'éditeur) " « Sa Majesté mène l’enquête » : une nouvelle série de cosy crimes dont l’héroïne est Elizabeth II, reine d’Angleterre.

Quand Miss Marple rencontre The Crown !

Windsor, printemps 2016. La reine Elizabeth II s’apprête à célébrer ses 90 ans et attend avec impatience la visite du couple Obama. Mais au lendemain d’une soirée dansante au château, un pianiste russe est découvert pendu dans le placard de sa chambre, quasiment nu. Shocking ! Quel scandale si la presse l’apprenait !

Lorsque les enquêteurs commencent à soupçonner son fidèle personnel d’être impliqué dans cette sordide affaire, Sa Majesté, persuadée qu’ils font fausse route, décide de prendre les choses en main. Mais être reine a ses inconvénients, et notamment celui de ne pas passer inaperçue. C’est donc Rozie Oshodi, sa secrétaire particulière adjointe, une brillante jeune femme d’origine nigériane, qui va l’aider à démêler ce sac de nœuds en toute discrétion… God save the Queen du cosy crime ! "

 

Mon avis

Et si, sous les ensembles robes-chapeaux fuchsias et jaune poussin d'Elizabeth II, se cachait en réalité l'un des plus fins limiers du Royaume Uni ?

C'est en quelque sorte le pitch de ce cosy mystery aussi original qu'amusant, qui met en scène la reine d'Angleterre en Miss Silver... ah non, c'est vrai : Miss Silver n'est qu'une pâle copie en comparaison de ce qu'Elizabeth II parvient à faire !

Dans ce premier volume de Sa Majesté mène l'enquête, la souveraine unit ses forces avec sa secrétaire particulière adjointe, Rozie Oshodi. Ensemble, les deux femmes vont parvenir à résoudre un meurtre qui résiste au MI5, au MI6 et à la Police métropolitaine : celui d'un jeune pianiste d'origine russe retrouvé pendu à la poignée de sa penderie, dans l'aile des invités du château de Windsor.

Ce polar très rafraîchissant au milieu de lectures moins légères est très agréable à lire. S.J. Bennett parvient à s'approprier le personnage de la reine d'Angleterre de façon absolument étonnante et les réflexions qu'elle prête à la souveraine et qui forment la trame du récit sont très réalistes.

Le duo Elizabeth II-Rozie Oshodi est particulièrement bien réussi et ces deux femmes se complètent à merveille. Toutes deux fortes, intelligentes et déterminées, elles sont sur la même longueur d'ondes et se révèlent bien plus efficaces que tous les agents des services secrets (ou officiers de police) travaillant sur l'affaire. Les deux femmes partagent leurs réflexions, les avancées de leurs recherches respectives (enfin, surtout celles de Rozie, car on voit mal Elizabeth interroger des suspects et témoins...) mais aussi des moments presque "familiers", comme lorsqu'elles font une promenade à cheval.

Les chevaux et les chiens (corgis et dorgis, of course) sont bien présents dans l'histoire, tout comme le gin Dubonnet, la pêche au saumon à Sandringham et le rituel du thé. De quoi ravir les amateurs de culture britannique ! Et puis, avez-vous remarqué le design de la couverture ? Difficile de faire plus britannique :)

Autre élément appréciable : l'intrigue se passe en 2016. Le Covid n'existait pas encore, le Prince Philip existait encore et les Obama étaient à la tête des États-Unis. Ou comment rendre les lecteurs nostalgiques en quelques phrases à peine... Moi qui ne suis d'habitude pas sujette à ce genre d'émotion (je suis plutôt du genre optimiste et regardant vers l'avant), j'ai pourtant été prise d'une bouffée de regrets en lisant une simple phrase : " Ce soir, sir Simon devait consulter la reine au sujet des détails de la venue des Obama. " Le monde nous semblait tellement plus simple à cette époque.

Comme cela m'arrive très souvent en matière de romans policiers (et malgré l'affection particulière que je porte à ce genre littéraire), je n'ai absolument pas deviné le dénouement de l'histoire avant que l'auteure ne se décide à nous le révéler. Impossible de désigner un coupable ou même un mobile, même en retournant en arrière afin de relire quelques pages et de prendre note de certains détails oubliés. C'est dire la qualité de l'intrigue, qui se révèle absolument prenante de bout en bout.

 

Un grand merci à Babelio et aux Editions Presses de la Cité pour cette opération spéciale de Masse Critique.

Si vous souhaitez découvrir Elizabeth II en enquêtrice, ce roman est disponible ici.

 

En bref

Voilà une série de romans policiers dont je compte bien continuer la lecture ! J'en ai adoré non seulement les personnages, mais également l'ambiance et les références et se replonger dans un nouvel opus de ce genre serait très agréable. Vivement la suite !

Mémoires de lumière, tome 1 : A l'ombre des rêves, Thomas Borie

COVER_THUMB-11762

 

A l'ombre des rêves

Thomas Borie

Editions Librinova, 546 pages

petit-coeur

Un extrait

" Ils avaient franchi les portes d’Arenden, ville mythique perdue au cœur de la forêt d’Elláren. La dernière cité de lumière.

Si le commun des mortels avait peu à peu oublié son existence, il subsistait quelques légendes à son propos, des contes transmis de génération en génération. Bien des rêveurs s’étaient lancés à sa recherche, en quête d’un monde meilleur, d’un monde où la magie n’aurait pas abandonné les hommes. "

 

Résumé

(Présentation de l'éditeur) " Voilà bien longtemps que la lumière a déserté Laeríel.

Au plus profond de la forêt d’Elláren, la légendaire Arenden, dernière cité de lumière, s'épanouit en secret depuis des siècles. Elle se fait un devoir d’entretenir cet héritage de génération en génération, attendant que le monde soit prêt à accueillir de nouveau la lumière.

Mais l’ombre guette.

Ce fragile équilibre se voit menacé le jour où Loní secourt une jeune femme amnésique aux abords de la cité. Tous ne voient pas d’un bon œil l’arrivée de cette étrangère qui refuse dans un premier temps de se réveiller. Lorsqu’elle finit enfin par ouvrir les yeux, leur monde s’embrase. Survient alors une série de décès étranges, que ne suffit pas à apaiser l'apparition d'une créature mythique qui lui est étrangement liée. La plus grande crainte d’Arenden semble sur le point de se produire.

Cette étrangère est-elle la source de ces maux, ou la réponse envoyée par les dieux afin de les soutenir dans cette épreuve ? Loní se fait un devoir d’apporter une réponse à cette question avant que la situation ne dégénère. Guidé par l’enseignement des Maîtres, il va aller de révélation en révélation jusqu’à apprendre son implication dans un plan obscur d’une amplitude inimaginable."

 

Mon avis

Premier volume très dense d'une nouvelle saga de fantasy qui s'annonce passionnante, A l'ombre des rêves nous présente les différents personnages principaux ainsi que l'environnement dans lequel ils évoluent.

Et quel environnement ! Arenden est l'un des derniers endroits du monde où la magie existe et, afin de préserver ce secret qui pourrait s'avérer dangereux (certains étant prêt à tout afin de s'approprier la Lumière), la cité est cachée au milieu des arbres. Selon les descriptions données dans le roman, Arenden ressemble un peu à la Lothlorien de Galadriel, l'un de mes endroits préférés dans la saga du Seigneur des Anneaux.

La comparaison s'arrête toutefois là, car Arenden possède une organisation bien plus complexe que le peuple de Galadriel et Celeborn. A ce sujet, j'ai particulièrement apprécié la description qu'en fait Thomas Borie, lorsqu'il explique la disposition des différents Arcs composant Arenden et leurs particularités respectives (attention, l'extrait est assez long, mais il en vaut la peine) :

" On trouvait d’abord le Terrier, l’Arc du Renard, qui accueillait esprits vifs et tempéraments de feu capables de dompter la couleur rouge. Explorateurs, cueilleurs, chasseurs plus rarement, les plus intrépides des citoyens d’Arenden y étaient réunis. Nombre de Marcheurs d’Ombre avaient été élevés en son sein. Bien des orphelins également, recueillis dans le Foyer comme l’avait été Ilríon.

L’Arc suivant, la Hotte, n’était pas protégé par le plus intimidant des Gardiens, mais il n’en possédait pas moins un rôle capital dans la communauté. Sous la protection de L’Ecureuil se logeaient tous les commerces de la cité. De nature généreuse et accueillante, ses occupants étaient par ailleurs liés à la couleur orange, pour la plupart. L’échoppe de Rune en était le cœur, tandis que la Tour d’Ebène, au faîte de laquelle se nichait la salle du Conseil, en occupait la pointe.

À ses côtés, on retrouvait le Nid, dont le Gardien était la Chouette, au sein w s’était développé le bâtiment des soins. Y étaient formés les aspirants guérisseurs, sous la tutelle de Dame Eýr. On en était venu à attribuer à la magie curative des affinités exclusives avec la couleur jaune. Nombre de mages pourtant nés au sein d’autres Arcs avaient porté le titre de Maître Guérisseur. Plus que les couleurs qu’ils percevaient, ses membres partageaient un don d’empathie rare, ainsi qu’une faculté de discernement sans pareille. Alenna y avait vu le jour et se destinait à suivre la voie de guérisseuse qui avait été tracée pour elle. (...)

Venait ensuite l’Arc de l’Ours, dans lequel la forge ou encore la scierie tenaient une place de choix. Il regroupait les artisans ainsi que les bâtisseurs de la cité, notamment, dont le vert était généralement la couleur de prédilection. L’enceinte d’entraînement se trouvait également dans leur Caverne. Aurón vivait au sein de leur communauté. Ses qualités ne correspondant que très peu à l’idéal qui était érigé dans son Arc, Ilríon le prenait souvent pour cible de ses plaisanteries. Il s’amusait à souligner le fait qu’une erreur avait certainement été commise, qu’ils auraient dû échanger leurs places afin que la logique soit respectée. (...)

Le plus singulier des Arcs était sans conteste celui de la Tortue. Simplement nommé le Lac, il prenait la forme d’une étendue d’eau nichée à l’est de la ville. Bien entendu, on y cultivait les affinités à l’élément aquatique ainsi qu’à sa couleur dominante, sans oublier un curieux détachement, une vision particulière du monde. Ses habitants vivaient dans des cabanes sur pilotis qui reposaient sur le Lac, reliées entre elles par un réseau élaboré de planches et de chemins de cordes.

Ces cinq Arcs rayonnaient autour d’un dernier, la Tanière, peut-être le plus important. L’Arc du Loup, du guide, que l’on associait le plus souvent à la couleur mauve. L’héritage d’Isgarín était honoré et assimilé entre les murs de son institut, où étaient dispensés les principaux enseignements magiques et conservés un grand nombre des secrets d’Arenden. Loní s’estimait heureux d’avoir été élevé au cœur de la Tanière, malgré la relative solitude qu’il avait pu y ressentir parfois.

Plutôt que d’implanter dans chaque Arc toutes les commodités nécessaires à un fonctionnement en autarcie, précisa Loní pour finir, le premier Conseil avait décidé de cloisonner les activités, de sorte que les habitants soient encouragés à côtoyer leurs voisins, à partager des moments en leur compagnie.

Des éléments spécifiques permettaient néanmoins de distinguer les Arcs les uns des autres, même pour un observateur non averti. Des maisons construites en hauteur, à même les troncs des arbres dans la Hotte ou le Nid, ou à moitié enfouies sous des collines au sein du Terrier ou de la Caverne. L’architecture de la ville donnait une impression de mixité culturelle et de mélange des classes assez improbable, ce qui la rendait si belle et complexe. "

C'est passionnant, n'est-ce-pas ? Dans quel Arc aimeriez-vous vivre ? Personnellement, j'aurais beaucoup de mal à choisir.

Les personnages principaux sont un groupe de jeunes gens habitant Arenden, qui se trouvent bien malgré eux mêlés à des aventures étranges après avoir sauvé une inconnue trouvée dans la rivière proche d'Arenden. Ces quatre jeunes ont tous vécu des drames et ont dû apprendre à vivre avec certaines choses pas franchement évidentes (surtout Loni et Ilrion) et cela les rend très attachants. Ils sont également tous très intelligents et sérieux dans leur apprentissage de la maîtrise de la Lumière (= la magie).

Loni, Ilrion, Alenna et Auron ne sont pas les seuls personnages passionnants que l'on découvre. On suit aussi leurs maîtres et leurs familles, certains commerçants et artisans d'Arenden. Et bien entendu Tianna, la jeune fille mystérieuse sauvée par les quatre amis et dont l'arrivée bouleverse la cité. Méfiants, les habitants ne lui font pas vraiment confiance, d'autant que des événements aussi étranges que dramatiques commencent à se produire peu après son arrivée à Arenden.

Les rebondissements sont nombreux et le suspense est bien présent tout au long de l'histoire, car quelques drames vont se produire durant le récit. Mais l'auteur a heureusement eu l'excellente idée de bien répartir son action : les chapitres très intenses alternent donc avec des passages plus calmes, qui permettent de découvrir la vie quotidienne des habitants mais aussi les enseignements suivis par les jeunes gens d'Arenden (et notamment par nos quatre héros). J'avais aimé ce genre de détails dans la saga Harry Potter, lorsque J.K. Rowling décrivait la vie quotidienne de Poudlard et les leçons de magie (j'ai d'ailleurs moins d'affinités avec le dernier tome de la saga car ces éléments n'y sont plus présents) et je les ai tout autant appréciés dans ce roman. A mon humble avis, ce genre de détails permettent de rendre une histoire plus crédible et plus intéressante pour les lecteurs que nous sommes, puisque cela nous rappelle un peu le monde "réel" dans lequel nous vivons.

 

Un grand merci à Summer, des Editions Librinova, pour cette belle lecture.

Si vous aussi vous souhaitez faire la connaissance de Loni et de ses amis, et parcourir les chemins mystérieux d'Arenden, ça se passe par ici.

 

En bref

Quoi de mieux qu'une aventure palpitante dans un monde magique et merveilleux pour bien commencer le printemps ? A l'ombre des rêves met en scène des personnages que l'on aime tout de suite, dans un monde qu'on souhaiterait presque pouvoir visiter. Mêlant adroitement suspense et humour, le récit est passionnant de la première à la dernière page et foisonne de détails intéressants sur Arenden, sur les origines de la magie, ou encore sur les différents personnages. Cerise sur le gâteau, la couverture est magnifique et rappelle certaines saga de fantasy auxquelles ce roman n'a rien à envier ! (ce qui est un énoooorme compliment venant de ma part car, si vous êtes ici, vous savez certainement à quel point j'adore Le Seigneur des Anneaux)

COVER_THUMB-11762   5c72aadbecf131551018715    71pGgC-HsJL