414xY86pcLLTrilogia Sucia de La Habana, Pedro Juan Gutiérrez

Titre français: Trilogie sale de la Havane

Edition: Anagrama

368 pages

 

 

 

Résumé

Pedro Juan, un ancien journaliste, est revenu vivre à La Havane dans les années 1990 après avoir bourlingué quelque temps, notamment en Europe.

De retour sur son île, ce Cubain se rend compte que rien n'a changé et que la situation du pays s'est même dégradée. Car, malgré la propagande obligeant les médias à masquer la réalité et à affirmer que Cuba est un véritable paradis terrestre, les Cubains meurent de faim. Les denrées alimentaires les plus basiques se vendent à un prix fou et les plus pauvres ne savent se payer qu'un peu de mauvais rhum.

Désabusé, Pedro Juan décide d'écrire son quotidien afin de mieux exorciser ce qui assombrit son existence et celle de ses compatriotes.

 

Commentaire

Ce roman était très prometteur lorsque j'ai lu le résumé, mais j'en retire malheureusement un bilan assez mitigé.

Il s'agit d'une espèce de journal intime, puisque l'histoire est en grande partie autobiographique. Les faits relatés sont donc fidèles à la réalité et la misère des Cubains est décrite de telle sorte qu'on la ressent vraiment à la lecture, en cela, on peut dire que l'auteur a un style d'écriture absolument efficace. Cette Trilogie sale de La Havane porte donc très bien son titre, puisqu'elle explique tout ce qu'il y a de peu reluisant dans cette vie misérable que mène la population: on boit du mauvais rhum pour s'ennivrer et oublier bien vite ses conditions de vie; on souffre d'une pénurie d'eau, parfois; on se lance dans de nombreux trafics afin de gagner quelques dollars; et, surtout, on essaye de rentrer clandestinement sur le territoire des Etats-Unis où le rêve américain promet une vie bien meilleure.

Quant au style du texte, il est excellent: agressif quand il doit l'être, poétique lors des rares scènes de douceur qui nous sont contées. Gutiérrez peut donc, d'après ce que l'on lit dans cette Trilogia sucia de La Habana, classé parmi les "bons" auteurs hispanophones, de ceux qui vous prennent aux tripes dès le début et ne vous lâchent plus jusqu'à la dernière page.

Mais le problème majeur du texte, ce sont les scènes de sexe. Il ne se passe pas une page sans qu'on ait droit à une réflexion sexuelle. Et pas de façon voilée, mais de manière très explicite. C'est assez agaçant car cela n'apporte rien au récit; au contraire, puisque cette répétition continuelle des mêmes scènes (on boit du rhum,  et une fois qu'on est à peu près ivre on fait l'amour et on se quitte) rend le texte très répétitif. Chaque chapitre du livre se déroulant de la même façon, quand Pedro Juan se retrouve assis à une table avec Carmencita et qu'ils partagent une bouteille de rhum, on peut facilement prévoir ce qu'il va se passer!

Cette façon de ressasser continuellement les mêmes événements en changeant juste un peu les participants et les lieux a plus ou moins gâché mon enthousiasme pour un récit que j'espérais plus centré sur la cause cubaine et sur la dictature. Et c'est d'autant plus dommage que certaines pointes d'humour de la part de l'auteur étaient assez réussies. En commençant ma lecture, je m'attendais plus à une histoire proche de La Fiesta del Chivo de Vargas Llosa ou même de la Chronique d'une mort annoncée de Garcia Marquez, mais non.

Malgré ce mauvais côté, ce roman méritait d'être lu, ne fût-ce que pour se rendre compte de ce qu'il reste dans la vie des gens lorsqu'ils ont atteint le niveau le plus bas (apparemment, l'alcool, le sexe et la drogue), celui de la pauvreté la plus extrême et de la lutte pour survivre.