couv49177979Des souris et des hommes, John Steinbeck

Titre original: Of Mice and Men

Edition: Livre de Poche

182 pages

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Résumé

George et Lennie sont deux vagabonds qui vivent de façon nomade et espèrent trouver un emploi qui leur convient: assez bien payé pour leur permettre d'acheter un lopin de terre et ne demandant pas trop de qualifications. Mais Lennie est simple d'esprit et maladroit; il finit toujours par gaffer et par provoquer son licenciement et celui de George.

Cette fois, pourtant, les choses semblent différentes, comme si Lennie avait compris que l'emploi que lui et George viennent de trouver est leur dernière chance de s'insérer dans la société.

Mais Lennie, qui aime tant caresser la chevelure des femmes, va-t-il pouvoir garder ses distances alors que l'épouse de Curley le provoque?

 

Commentaire

Magnifique! C'est le seul mot qui vient à l'esprità la lecture de ce roman. Et c'est Joseph Kessel qui en parle mieux que personne dans la préface du texte:

" Ce livre est bref. Mais son pouvoir est long.

Ce livre est écrit avec rudesse et, souvent, grossièreté. Mais il est tout nourri de pudeur et d'amour.

Certains auteurs de l'Amérique du Nord disposent d'un secret impénétrable.

Ils ne décrivent jamais l'attitude et la démarche intérieures de leurs personnages. Ils n'indiquent pas les ressorts qui déterminent leurs actes. Ils évitent même de les faire penser.

(...)

Une approche aussi superficielle en apparence devrait logiquement exclure toute perception profonde des êtres et, en eux, tout cheminement spirituel. Ils ne devraient pas avoir de substance, de densité humaine, de vérité. Or - et c'est le mystère - ils vivent tous avec une intensité et une intégrité merveilleuses. Avec leur poids de chair. Avec le mouvement du coeur et les reflets de l'âme.

(...)."

 

Le récit commence au milieu de nulle part, ou presque, avec deux personnages (George et Lennie), dont on ne sait rien. C'est petit à petit, au fil du récit et des actes de chacun, que Steinbeck dévoile des pans de la personnalité très complexe de ces deux hommes.

Comme le dit si bien Kessel, la rudesse est présente d'un bout à l'autre du texte; cette rudesse qui captive, qui vous prend aux tripes et ne vous lâche plus. Dès les premières lignes, on se rend compte que l'on tient un chef d'oeuvre entre ses mains.

Encore une fois, comme c'est le cas dans Les Raisins de la colère, l'histoire de George et Lennie semble être un prétexte au service d'une cause plus noble: la dénonciation des conditions de travail déplorables des journaliers agricoles. On en vient à se prendre de passion pour la vie de George, de Lennie et de leurs collègues, à les plaindre et à souhaiter une amélioration de leur destin. Tout au long du récit, la tension monte; la misère est décrite avec force et simplicité. On espère, on attend même, une fin heureuse... Mais, bien entendu, elle ne vient pas.

Comment la vie de ces deux hommes, et des milliers d'autres comme eux, pourrait-elle changer au point de les voir heureux et à l'abri de la misère? Destinés à une vie tragique, à une survie diifficile, les héros de ce roman Steinbeck ne sont pas faits pour être heureux.

Trop de difficultés, d'incompréhension, de préjugés jalonnent la route qu'ils doivent emprunter. Ils sont condamnés à exercer un métier dur et peu valorisant, dans une société qui ne veut pas d'eux, et surtout pas des simplets comme Lennie. Et tant que George prendra soin de Lennie, il  ne sera pas mieux considéré que son ami. Comment, dans ce cas, ne pas excuser le geste de George? A-t-il réellement trahi Lennie? N'est-ce pas plutôt la société qui les a trahis tous les deux, et depuis trop longtemps?

C'est la société dans laquelle ces deux hommes sont condamnés à (sur-)vivre qui est responsable de leurs destins, de leurs actes et de leurs erreurs. Cruelle, elle ne leur a laissé aucun choix.

 

Quelques extraits:

"C'est un brave type,dit Slim. Y a pas besoin d'avoir de la cervelle pour être un brave type. Des fois,il me semble que c'est même le contraire. Prends un type qu'est vraiment malin, c'est bien rare qu'il soit un bon gars."

 

"Parce que je suis noir. Ils jouent aux cartes, là-bas, mais moi, j’peux pas jouer parce que je suis noir. Ils disent que je pue. Ben j’peux te le dire, pour moi, c’est vous tous qui puez."

 

"Les types comme nous, qui travaillent dans les ranches, ya pas plus seul au monde. Ils ont pas de famille. Ils ont pas de chez-soi. Ils vont dans un ranch, ils y font un peu d'argent, et puis ils vont en ville et ils le dépensent tout... et pas plus tôt fini, les v'là à s'échiner dans un autre ranch. Ils ont pas de futur devant eux."

 

"- Pour nous c'est pas comme ça. Nous, on a un futur. On a quelqu'un à qui parler, qui s'interesse à nous. Si les autres types vont en prison, ils peuvent bien y crever, tout le monde s'en fout. Mais pas nous. 
Lennie intervint.
 - Mais pas nous ! Et pourquoi ? Parce que moi, j'ai toi pour t'occuper de moi et toi, t'as moi pour m'occuper de toi, et c'est pour ça."

 

"Ils viennent, et, le travail fini, ils s'en vont; et chacun d'eux a son petit lopin de terre dans la tête. Mais y en a pas un qu'est foutu de le trouver. C'est comme le paradis. Tout le monde veut un petit bout de ce terrain. Je lis des tas de livres ici. Personne n'va jamais au ciel, et personne n'arrive à avoir de la terre. C'est tout dans leur tête. Ils passent leur temps à en parler, mais c'est tout dans leur tête."

 

"Sûr que tout le monde en veut. Tout le monde veut un lopin de terre, pas beaucoup. Quelque chose qui est à vous, simplement. Quelque chose où qu’on peut vivre et d’où personne n’peut vous faire partir. J’en ai jamais eu. J’ai fait des récoltes pour tous les habitants de cet État, autant dire, mais c’étaient pas mes récoltes, et quand je les coupais, c’était pas ma moisson. Mais maintenant, nous allons le faire. George n’a pas d’argent sur lui. Cet argent est à la banque. Moi, et Lennie, et George. Nous aurons une chambre à nous. Nous aurons un chien, et des lapins et des poulets. Nous aurons du maïs vert, et peut-être bien une vache aussi, ou une chèvre."

 

"Toi et moi, on pourra avoir cette petite terre quand même, pas vrai, George ? On pourra aller y mener la belle vie, pas vrai, George ? Pas vrai ?"

 

"Y a pas beaucoup de gars qui voyagent ensemble,dit-il d'un ton reveur.J'sais pas pourquoi.Peut-etre que les gens ont peur les uns des autres,dans ce sacre monde."

  

"- Et qu'est-ce que j'ai ? continua Georges furieusement. j'ai toi ! Tu n' peux pas garder un métier, et tu me fais perdre toutes les places que je trouve. Tu passes ton temps à me faire balader d'un bout du pays à l'autre. Et c'est pas encore ça le pire. Tu t'attires des histoires. Tu fais des conneries, et puis il faut que je te tire d'affaire." 

 

"Et George leva le revolver, l’immobilisa et en approcha le canon tout contre la nuque de Lennie. Sa main tremblait violemment, mais, bientôt, son visage se figea et sa main se raffermit. Il pressa la gâchette. La détonation gravit les collines et en redescendit. Lennie eut un soubresaut, puis il s’affaissa doucement, la face dans le sable et il resta étendu sans le moindre frisson.
George tressaillit et regarda son arme, puis il la jeta derrière lui, très loin sur la rive, près du tas de vieilles cendres. La voix de Slim hurla :
 - George ! Où es-tu, George ?"

 

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Baby Challenge classique: 4/20

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