couv44189762L'attrape-coeurs, Jerome David Salinger

Titre original : The Catcher in the Rye

Edition : Pocket

253 pages

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Résumé

Holden Caulfield est renvoyé de Pencey, le collège huppé dans lequel il est scolarisé. Ce n'est pas la première fois que ce genre de mésaventure lui arrive et il craint la réaction de ses parents.

Holden doit normalement quitter définitivement le collège le mercredi précédant les vacances de Noël, mais il se dispute avec son camarade de chambre le samedi soir et, sur un coup de tête, décide de partir en avance. Il rassemble tout l'argent qu'il possède et se rend à New York. Il espère y trouver une chambre d'hôtel où il logera quelques jours avant de rentrer chez lui le mercredi, comme prévu.

 

Commentaire

La façon dont certains auteurs parviennent à évoquer tant de sensations dans des textes relativement courts reste toujours étonnante.

L'attrape-coeur fourmille d'émotions, toutes différentes et toutes puissantes. Et pourtant, le volume compte moins de 300 pages...

Holden est le type même de l'anti-héros, celui que personne n'aime vraiment et que l'on remarque à peine, le mec un peu bizarre qui se lance dans des conversations que les autres ont parfois du mal à suivre. Cette difficulté à établir des relations avec les autres jeunes gens de son âge rend l'histoire de Holden très mélancolique. On ressent sa solitude à toutes les pages, on le plaint de se sentir si différent, d'être tellement " séparé " des autres par sa manière de penser et sa manière d'être.

Ce qui est étonnant, c'est que la plupart des condisciples de Holden le considèrent comme un gamin alors qu'en réalité, il donne l'impression d'être plutôt mûr son âge. Ses réflexions, dans ce récit écrit à la première personne, semblent parfois très profondes pour un garçon d'à peine 17 ans. Bien-sûr, Holden agace parfois ses interlocuteurs par ses questions incessantes et parce qu'il donne l'impression de penser à voix haute. Mais on finit par comprendre cette particularité du caractère de Holden : il cherche tout simplement à mieux comprendre le monde qui l'entoure pour enfin y appartenir. Les conventions sociales semblent être mystérieuses pour Holden et il donne l'impression de tenter de les maîtriser à tout prix.

Comme tous les personnages de romans (et comme tout le monde, en fait), Holden a des défauts. Durant son escapade new yorkaise, quand il se sent trop seul, il éprouve le besoin d'aller se perdre dans la foule, de s'adonner à des plaisirs qu'il méprise pourtant (le cinéma, les spectacles de Broadway). On a le sentiment qu'en plus d'agacer les autres, ses réflexions l'énervent lui-même et que le fait de ne pas rester seul, en tête à tête avec lui-même, lui permet de moins réfléchir. De ne plus s'entendre penser. De moins réfléchir. De ressentir ce sentiment d'appartenance qu'il cherche à acquérir à tout prix et qui, par son absence, l'empêche de se sentir à l'aise lorsqu'il évolue en société.

L'attrape-coeurs nous fait donc bien passer par toutes les émotions. L'indifférence au début du récit, quand on ne connaît pas encore Holden et que, comme les autres, on le trouve bizarre. La pitié quand on comprend à quel point ce jeune homme se sent seul. La fascination. L'inquiétude. L'agacement, parfois. Ces émotions donnent l'impression de suinter des pages mêmes du roman, de nous envahir complètement sans que l'on s'en rende compte et sans que l'on puisse rien y faire. Salinger nous emmène sur les montagnes russes de l'émotion et il est impossible d'arrêter le processus. On ne peut pas lutter contre ce genre d'histoire, qui vous transporte dans une autre lieu, à une autre époque. On ne peut que se laisser entraîner, accepter d'être bercés par des mots à la fois si simples et si forts.

L'attrape-coeurs est un récit marquant, inoubliable. De ceux dont on se souvient longtemps après avoir terminé le livre. Ceux qui donnent envie d'être lus encore et encore. Ceux que l'on a envie de partager seulement avec certaines personnes triées sur le volet, comme on partagerait un secret.

 

Quelques extraits :

" J'espère que lorsque je mourrai, quelqu'un aura le bon sens de me jeter dans une rivière. N'importe quoi plutôt que le cimetière. Avec des gens qui viennent le dimanche vous poser un bouquet de fleurs sur le ventre et toutes ces conneries. Est-ce qu'on a besoin de fleurs quand on est mort ? "

 

" Mon rêve, c’est un livre qu’on arrive pas à lâcher et quand on l’a fini on voudrait que l’auteur soit un copain, un super-copain et on lui téléphonerait chaque fois qu’on en aurait envie. "

 

" Je l'ai bien regardée. Elle avait pas l'air d'une andouille. Elle avait l'air d'une personne très capable de se faire une idée claire du genre de petit con qu'elle a pour fils. Mais on peut jamais dire, avec les mères. Elles sont toutes légèrement fêlées. "

 

" Y a des choses qui devraient rester comme elles sont. Faudrait pouvoir les planquer dans une de ces grandes vitrines et plus y toucher. Je sais que c'est impossible mais, bon, c'est bien dommage. "

 

" J'ai refermé la porte et j'étais dans la salle de séjour quand il m'a gueulé quelque chose, mais j'ai mal entendu. Je me demande si c'était pas " Bonne chance ! ". J'espère que non. Merde, j'espère bien que non. Je crierais jamais " Bonne chance ! " à quelqu'un. C'est horrible, quand on y pense. "

 

" Subitement - et sans raison valable sauf que j'étais d'humeur à plaisanter - j'ai eu envie de dégringoler de mon lavabo et de lui faire une bonne prise de catch.  Disons une cravate.  Au cas où vous connaîtriez pas, on passe le bras autour du cou de l'adversaire et si on veut on l'étrangle.  J'ai bondi comme une panthère sur Stradlater.
' Arrête Holden, sacré bordel ', a dit Stradlater.  Il avait pas envie de chahuter.  Il était en train de se raser et tout.  ' Qu'est ce que tu cherches ?  Tu veux que je me la tranche ? '
Je l'ai quand même pas laissé aller.  J'avais une prise plutôt bonne.  J'ai dit ' Allons, petit père, libère-toi du rude étau de mes biceps. ' "

 

" Les filles c'est comme ça, même si elles sont plutôt moches, même si elles sont plutôt connes, chaque fois qu'elles font quelque chose de chouette on tombe à moitié amoureux d'elles. "

 

" Les gens pensent toujours que ce qui est vrai est vrai cent pour cent. Je m’en balance, sauf que ça finit par m’assommer quand les gens me disent que tout de même, à ton âge... Ça m’arrive aussi d’agir plus vieux que mon âge ― oui, oui, ça m’arrive ― mais les gens le remarquent jamais. Les gens remarquent jamais rien. "

 

" ' Depuis 1888, nous travaillons à forger de splendides jeunes hommes à l'esprit ouvert. ' Tu parles ! Ils forgent pas plus à Pencey que dans n'importe quelle autre école. Et j'y ai jamais connu personne qui soit splendide, l'esprit ouvert et tout. Peut-être deux gars. Et encore. C'est probable qu'ils étaient déjà comme ça en arrivant. "

 

" Ce qui m'aurait plutôt tenté c'était de me suicider. En sautant par la fenêtre. Je l'aurais probablement fait si j'avais été sûr que quelqu'un prendrait la peine de me recouvrir aussitôt que j'aurais touché terre. J'avais pas envie d'être entouré par une troupe de badauds stupides qui resteraient plantés à me reluquer quand moi je baignerais dans mon sang. "

 

" L'homme qui tombe,rien ne lui permet de sentir qu'il touche le fond.Il tombe et il ne cesse pas de tomber. "

 

" Je sais qu'il est mort. Et comment que je le sais. Mais je peux quand même l'aimer, non ? Juste parce que les morts sont morts on s'arrête pas comme ça de les aimer, Bon dieu - spécialement quand ils étaient mille fois plus gentils que ceux qu'on connait qui sont vivants et tout. "