product_thumbnailComment sortir de l'€urope sans sortir de table. Ou les 10 bonnes raisons de reprendre son destin en main, Jean-Luc Mordoh

Edition : La Bourdonnaye

Exemplaire numérique offert par l'auteur

 

 

 

Résumé

Gérard et Ginette sont un couple de Français comme il y en a tant. Ils aiment les bons repas, le fromage français et le vin. Ils ont tout pour être heureux, surtout que Ginette est un vrai cordon bleu et que son Gérard ne se fait pas prier pour dévorer tout ce qu'elle prépare.

Mais Gérard se pose des questions. Le fonctionnement de l'Europe l'inquiète et l'agace à la fois. Alors, autour de onze bons repas (10 repas d'argumentation et un repas de conclusion), Gérard expose à Ginette les raisons qui le poussent à penser que la France devrait sortir de l'Europe.

 

Commentaire

Un grand merci à Jean-Luc Mordoh et à son éditeur qui m'ont proposé de chroniquer cet essai. J'ai passé un excellent moment avec Gérard et Ginette et le contenu de leurs conversations s'est révélé véritablement stimulant sur le plan intellectuel.

Je suis très partagée en ce qui la critique de l'Europe qui constitue (vous l'aurez compris vu le titre) le thème central de l'ouvrage. Mon côté " lectrice " m'a permis d'apprécier pleinement cet essai, bien écrit et parfaitement documenté, et l'argumentation de Gérard, solide et logique. Et mon côté " étudiante en droit européen " a envie de croire que Gérard a tort, que l'Europe est plus qu'une mauvaise association entre Etats membres et que les dirigeants européens ne sont pas tous des menteurs invétérés.

Le côté positif de cet essai, ce sont donc les leçons de Gérard. Celui-ci est fortement eurosceptique et a décidé d'utiliser contre l'Europe ses propres armes, à savoir certains articles du Traité sur le fonctionnement de l'Union européenne (TFUE, il s'agit en fait du Traité de Rome de 1957 qui portait le nom de Traité instituant la Communauté économique européenne avant l'entrée en vigueur du Traité de Lisbonne en 2009).

L'argumentation de Gérard est, je l'ai déjà précisé, particulièrement convaincante. Ses raisonnements emportent l'adhésion de Ginette et ne sont pas loin de convaincre ceux qui lisent cet essai. Gérard et ses statistiques mettraient probablement plus d'un partisan de l'Europe mal à l'aise.

Mais Gérard me semble aussi bien décidé à ne souligner que les mauvais côtés de l'Europe. Il n'évoque que les défauts de cette organisation (qui sont nombreux, avouons-le) sans y voir aucun avantage. Il va même jusqu'à lui reprocher des " erreurs " dont elle n'est pas (totalement) responsable ou qu'elle a déjà reconnues elle-même.

Voici ce qui m'a le plus marquée. Pour plus de lisibilité, les opinions de Gérard seront écrites en rouge, mon avis sur ces opinions en mauve et la réponse possible aux arguments de Gérard en police normale :

1°  Gérard reproche à l'Europe son manque de considération pour les travailleurs. D'après lui, elle ne se soucie que de problèmes économiques et de rien d'autre !

=> Gérard a tout a fait raison. L'Europe n'est pas réputée pour ses préoccupations sociales, bien au contraire. Elle se soucie peu des conditions de travail des citoyens européens et laisse aux Etats membres la responsabilité de légiférer à ce sujet. C'est donc un bon argument pour appuyer la nécessité d'une sortie de l'Europe.

C'est le propre de l'Europe ! Il s'agit d'abord et avant tout d'une union politique entre Etats membres. Une fois que l'on accepte cela, peut-être peut-on se dire que, même si elle n'est pas au top niveau social, l'Europe fait quand même un bon travail sur le plan politique.

 

Gérard semble rendre l'Europe responsable des nombreuses délocalisations d'entreprises et d'industries dont souffrent les Etats membres en utilisant l'article 63 du TFUE (" Article 63 -(ex-article 56 TCE) - 1. Dans le cadre des dispositions du présent chapitre, toutes les restrictions aux mouvements de capitaux entre les Etats membres et les pays tiers sont interdites ; 2. Dans le cadre des dispositions du présent chapitre, toutes les restrictions aux paiements entre les Etats membres et entre les Etats membres et les pays tiers sont interdites. ").

=> Personnellement, je trouve les délocalisations révoltantes. Elles sont nombreuses en Belgique (même Delvaux ne fabrique plus ses sacs en Belgique !) et les travailleurs en souffrent considérablement.

Mais si les industriels délocalisent leurs activités vers des pays comme la Chine ou l'Inde, ce n'est pas uniquement à cause de cet article 63 et de l'Europe. Les délocalisations sont rendues possibles par les vides juridiques existant dans certains pays du point de vue de la législation sociale. Je m'explique plus clairement.

Il existe en Belgique une loi réglementant la durée du travail (loi du 16 mars 1971 sur le travail), dont l'article 19 dispose que : " La durée du travail des travailleurs ne peut excéder huit heures pas jour ni 40 heures par semaine ". Il existe également une loi sur la protection de la rémunération des travailleurs (loi du 12 avril 1965). Toute cette législation sociale empêche les employeurs d'exploiter les salariés qui travaillent pour eux.

Mais de telles protections n'existent pas dans tous les pays. Certains ne légifèrent pas sur le sujet, ce qui permet à des entrepreneurs peu scrupuleux d'établir leurs entreprises dans ce pays et d'engager de la main d'oeuvre locale, qu'ils peuvent exploiter comme ils veulent. Si le pays X n'a aucune législation sociale, M. Bidule peut très bien installer la S.A. Bidule dans le pays X, engager des citoyens de X pour y travailler 20 heures par jour tout en étant payé 0,20 euros de l'heure.

Et cette situation n'est pas uniquement la faute de l'Europe. Ce qui facilite les délocalisation à l'étranger, c'est la différence entre notre législation sociale et celle des autres pays où les travailleurs ne sont pas aussi bien protégés qu'en Belgique ou en France.

Dans ce cas, sortir de l'Europe ne servirait à rient : les législations protectrices des travailleurs que j'ai mentionnées sont nationales et non européennes. La différence avec les pays ne légiférant pas sur ce sujet sera toujours présente, Europe ou pas. Et les délocalisations auront toujours lieux, à moins qu'elles soient expressément interdites par une loi nationale (ce qui semble peut probable, même hors Europe, étant donné la mondialisation actuelle des affaires).

 

Gérard critique la PAC (politique agricole commune). Il souligne l'importance de l'auto-suffisance agricole (et industrielle également, dans un autre chapitre).

=> La PAC ne s'est jamais montrée très efficace, malgré l'importance du budget qui lui a été consacré et ce depuis la fondation de l'Europe. Je suis donc d'accord avec les critiques de Gérard sur ce point. L'auto-suffisance serait également intéressante tant, comme le précise Gérard, sur le plan agricole que sur le plan des industries et de leur production.

Mais ce que Gérard oublie, c'est que la France faisait partie des Etats membres qui, à l'époque du Traité de Rome, ont réclamé l'introduction d'une politique agricole. C'est bien beau de voir un citoyen français reprocher la PAC à l'Europe, encore faudrait-il qu'il se souvienne du contexte historique d'introduction de cette politique.

Cela tombe bien : j'ai réalisé, au mois de novembre, un travail sur la PAC dans le cadre de mon cours de droit européen. Je vous cite donc mon introduction :

" Lors de la signature du traité de Rome, en 1957, l’agriculture européenne connaît encore des lacunes : elle est peu productive (...) et mal organisée. Certains pays, la France et les Pays-Bas notamment, souhaitent donc la mise en place d’une politique agricole commune. "

Je précise tout de suite que j'ai eu une bonne note pour ce travail et que je ne pense donc pas avoir raconté d'idioties sur le sujet.

Un autre élément concernant l'argumentation de Gérard au sujet de la PAC a attiré mon attention. Gérard explique à Ginette que les agriculteurs français ont des conditions de travail déplorables (je suis entièrement d'accord) et sont payés une misère pour le travail qu'ils effectuent (là aussi, je suis d'accord). Mais il précise aussi que l'Etat français ne peut fournir de compensation financière à ses agriculteurs parce que l'Europe l'interdit. Or, ce n'est pas vraiment ce que j'ai lu quand j'ai préparé ce fameux travail sur la PAC. Voici ce que j'ai trouvé :

(En ce qui concerne les aides aux agriculteurs, la réforme de la PAC qui a eu lieu en 2003 a mis en place):

" (...) la conditionnalité subordonne le paiement des aides au respect d’un certain nombre de critères en matière d’environnement, de santé publique, de bien-être animal… ; "

(En ce qui concerne les aides à l'exportation, la réforme de la PAC prévoit) :

" (...) la suppression de toutes les subventions à l’exportation dans le secteur agricole en 2013 décidée par l’OMC lors de la conférence interministérielle de Hong-Kong en décembre 2005. "

Ce dernier extrait montre clairement que l'Europe est soumise à d'autres organisations, ces dernières n'ayant pas spécialement le bien-être des agriculteurs français comme premier objectif, je vous l'accorde. Et même si la France sortait de l'Europe, elle serait toujours soumise aux décisions de l'OMC, puisqu'il s'agit d'une organisation mondiale...

 

En ce qui concerne l'auto-suffisance dont parle Gérard, je dois dire que mon avis est partagé. J'ai un petit côté optimiste (voire utopiste) qui veut croire qu'il serait possible pour tous les pays de vivre en véritable autarcie et de préserver la planète en même temps. Mais il faut rester réaliste ! Voici un autre extrait de mon fameux travail :

" (...) comme précisé dans la Résolution du 8 juillet 2010, la production agricole devra être doublée d’ici 2050 si l’on veut pouvoir assumer l’augmentation démographique et la hausse de consommation des produits agricoles qui y est liée. Il faudra également tenir compte du réchauffement climatique et des difficultés croissantes que rencontre l’agriculture aujourd’hui (perte de biodiversité, détérioration des sols, sécheresse dans de nombreux pays). "

Comment, étant donné l'accroissement de population prévu pour les années à venir, devenir auto-suffisant ? A moins de raser l'entièreté des bâtiments français (y compris Le Louvre et le Château de Versailles) pour construire des exploitations agricoles et des industries sur l'ensemble du territoire, je ne vois pas... D'ailleurs, l'Europe semble tout aussi utopiste que Gérard ou moi lorsqu'elle affirme que la réforme de la PAC devrait parvenir à satisfaire à ces nouveaux objectifs.

 

Gérard explique à Ginette que les députés européens font semblant de lutter contre la généralisation de la consommation d'OGM alors qu'ils savent très bien que leurs citoyens en mangent tous les jours.

=> Une minorité de représentants de l'Europe semblent, en effet, être totalement anti-OGM. Malheureusement pour les consommateurs, ils ne font pas partie des décideurs européens. Gérard a donc entièrement raison quand il affirme qu'ils savent très bien qu'on mange des OGM à tous les repas.

Et certains chercheurs (minoritaires aussi, malheureusement) ont pourtant prouvé la dangerosité des OGM pour la santé humaine : cancers et autres maladies sympathiques du genre...

Mais est-ce vraiment la faute de l'Europe si certains députés essayent de se donner le beau rôle en tenant des discours hypocrites au nom de l'institution qu'ils représentent ? L'Europe ne cache plus sa politique en matière d'OGM, comme le prouve ce document contenant les Questions et réponses sur la réglementation des OGM dans l'Union européenne. Il contient d'ailleurs un chapitre intitulé " En quoi consiste la procédure d'autorisation de la dissémination expérimentale d'OGM dans l'environnement ? " Tout est dit : l'Europe autorise les OGM.

La France ou même la Belgique hors-Europe ne serait pas tirée d'affaire pour autant. Marie-Monique Robin explique parfaitement bien, dans son ouvrage intitulé Le Monde selon Monsanto : de la dioxyne aux OGM, une multinationale qui vous veut du bien que l'énorme majorités des pays industrialisés sont envahis par cette entreprise tentaculaire qu'est Monsanto. Les dirigeants et cadres de cette multinationale sont envoyés aux quatre coins du globe, chargés " d'infiltrer " les organisations sanitaires qui analysent l'impact sur la santé humaine de la mise sur le marché de nouveaux aliments.

Il est vrai que l'Europe ne sait pas (ou ne veut pas ?) se défendre contre Monsanto et son influence. Mais la France non plus, comme le prouve Marie-Monique Robin, chiffres et faits à l'appui. Une sortie de l'Europe ne débarasserait donc pas nos assiettes des OGM.

 

Je pourrais continuer comme cela encore longtemps, mais je finirais par écrire un commentaire de dix pages, ce qui n'est pas le but.

Mon but, c'est de démontrer à quel point l'essai de Jean-Luc Mordoh est intéressant. Il a pour avantage de relancer un débat qui, étant donné la crise économique profonde que traverse certains Etats membres (Grèce et Portugal en tête, mais aussi l'Espagne et l'Italie, le " Club Med " comme les appellent les Allemands - sympas, les Allemands, non ?!) s'avère extrêmement nécessaire. Tout n'est pas mauvais dans le système européen, mais de nombreux points sont à revoir et en urgence !

Je ne suis pas, comme Gérard, partisane d'une sortie de l'Europe, mais ses arguments m'ont au moins permis de constater ce qui doit être amélioré.

Accessoirement aussi, cet essai m'a permis de revoir de gros pans de matière puisque, pour comparer les arguments de Gérard avec ce qui a été dit lors de mes cours de droit européen, j'ai parcouru une fois de plus mes notes de cours, repris mon travail sur la PAC, re-visité de fond en comble le site de l'Europe.

Mais même pour ceux qui ne s'intéressent que moyennement (voire pas du tout) au droit européen, Comment sortir de l'€urope sans sortir de table s'avère très instructif. Pas de jargon juridique, mais une discussion sympathique entre mari et femme, toujours autour d'un bon repas dont le menu (les onze chapitres commencent tous par le menu du repas de Ginette et Gérard) dont la simple description met l'eau à la bouche. Jean-Luc Mordoh met donc en place une ambiance assez relax, les discussions sur l'Europe étant entrecoupées de considérations gastronomiques.

 

Pour télécharger l'essai de Jean-Luc Mordoh, cela se passe sur le site des Editions numériques La Bourdonnaye.