couv37226845Les hommes qui n'aimaient pas les femmes, Millénium tome 1, Stieg Larsson

Titre original : Män som hatar kvinnor

Edition : Actes Sud

475 pages

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Résumé

Mikael Blomkvist, fondateur et rédacteur en chef de la revue d'investigation économique Millénium vient d'être condamné pour diffamation. Blomkvist a écrit, dans sa revue, un article sur l'un des plus puissants hommes d'affaires suédois, Hans-Erik Wennerström, et ce dernier a attaqué le journaliste en justice.

Afin d'éviter la ruine totale de Millénium, mise à mal par le tapage autour du procès, Blomkvist décide de s'éloigner pendant quelque temps.

Alors qu'il vide son bureau, à la rédaction de la revue, Blomkvist reçoit un appel téléphonique d'un avocat de Hedestad, maître Dirxh Frode. L'homme de loi demande à Blomkvist de rendre visite à son client, Henrik Vanger, ancien magnat de l'industrie suédoise. Celui-ci a une proposition à faire à Mikael.

Intrigué, Blomkvist se rend à Hedeby, le fief de la famille Vanger, ex-puissance industrielle suédoise. Dans la demeure familiale, où il reçoit Mikael, Henrik Vanger lui raconte une longue histoire et lui propose de remplir deux missions pour lui : Mikael doit écrire une biographie de Henrik, dans laquelle il n'épargnera pas la famille Vanger, Henrik détestant la plupart de ses proches. Et, surtout, Mikael devra enquêter sur la disparition de Harriet Vanger, la petite-nièce de Henrik. Le vieil homme est persuadé que l'un des membres de la famille a assassiné Harriet et il veut que Mikael découvre qui, parmi ceux-ci, lui ment depuis près de quarante ans...

Ce que Blomkvist ne sait pas, c'est que Henrik Vanger l'a sélectionné pour remplir ces missions après avoir fait procéder à une enquête sur sa personne. Et l'enquête en question a été réalisée par Lisbeth Salander, une jeune hackeuse surdouée mais asociale. Les chemins de Mikael Blomkvist et de Lisbeth Salander vont d'ailleurs finir par se croiser lors de l'enquête sur la disparition de Harriet. Comment réagira Mikael lorsqu'il apprendra que Salander a espionné sa vie privée ?

 

Commentaire

Bizarre que Millénium soit classé dans les polars... D'accord, Blomkvist doit enquêter sur une disparition mais, malgré cela, on n'a pas l'impression d'être réellement plongé dans un mystère insoluble.

En fait, la disparition de Harriet est facilement compréhensible pour qui lit le roman attentivement de la première à la dernière page (ou un peu avant, puisque l'explication de ce qui est arrivé à la jeune femme arrive avant le dernier chapitre). Toutefois, le cheminement qu'empruntent Blomkvist et Salander pour parvenir à la solution est absolument passionnant ! Et c'est d'ailleurs parce qu'on suit leurs traces aussi minutieusement que le mystère peut se résoudre aussi facilement. On finit par réellement avoir l'impression que Stieg Larsson a voulu associer le lecteur aux recherches de ses deux " enquêteurs ". Les petites statistiques qu'il nous donne avant chaque partie du roman renforcent d'ailleurs cette sensation.

Mais parlons d'abord du décor de Millénium. L'île de Hedeby, où vit la majorité des membres de la famille Vanger, forme un décor idéal pour ce genre de récit. Le fait que Mikael se trouve sur une île lors de ses recherches et qu'Harriet ait disparu de cette même île alors qu'elle était momentanément isolé du continent suédois transforme l'histoire en véritable huis-clos. Ajoutez à cela les soupçons de Henrik Vanger sur sa famille et ses remarques sur chacun d'eux et vous aurez tout compris : l'ambiance de ce premier tome de Millénium est assez sombre.

Les personnages ajoutent en réalité un peu de mystère au récit. Ainsi, Henrik n'a pas tort de critiquer sa famille, puisque certains des Vanger sont des personnages aussi étranges que peu sympathiques. Et alors que l'enquête sur la disparition de Harriet piétine, même si on a déjà l'impression de connaître le(s) coupable(s), on finit par douter et soupçonner tout le monde... et pas seulement les Vanger !

Lisbeth Salander, quant à elle, peut aussi sembler très bizarre la première fois qu'on la rencontre. Mais au contraire des Vanger, elle " s'humanise " au fil des rencontres. Petit à petit, on se rend compte que le côté bizarre de Salander est en fait un mur qu'elle a construit entre elle et les souffrances que la société lui a infligées. Comme dans les polars de Mankell, on retrouve donc une certaine critique de la société suédoise : Wallander est perpétuellement en colère contre les déviances de son pays et Salander tente de s'en protéger comme elle peut. Les choses vont-elles si mal que cela en Suède ?

Un élément renforce d'ailleurs cette impression de dérive de la société suédoise. A la fin du roman, les Vanger traversent une sale période. Et malgré le fait qu'ils se détestent tous cordialement, ils se serrent les coudes et se couvrent mutuellement, cachant les vilains petits secrets des brebis galeuses du clan. Toutes les familles suédoises vivent-elles aussi repliées sur elles-mêmes, au point de s'entraider tout en se haïssant ? Difficile à dire, mais si Mankell et Larsson sont (était dans le cas de Larsson, décédé en 2004) des bons analystes de leur société, cela semble vraisemblable.

Reste que le succès de Millénium et le battage médiatique autour de la saga semblent, après ce premier tome, tout à fait justifiés. Lecture addictive, Les hommes qui n'aimaient pas les femmes démarre lentement, mais nous entraîne sur des chemins assez tortueux pour devenir séduisants.

 

Pour lire le billet de Perrine, c'est par ici.