couv75814502Tatuaje, Manuel Vazquez Montalban

Titre français : Tatouage

Edition : Planeta

187 pages

 

 

Résumé

Près de Barcelone, un jour de grande chaleur, le corps d'un homme est repêché dans la mer. Il semble jeune et sur son dos, un tatouage insolite est encore visible : « Je suis né pour révolutionner l'enfer ».

Quelques jours plus tard, Pepe Carvalho, un enquêteur privé, est contacté par Monsieur Ramón, un commerçant qui a bien réussi dans les affaires. Celui-ci demande à Carvalho d'enquêter sur le mort : il veut connaître son nom, d'où il vient, ce qu'il faisait en Catalogne ; bref, tous les détails que Pepe pourrait glaner à son sujet et que Monsieur Ramon est près à payer cher.

Carvalho commence son enquête sur place mais, très vite, les faits l'amènent jusqu'aux Pays-Bas. Là, il découvre l'identité du jeune homme noyé et tente d'en apprendre plus sur ses relations, en particulier celles qu'il entretenait avec les femmes.

 

Commentaire

Le moins que l'on puisse dire, c'est que Carvalho est un enquêteur très particulier. Le trait le plus remarquable de sa personnalité réside sans doute dans le fait qu'il entretient une relation avec une prostituée, qu'il essaye d'ailleurs de mener à la baguette, comme il le fait avec toutes les femmes. Car notre ami Pepe est légèrement macho et ne semble penser qu'au sexe dès qu'il aperçoit un être humain de sexe féminin...

Une autre caractéristique du personnage, c'est la passion qu'il entretient pour la gastronomie. Carvalho est un fin gourmet et un amateur de grands crus, ce qui émaille le récit d'extraits alléchants sur le menu de ses différents repas.

Du côté des points positifs de sa personnalité, on peut aussi relever sa ténacité. Car même alors que le Señor Ramón lui demande d'oublier l'enquête qu'il lui a confiée et le remercie pour les informations qu'il a déjà collectées, Carvalho refuse de s'arrêter. Apparemment, parce que le cas en question a soulevé de nombreuses questions auxquelles il aimerait trouver une réponse. Mais j'ai également eu l'impression que, pour Pepe, c'était une question d'honneur : pas question de laisser un cas à moitié résolu.

Un gros point négatif du personnage de Carvalho, en-dehors du fait qu'il soit (comme je l'ai signalé plus haut), un macho ascendant misogyne, c'est la façon dont il alimente son feu ouvert. Carvalho aime avoir un feu qui brûle dans sa cheminée, même quand il fait 30°C dans les rues de Barcelone et il utilise, comme papier pour lancer ses jolies flambées, des livres ! Sale type !

Si j'ai pu me faire une opinion assez nette (et mitigée) sur le personnage de Carvalho, je trouve par contre très difficile de parler du polar en lui-même et de l'action qui s'y déroule. L'enquête en elle-même est certes intéressante et le suspense ne manque pas, puisque la vie du jeune homme noyé ne nous est révélée que petit à petit, au fur et à mesure des investigations de Carvalho. Mais l'ambiance générale de ce polar est très (trop ?) noire, avec une sorte de misère sous-jacente qui pourrait sans doute être mieux exploitée par l'auteur si elle occupait une place plus centrale dans le récit.

On nous parle des origines modestes de Carvalho et de son oncle, agriculteur en Galice, qui a du mal à joindre les deux bouts et sollicite régulièrement la générosité de son neveu ; celui-ci n'hésitant pas à répondre à cette demande, il faut le souligner. On nous parle des Espagnols qui ont quitté leur pays afin de partir travailler à Rotterdam, gagner quelques florins à envoyer à la famille restée au pays (nous ne sommes pas encore à l'époque de l'euro, Carvalho étant payé en pesetas par le Señor Ramón).

C'est tout un contexte socio-économique que l'auteur évoque sans l'approfondir, Carvalho ne faisant que constater que la misère frappe tous les Espagnols. Et l'on ne peut s'empêcher d'être légèrement frustré par la façon dont toute cette misère est passée sous silence : aussitôt remarquée, aussitôt oubliée. Dommage car ce polar, qui semblait bien plus que cela au début de par la personnalité atypique de son enquêteur, y aurait certainement gagné en profondeur.