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Une lettre de vous, Jessica Brockmole

Titre original : Letters from Skye

Edition : Presses de la Cité

284 pages

Masse critique Babelio

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Résumé

(Présentation de l'éditeur)

" Mars 1912. La jeune et obscure poétesse Elspeth Dunn ne connaît d'autre horizon que celui de l'île de Skye, au large de l'Ecosse. Aussi est-elle étonnée et ravie quand, pour la toute première fois, elle reçoit une lettre d'un admirateur, un étudiant américain du nom de David Graham.

Tous deux entament alors une correspondance. Très vite, cet échange épistolaire donne naissance à une amitié profonde qui a tout d'un amour inavoué. Mais lorsque la Première Guerre mondiale éclate et que David se porte volontaire comme ambulancier, Elspeth ne peut que l'attendre en espérant qu'il survivra.

Juillet 1940. A la suite d'un bombardement à Edimbourg, Margaret découvre dans la maison familiale du courrier adressé à une certaine Sue. Le lendemain, sa mère a disparu et le seul indice qui lui reste est une lettre d'amour. En partant à sa recherche, Margaret va lever le voile sur les mystères qui entourent sa famille... "

 

Commentaire

Je tiens tout d'abord à remercier Babelio et les Presses de la Cité pour ce formidable roman, reçu dans le cadre de l'opération Masse critique.

Ecrire un roman épistolaire est toujours un exercice quelque peu périlleux, surtout quand on ne s'appelle pas Choderlos de Laclos. Etant donné le peu de descriptions dans ce genre de romans, les personnages ne sont parfois pas assez tangibles pour le lecteur.

Mais Jessica Brockmole relève le défi avec beaucoup de talent. Ses personnages et les situations dans lesquelles elle les plonge sont tout à fait crédibles.

Les décors somptueux de l'Ecosse, dont l'auteur nous parle avec beaucoup de talent par le biais des lettres d'Elspeth, se dessinent peu à peu sous nos yeux, aussi "réels" que dans un roman traditionnel. Et Elspeht elle-même prend vie et s'anime de plus en plus au fur et à mesure de ses échanges de correspondance avec David Graham, un jeune américain qui admire son talent de poétesse.

Chez Jessica Brockmole, même les personnages "secondaires" de l'histoire d'Elspeth et de David deviennent attachants. Je pense ainsi à Màthair, la mère d'Elspeth. Au fil des lettres, Elspeth nous dépeint sa mère comme une femme profondément aimante et compréhensive, prête à tout pour défendre ses enfants et leur bien-être.Dévoiler le texte masqué (Attention, spoilers : sélectionnez le texte avec votre souris pour le lire) Ainsi, à une époque ou tromper son mari est un péché particulièrement honteux, elle n'hésite pas à encourager Elspeth ; à lui demander de continuer sa relation avec David malgré les commérages des voisins. Màthair voit bien à quel point sa fille est heureuse et, pour elle, c'est tout ce qui importe. Elle est devenue pour moi l'un des personnages les plus intéressant de ce roman.

Finlay, le frère d'Elspeth est également devenu, grâce aux échanges entre David et Elspeth, l'un de mes personnages préférés. Finlay écrit lui aussi dans ce roman (notamment à Margaret, sa nièce), mais ses propres lettres ne s'attardent pas sur lui-même. C'est donc la correspondance d'Elspeth qui nous en apprend plus sur Finlay. Grâce à la plume de sa soeur, on comprend que Finaly était, dans sa jeunesse, un artiste et un rêveur. Mais les difficultés de la vie, qui ne s'est pas déroulée comme il le souhaitait, l'ont transformé en un homme bourru et renfermé. Il faut dire que Finlay a participé à la Première Guerre mondiale et en est revenu mutilé physiquement et abîmé moralement.

La guerre... Un sujet récurrent dans ce roman, qui suit deux histoires parallèles. La première démarre en 1912 et se poursuit jusque 1919 et nous entraîne donc au coeur des conflits. David, qui s'est également engagé (dans l'American Field Service, un service d'ambulances) raconte, dans ses lettres à Elspeth, toute l'horreur de ce conflit au cours desquels les hommes sont devenus fous au point de s'entretuer. La seconde histoire, celle de Margaret, commence en 1940, avec la participation de la jeune fille au processus d'évacuation des enfants (qui étaient "placés" dans des familles à la campagne afin d'éviter les bombardements dont souffraient les grandes villes anglaises). Là aussi, les détails sont nombreux, dans les lettres de Margaret et dans celles de Paul (le fiancé de la jeune fille) et l'on comprend à quel point cette période a dû être traumatisante pour ceux qui l'ont vécue.

Une lettre de vous est donc loin de la simple romance épistolaire. le roman aborde des sujets sérieux. Certaines lettres sont très émouvantes, d'autres révoltantes.(Attention, spoilers : sélectionnez le texte avec votre souris pour le lire) Dévoiler le texte masqué Mais heureusement, l'histoire d'Elspeth et de David se termine bien.

Une excellente découverte !

 

Pour en apprendre plus sur les Presses de la Cité, c'est par ici. Et la page consacrée à Une lettre de vous est ici.

Le roman sortira en avril 2014.

 

Quelques extraits :

" Je me couche tôt pour cesser de ruminer et chasser la solitude, mais je n'arrive pas à fermer l'oeil. Je l'avoue, j'ai ressorti et relu toutes vos lettres, ce qui fait que je m'endors parfois enveloppée dans vos mots. "

 

" Il est bon de réfléchir. C'est ce qui sépare les êtres humains des cafards. "

 

" Les émotions sont aussi éphémères qu’une nuit tranquille. "

 

" Une lettre n'est pas toujours qu'une simple lettre. Des mots sur une page peuvent submerger ton âme. Si tu savais. "

 

" Et j'en ai plus qu'assez des tâches de la ferme. C'est déjà bien assez difficile à gérer avec une famille entière pour vous aider, mais comment y arriver seule ? Tout semble partir à vau-l'eau. Une nouvelle corde a lâché sur le toit. Je suis remontée là-haut et me suis apperçue que les autres étaient toutes en mauvais état. Je ne sais pas si elles sont rongées par le moisi, si les oiseaux les ont attaquées, ou si c'est un problème lié à la manière dont je les tresse, mais elles s'effrangent et se désagrègent. Je vous le demande, Davey, qu'est-ce qu'une poétesse ayant plusieurs recueils publiés à son actif fait sur un toit de chaume en plein coeur de l'hiver, avec une liane de bruyère entre les dents ? "

 

" Ian n'a pas donné signe de vie depuis un bon moment. Si ce n'était pas triste à en pleurer, je m'amuserais de voir un homme que je n'ai jamais rencontré m'écrire plus souvent que ne le fait mon propre mari. "

 

" Hier soir, je me suis assise dehors pour regarder la lune se lever, avec mon carnet et mon porte-plume sur les genoux. Le parfum des digitales pourprées et du chèvrefeuille flottait dans le jardin, accompagné bien sûr par l'odeur âpre de la mer. "