couv15745421Les Radley, Matt Haig

Titre original : The Radleys

Edition : Albin Michel

Traduction : Françoise Du Sorbier

Nombre de pages :410

 

 

Résumé

Le numéro 19 d'Orchard Lane à Bishopthorpe abrite la famille Radley. Au premier abord, ce sont des gens de la classe moyenne tout à fait normaux. Helen est mère au foyer et fait partie d'un club de lecture du quartier. Peter est médecin et son cabinet se trouve à quelques pas de chez lui. Leurs enfants, Clara et Rowan sont peut-être un peu pâles, mais c'est parce qu'ils ont une santé fragile. Et Rowan se fait traiter de "taré" par ses condisciples, parce qu'il lit Byron. Mais quels parents de deux jeunes ados ne connaissent pas ce genre de problème ?

Les Radley se fondent donc parfaitement dans le décor à Bishopthorpe, jusqu'au jour où Clara se fait malmener par un camarade de classe à l'occasion d'une petite fête entre amis. Harper a trop bu et a entendu dire que Clara était amoureuse de lui : il décide donc de la suivre lorsqu'elle s'éloigne du feu de camp que le petit groupe d'amis a allumé. Harper est plus grand et bien plus costaud que Clara, et pourtant, c'est la jeune fille qui aura le dessus lors de leur "bagarre". Car Clara a tout d'un coup décidé de mordre Harper, et une fois qu'elle a goûté son sang, elle ne peut plus s'arrêter. Harper finit donc à l'état de cadavre exsangue au milieu d'un champ.

Car Helen et Peter Radley ont oublié d'avouer leurs origines à leurs deux enfants : les Radley sont des vampires depuis plusieurs générations...

 

Commentaire

J’ai apprécié Les Radley, même si j’ai parfois remarqué certaines longueurs dans le récit.

L’histoire de base est parfaite (mais ça se complique par la suite...). Les Radley sont une famille anglaise « bien comme il faut » et on ne s’attend donc pas trop à voir leur fille se transformer en monstre assoiffé de sang. Etant donné le résumé, je me doutais que j’avais à faire à une histoire de vampires, mais quitte à voir l’un des quatre membres de la famille se transformer en Dracula, j’aurais plutôt parié sur Peter. Raté : c’est la douce et discrète Clara qui s’y colle !

Le moment de la révélation de leurs origines à Clara et Rowan est sans conteste mon moment préféré. J’adore la réaction de Rowan qui, malgré sa contrariété, parvient encore à faire de l’humour (peut-être inconsciemment, je vous l’accorde) lorsqu’il discute avec son père de son état de vampire :

" Quelque chose le [Rowan] frappe soudain. « C’est pour ça qu’à l’école, on me prend pour un martien. Ils ont senti quelque chose, non ? Ils sentent qu’à un niveau inconscient, je veux leur sucer le sang. » "

N’empêche que la vie déjà extrêmement compliquée de Rowan ne va pas se simplifier. Et il le sait, comme le prouve cet extrait de sa conversation avec son père (Rowan vient d'apprendre sa véritable nature) :

"« Toutes ces histoires sur les crucifix, les chapelets et l’eau bénite, ce ne sont que balivernes et superstitions. Des légendes inventées par les catholiques. Pour l’ail, en revanche, c’est vrai, à l’évidence. »

Rowan pense à la nausée qu’il éprouve chaque fois qu’il passe devant un restaurant italien, ou se trouve devant quelqu’un qui a mangé de l’ail, ou encore à la fois où il a failli vomir en mangeant un morceau de baguette à l’houmous achetée au Glouton Affamé.

C’est vrai qu’il est taré.

« Je veux mourir », dit-il. "

Rowan est donc devenu mon personnage préféré : avec son oncle Will (le frère de Peter) il anime le récit et lui confère cette touche d’humour noir qui, sans eux, manquerait cruellement au roman.

Car les autres membres de la famille Radley m’ont semblé ennuyeux. Helen ne sait décidemment pas ce qu’elle veut. (Attention, spoilers : sélectionnez le texte avec votre souris pour pouvoir le lire) On apprend, au cours du récit, Dévoiler le texte masqué qu’elle a choisi de devenir vampire en se faisant « convertir » par Will. Mais malgré cela, elle refuse de se comporter en vampire digne de ce nom et même le fait de boire du sang de vampire lui semble répugnant et, surtout immoral. Pourquoi, dans ce cas, s’être « convertie » ?

Peter, s’il est moins hésitant que sa femme, n’est pas beaucoup plus intéressant. Il m’a donné l’impression d’un père quelque peu absent, plus concerné par ses besoins (et surtout par sa séduisante voisine) que par les problèmes que traversent sa famille et, en particulier, ses enfants.

Quant à Clara, le sang de Harper va modifier complètement sa personnalité. Au début du roman, je la trouvais sympathique et attachante, mais certains passages se concentrant sur elle m’ont donné l’impression que le fait de se savoir un vampire la rend très suffisante. Elle ment (consciemment) à ses amies et se rend compte que l’amie en question n’est pas dupe de son mensonge mais s’en fiche éperdument ; elle ne prend pas très au sérieux les policiers qui viennent l’interroger sur la disparition de Harper, etc.

Au niveau purement formel, j’ai parfois trouvé le récit très inégal. A de nombreux passages plein d’action succèdent des pages et des pages de réflexions sur le(s) même(s) thème(s). J’ai eu l’impression de lire une dizaine de fois les scrupules de Peter concernant son attirance pour sa voisine, un bon millier de fois les problèmes d’Helen (attention, spoilers)Dévoiler le texte masqué (attirée par Will bien malgré elle, puisqu’il est le vampire qui l’a convertie, mais ne cédant pas à la tentation, d’où ses hésitations et son questionnement sans fin), une centaine de fois la description des sentiments de Rowan pour Eve (une fille de son école),… Si l’on retirait toutes les répétitions inutiles du roman, on se retrouverait probablement avec un ouvrage trois fois moins épais, c’est dire !

Mais malgré ces quelques soucis au niveau du récit, la famille Radley et leurs déboires m’ont quand même fait passer un bon moment de détente. J’ai ri, je me suis énervée sur certains d’entre eux, j’ai soupçonné certains habitants de Bishopthorpe de connaître la vraie nature des Radley,… Et les nombreuses références littéraires et musicales (puisque, dans Les Radley de nombreux auteurs et musiciens célèbre étaient/sont des vampires) m’ont vite permis d’oublier les défauts de l’histoire.

 

2014_p11

Des pavés sur la plage : 5/17