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Hunger, Knut Hamsun

PEB2269

Titre original : Sult

Titre français : La Faim

Edition : Penguin Books

Traduction : Sverre Lyngstad

Nombre de pages : 240

 

 

Résumé

La Faim nous raconte l'histoire d'un écrivain qui ne parvient pas à vivre de sa plume et qui, petit à petit, s'enfonce dans la pauvreté. Luttant jour après jour contre la déchéance qui le menace, ce héros (dont le nom ne nous est jamais clairement révélé) a de moins en moins de temps pour écrire les articles et histoires qui pourraient le sauver de la misère.

 

Commentaire

Il fallait que je vous parle de cette lecture, terminée ce matin (alors que je l'ai commencée hier soir à peine), avant d'évoquer des romans refermés depuis plus longtemps, car ce récit est réellement étonnant. C'est probablement la première fois que je lis un roman où le thème de la psychologie du personnage s'insère aussi bien dans la prose de l'auteur. En général, quand on rencontre un récit "psychologique", celui-ci a tendance à être ennuyant. Avec La Faim, Knut Hamsun parvient à nous décrire les obsessions de son personnage sans jamais nous ennuyer. Il est d'ailleurs impossible de lâcher le roman avant de savoir ce qu'il advient de cet homme qui, pour son art, est prêt à souffrir les pires humiliations et difficultés. Et son destin ne nous est révélé qu'à la toute dernière page du récit...

J'ai retrouvé, dans La Faim, un véritable flux de conscience digne de Virginia Woolf. Les pensées du héros nous sont exposées de manière brute, sans fioritures inutiles et elles finissent par devenir tout à fait fascinantes malgré le délire qui s'en dégage. Cet homme semble devenir fou sous nos yeux et une série de questions commence alors à s'imposer à notre esprit : devient-il fou à cause de la faim qui le torture (car il n'a plus d'argent pour se loger ou se nourrir) ? Ou était-il déjà fou avant et cette folie l'empêche-t-elle de finir les récits qu'il commence (en entraînant sa déchéance et sa malnutrition) ? Va-t-il mourir là, sous nos yeux ; ou une bonne âme va-t-elle le sauver in extremis ?

Une preuve supplémentaire du talent de Knut Hamsun est le fait que le personnage principal se retrouve toujours dans les mêmes situations sans jamais ennuyer ou lasser son lecteur. Dans chaque partie du récit, on retrouve la même structure : le héros tente d'écrire un article qui le rendra célèbre et lui permettra de vivre de sa plume. Il n'y parvient pas et se retrouve à la limite de l'indigence. Quand sa situation semble totalement désespérée et que l'on s'attend à le voir mort dans les pages qui suivent, il parvient à terminer son article et à le faire publier.

Cette situation se répète encore et encore ; le héros semble accomplir tous les jours le même parcours dans la ville de Kristiana, et pourtant, on a chaque fois l'impression de lire un pan inédit de l'histoire de cet homme. Rien n'est lassant dans la plume de Knut Hamsun qui parvient toujours à insérer une sorte de suspense dans ce drame dont on connaît pourtant le dénouement...

 

Extraits

" I suffered no pain, my hunger had taken the edge off; instead I felt pleasantly empty, untouched by everything around me and happy to be unseen by all. I put my legs up on the bench and leaned back, the best way to feel the true well-being of seclusion. There wasn't a cloud in my mind, nor did I feel any discomfort, and I hadn't a single unfulfilled desire or craving as far as my thought could reach. I lay with open eyes in a state of utter absence from myself and felt deliciously out of it. "

 

" The intelligent poor individual was a much finer observer than the intelligent rich one. The poor individual looks around him at every step, listens suspiciously to every word he hears from the people he meets; thus, every step he takes presents a problem, a task, for his thoughts and feelings. He is alert and sensitive, he is experienced, his soul has been burned... "

 

" It was not my intention to collapse; no, I would die standing. "

 

" I was conscious all the time that I was following mad whims without being able to do anything about it … . Despite my alienation from myself at that moment, and even though I was nothing but a battleground for invisible forces, I was aware of every detail of what was going on around me. "

 

" I was fading helplessly away with open eyes, staring straight at the ceiling. Finally I stuck my forefinger in my mouth and took to sucking on it. Something began stirring in my brain, some thought in there scrabbling to get out, a stark-staring mad idea: What if I get a bite? And without a moment’s hesitation I squeezed my eyes shut and clenched my teeth together.
I jumped up. I was finally awake. A little blood trickled from my finger, and I licked it off as it came. It didn’t hurt, the wound was nothing really, but I was at once brought back to my sense. I shook my head, went over to the window and found a rag for the wound. While I was fiddling with this, my eyes filled with water --- I wept softly to myself. The skinny lacerated finger looked so sad. God in heaven, to what extremity I had come! "

 

" There was a merciless gnawing in my chest, a queer silent labor was going on in there. I pictured a score of nice teeny-weeny animals that cocked their heads to one side and gnawed a bit, then cocked their heads to the other side and gnawed a bit, lay perfectly still for a moment, then began anew and bored their way in without a sound and without haste, leaving empty stretches behind them wherever they went. "

 

 

Lagaffe (2)

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