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Madame Bovary, Gustave Flaubert

Edition : Gallimard

Nombre de pages : 513

Lecture en duo avec Kidae. Son billet est ici.

 

 

 

Résumé

(Présentation de l'éditeur)

" C'est l'histoire d'une femme mal mariée, de son médiocre époux, de ses amants égoïstes et vains, de ses rêves, de ses chimères, de sa mort. C'est l'histoire d'une province étroite, dévote et bourgeoise. C'est, aussi, l'histoire du roman français. Rien, dans ce tableau, n'avait de quoi choquer la société du Second Empire. Mais, inexorable comme une tragédie, flamboyant comme un drame, mordant comme une comédie, le livre s'était donné une arme redoutable : le style. Pour ce vrai crime, Flaubert se retrouva en correctionnelle. "

 

Commentaire

Autant l'avouer tout de suite : Emma Bovary fait partie de ces personnages qu'on adore haïr. Elle donne l'impression de passer son temps à se plaindre, souhaite un plus beau service de table, de plus belles robes,… C'est une femme qui n'est jamais satisfaite de ce qu'elle a et, même lorsque ses possessions paraissent plus que suffisantes aux yeux des humbles mortels qui lisent ce roman, elle parvient encore à se trouver malheureuse et à s'apitoyer sur elle-même. Au début, je l'ai trouvée pathétique ; au fil des pages, elle m'est devenue presque insupportable. Heureusement, Flaubert sauve le tout grâce à ses talents de conteur.

Car, une fois que l'on est rentré dans le roman, même les défauts du personnage principal semblent fascinants. Et ces défauts donnent en fait l'impression d'être le reflet de quelque chose de plus profond que Flaubert aurait souhaité illustrer (autant tenter de trouver un bon côté au caractère épouvantable d'Emma...).

J'ai eu l'impression, en lisant le contraste entre les personnalités de Charles et Emma Bovary, que l'auteur tentait de nous faire comprendre à quel point la réalité diffère pour chacun d'entre nous. Charles semble heureux de sa vie et de sa situation ; il m'a paru plutôt optimiste. Emma, par contre, semble vivre son mariage et la vie quotidienne qui en découle comme un enfer : rien ne se déroule comme elle le souhaite et cela la rend profondément malheureuse. Pour Charles, la vie est belle, ou du moins sans surprise et donc, sans déception ; pour Emma, vivre est un enfer. Comment expliquer cette vision contrastée d'une même vie commune ? C'est un peu ce que fait Flaubert.

Emma Bovary a l'esprit obnubilé par les personnages et les histoires qu'elle découvre dans les romans qu'elle lit. Elle semble avoir beaucoup de mal à faire la part des choses entre la réalité de sa propre existence et la vie idéalisée des héroïnes des fictions qu'elle dévore. Et c'est cela qui la rend malheureuse, c'est ce manque de réalisme qui l'empêche de profiter de son existence. Emma a passé sa vie à imaginer son existence au lieu de la vivre : elle s'est vue dans des situations idéales et ne s'est pas rendue compte un seul instant que sa vie pourrait différer du scénario qu'elle a élaboré dans son esprit.

Pour faire un peu d'humour, Emma devrait appliquer le conseil que le professeur Dumbledore donne à Harry dans Harry Potter à l'école des sorciers« Ca ne fait pas grand bien de s'installer dans les rêves en oubliant de vivre, souviens-toi de ça. »

L'héroïne de Flaubert m'a également parue profondément désoeuvrée. A un moment de l'histoire, Madame Bovary mère (la mère de Charles, donc) explique à son fils que les problèmes d'Emma découlent en partie du fait qu'elle n'a rien à faire de toute la journée. D'après elle, si Emma devait tenir sa maison et faire son ménage, comme la plupart des femmes, elle aurait moins de temps pour se complaire dans le désespoir qui l'assaille régulièrement.

Si je ne devais retenir qu'une chose de ce classique, ce serait celle-ci : il faut apprendre à se contenter de ce que l'on a et de ce que l'on est. Emma pourrait être heureuse ou, du moins, ne pas être aussi malheureuse. Mais elle décide, en quelque sorte, d'aller jusqu'au bout de son malheur, de ne pas accepter les bons côtés de l'existence car ils ne correspondent pas à ce qu'elle s'était imaginé après avoir lus ses romans et après avoir été éduquée au couvent. 

C'est peut-être stupide comme comparaison, mais elle me rappelle un peu l'Antigone de Jean Anouilh Antigone a le choix entre se sauver ou aller jusqu'au bout de ses idées et mourir pour celles-ci. Emma Bovary se retrouve confrontée au même choix : elle peut accepter de se contenter de son existence (« s'en faire une raison » comme l'on dit) ou continuer à désespérer et essayer par tous les moyens d'atteindre l'idéal inaccessible qu'elle s'est fixé.

Ce roman n'est pas un véritable coup de coeur, car l'héroïne est franchement agaçante ! Mais j'ai apprécié la qualité de la plume de Flaubert et ses descriptions longues et détaillées mais jamais ennuyeuses. Le récit a un ton « très XIXe siècle » et est très agréable à lire.