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Premier amour, Joyce Carol Oates

Titre original : First Love - A Gothic Tale

Edition : Babel

Nombre de pages : 90

 

  

 

Résumé

(Présentation de l'éditeur)

" Pour une raison qui demeure obscure à Josie, sa mère a précipitamment abandonné le domicile conjugal et l'a emmené vivre dans la maison de sa grand tante. C'est là qu'elle fait la connaissance de Jared, un cousin nettement plus âgé qu'elle. Tout auréolé du prestige de ses études théologiques, sanglé dans d'impeccables chemises blanches amidonnées, distant et mystérieux, Jared exerce sur Josie la plus grande fascination. Par un capiteux après-midi d'été, elle le rencnontre sur le bord de la rivière... "

 

Commentaire

Etrange histoire que ce Premier amour qui porte mal son nom. (attention, spoilers : sélectionnez le texte avec votre souris pour pouvoir le lire) Car en fait d'amour, il est plutôt question d'abus et d'emprise psychologique.

Jared Jr se révèle être un véritable bourreau et Josie, sa victime, éprouve pour lui une fascination peu compréhensible.

Ce récit est qualifié de "conte gothique". Il est vrai que l'ambiance générale de ce court roman est oppressante et inquiétante non seulement à cause du décor dans lequel se déroule le récit, mais aussi à cause des personnages, très spéciaux. On plaint Josie et, en même temps, son comportement et celui de sa mère nous répugne.

Etrange relation mère-fille que celle qui unit Josie et sa génitrice. Cette dernière ne semble se soucier de sa fille que pour lui asséner des vérités qui effrayent ou déstabilisent cet esprit jeune et impressionnable. (attention, spoilers : sélectionnez le texte avec votre souris pour pouvoir le lire) On ne peut s'empêcher de penser que la mère a préparé le terrain pour Jared, a planté, dans l'esprit de sa fille, la graine qui allait, en germant, la transformer en victime consentante et en complice silencieuse et cruelle de son affreux cousin.

Du pur Joyce Carol Oates, magnifique et sombre à la fois.

 

Extraits

" Il est bon d’avoir peur, il est normal d’avoir peur. La peur te sauvera la vie. "

 

" Si tu pénétrais dans le marais, tu livrais ton corps. Tu n’étais plus toi-même, tu avais pour nom, toi, elle petite. Tu étais entourée d’imperceptibles bruits de succion. De grognements de crapauds. Pareils à des grognements d’homme – tu avais entendu des hommes grogner et ahaner, ahaner et grogner, il y avait longtemps de cela alors que tu n’étais pas censée écouter. Tu savais ce que c’était, déjà en ce temps-là : la pulpe animale cherchant à s’extraire de force de son carcan. Suintant, bouillonnant, jaillissant enfin.
C’est bien. Mais maintenant il faut te laver. Jared rinçait rapidement tes doigts poisseux dans la rivière, Jared aspergeait d’eau ton visage moite de sueur. Tu avais envie de dire Je t’aime, Jared, mais il t’attrapait par la nuque et te plongeait le visage dans l’eau qui te laissait dans la bouche un goût de métal amer. Jusqu’à ce que tu suffoques en battant l’air de tes bras pitoyables, comme une oie en pleine noyade… "

 

" Lorsque Mère me parlait ainsi, autrement dit souvent, mon angoisse devenait plus aiguë, plus palpable. Je la sentais qui m'envahissait comme un courant électrique à basse tension. Car il y avait toujours cette peur, brandie par Mère telle une menace voilée, que soudain, irrémédiablement, elle n'en dévoile trop. Elle cesserait alors d'être Mère et m'échapperait, me laissant livrée à moi-même, privée d'enfance. Et comment rester enfant sans la présence d'un adulte qui vous définisse ? "

 

" Tu ne voulais pas appeler cela de l'amour, tu l'appellerais autrement, d'un autre mot, d'un autre nom.
Fermant les yeux au point d'en être parfois étourdie, d'en avoir le vertige. Au point d'en éprouver une excitation, un effroi aux limites du supportable. Et je le revois, mon cousin Jared Jr. tant d'années plus tard. Je vois une flamme verticale, une silhouette, pas une personne. Si je m'efforce de me remémorer son visage, le son de sa voix et, au creux de mon ventre, cette sensation d'une clé tournant dans une serrure sitôt qu'il me touchait, je perds tout. "