couv49722574

Les Oiseaux et autres nouvelles, Daphné du Maurier

102296414_o

Titre original : The Birds and other Stories

Edition : Livre de Poche

Nombre de pages : 446

 

 

 

Résumé

(Présentation de l'éditeur)

" Au coeur de la nuit, le vent d'est cingle la falaise. Entre deux rafales, des nuées d'oiseaux cognent aux vitres. Mais ce n'est pas la peur qui les précipite avec une telle force vers le monde des hommes... On retrouvera ici - et pas moins terrifiant - le récit qui inspira son chef-d'oeuvre au maître de l'angoisse, Alfred Hitchcock. Dans les autres nouvelles de ce recueil, l'horreur se fait plus insidieuse, le fantastique à peine étranger au réel. Il suffit d'un pommier à forme étrangement humaine, ou d'une ouvreuse de cinéma qu'un jeune mécanicien a envie de suivre après la séance..."

 

Commentaire

Après quelques déceptions au niveau lectures, j'enchaîne les bonnes découvertes (ouf).

Les Oiseaux et autres nouvelles est ma première incursion, très réussie donc, dans l'oeuvre de Daphné du Maurier.

La nouvelle titre a inspiré Alfred Hitchcock, et pourtant le film et le récit ne pourraient être plus différents l'un de l'autre. Le suspense est tout aussi présent dans le texte de Daphné du Maurier : on sent la tension des personnages monter avec la marée qui ramène les oiseaux vers les terres. Mais les personnages semblent plus réalistes ce qui rend les attaques d'oiseaux encore plus inquiétantes.

Le pommier, la seconde nouvelle, est un vrai coup de coeur. Il y est question d'un homme, devenu récemment veuf et qui, mentalement, associe la forme d'un vieux pommier de son jardin à celle de sa défunte épouse. Le jeune pommier qui se trouve juste à côté du vieil arbre lui rappelle quant à lui une jeune fille qu'il a aimée. Au fil du temps, la paranoïa semble s'installer dans la vie de cet homme : il a l'impression que le vieux pommier lui en veut et fait tout pour l'accuser de quelque chose.

Là aussi, le suspense est bien présent et les ''liens'' développés par du Maurier entre l'épouse morte et le pommier sont très ingénieux.

Encore un baiser nous plonge, une fois de plus, dans un certain suspense, mais aussi dans le traumatisme de la guerre. Des aviateurs sont tués, probablement par une femme, et la police recherche activement la coupable. Malheureusement pour lui, le héros de cette nouvelle a peut-être croisé son chemin...

Le vieux est une nouvelle étonnante. Je ne vais pas vous la résumer, afin de ne pas gâcher le plaisir des lecteurs potentiels, mais je peux vous assurer que la fin de ce court récit prend vraiment par surprise ! Je ne m'attendais certainement pas à un tel dénouement, surtout après les deux premières nouvelles.

Mobile inconnu est probablement ma nouvelle préférée. Construite comme un petit roman policier (ce qui explique pourquoi j'ai autant apprécié...), elle nous fait suivre les pas d'un détective privé chargé d'enquêter sur le suicide de Mary Farren. Bien sûr, si vous êtes habitués aux romans policiers, le dénouement de cette nouvelle ne sera pas un mystère pour vous, puisque les démarches du détective permettent de comprendre, presque avant lui, ce qui s'est passé. Mais la nouvelle est bien écrite et fait honneur à l'imagination de l'auteur.

Le petit photographe est une nouvelle assez cruelle. La marquise dont il est question est une femme superficielle qui s'ennuie dans son couple et qui souhaiterait mettre un peu de piment dans sa vie en vivant une aventure amoureuse comme celle de ses amies. Elle va donc prendre un amant comme un enfant prend un jouet, pour s'amuser, mais les choses ne vont pas se passer comme elle l'espérait. 

Sans être une déception (loin de là), c'est cette nouvelle que j'ai le moins apprécié. La marquise est bien trop insupportable à mon goût mais, heureusement, la ''punition'' la guette au tournant...

Enfin, Une seconde d'éternité est un bon suspense psychologique. Le personnage principal, Mme Ellis, vit une existence réglée comme une pendule. Après le déjeuner, elle part se promener (comme tous les jours). Mais quand elle revient, elle ne reconnaît plus sa maison et remarque que des inconnus s'y sont installés pendant sa brève absence. Mme Ellis finit au poste de police et là, personne ne semble la reconnaître...

Cette ultime nouvelle est très bien écrite, et on se demande vraiment ce qu'il a bien pu arriver au personnage principal. Le dénouement est une fois de plus très inattendu.

Je suis définitivement conquise par la plume de Daphné du Maurier, qui rejoint en un roman à peine, le groupe de mes auteurs préférés. Il ne me reste donc plus qu'à fouiller dans ma PAL afin d'y trouver ses autres romans, que j'ai hâte de lire.

 

Extraits

" Le frémissement, la vibration des ailes avait cessé. Il dégagea sa tête de la couverture et regarda autour de lui. La lumière froide et grise du matin éclairait la chambre. L'aube et la fenêtre ouverte avaient rappelé au-dehors les oiseaux vivants ; les morts gisaient sur le plancher. Nat, horrifié, regarda les menus cadavres. Il n'y avait là que de tout petits oiseaux, une cinquantaine, peut-être, jonchant le sol. Il y avait des rouge-gorges, des pinsons, des passereaux, des mésanges, des alouettes, oiseaux qui généralement restent entre eux, dans leurs domaines, et voici qu'ils s'étaient rassemblés pour le combat et s'étaient brisés contre les murs de la chambre ou bien avaient été détruits par Nat. Certains avaient perdu des plumes dans la bataille, d'autres avaient du sang — le sang de Nat — sur le bec. " (Les Oiseaux)

 

" L’Ecossais avait une théorie favorite, qu’il se plaisait à exposer souvent devant le directeur de son agence, selon laquelle il n’existait que très peu de gens sur terre n’ayant rien à cacher. " (Mobile inconnu)

 

" Il n'y avait point de vent, et les autres arbres ne bougeaient pas; mais là, quelque chose frémissait, frissonnait dans les plus hautes branches, une brise venue de nulle part et qui mourait aussitôt. Tout à coup, une branche tomba du pommier sur le sol. c'était la branche basse aux petits boutons bruns qu'il n'avait point voulu toucher. Aucun bruissement, aucun signe d'agitation ne venait des autres arbres. Il continua à regarder la branche gisant dans l'herbe sous la lune. Elle était étendue en travers de l'ombre du jeune arbre, tout près de celui-ci et semblait le désigner d'un doigt accusateur.

Pour la première fois de sa vie, aussi loin qu'il lui en souvenait, il tira les rideaux devant la fenêtre pour ne pas laisser entrer la lumière de la lune. " (Le pommier)

 

" Personne ne la regardait, personne ne prêtait attention à elle. Chacun était plongé dans ses propres affaires, ses propres soucis. les gens allaient à leur travail ou rentraient chez eux, et tandis qu'elle montait péniblement la côte qui menait à Hampstead, il parut à Mme Ellis que, pour la première fois de sa vie, elle était entièrement seule, sans amis. Elle désirait sa maison, son foyer, la consolation que lui apporterait la vue de ses objets familiers; elle voulait retrouver sa vie normale, sa vie de tous les jours qui avait été si brutalement interrompue.

Elle avait tant à faire, tant de choses à ranger, à arranger aussi. mais elle ne savait pas par où commencer, à qui s'adresser pour obtenir de l'aide.

"Je voudrais tant que tout soit comme avant ma promenade , hier, pensa Mme Ellis, le dos douloureux. Je veux ma maison, je veux ma petite fille. " (Une seconde d'éternité)

 

" En plus, il commençait à pleuvoir, pas fort, juste assez pour qu'on s'en aperçoive et qu'on ait envie de remonter son col, et on était tout au bout d'une grande rue large avec, de chaque côté, des boutiques fermées et pas éclairées, le bout du monde, quoi, et c'est vrai qu'il ya avit une côte qui montait sur la gauche et, au pied de la côte, un cimetière. J'apercevais les grilles et les tombes blanches derrière, et ça s'étendait loin, presque jusqu'à mi-chemin de la côte.

"Eh bien...que je dis, c'est cet endroit-là que vous pensiez?

-Peut-être bien" , qu'elle fait en regardant d'un air distrait par-dessus son épaule, puis la voilà qui passe son bras sous le mien. " (Encore un baiser)

 

" Le vent n'est pas tombé avant le mardi; ce jour-là, je suis retourné à la plage. Y avait plein partout de varech, de bois d'épave, d'huile et de goudron. c'est toujours comme ça après l'ouragan d'est. Je regardai le lac, vers la baraque du Vieux, et je l'ai vu là, avec sa dame, juste au bord. Mais pas trace des enfants.

J'ai trouvé ça un peu drôle et j'ai attendu en pensant qu'ils allaient peut-être venir. Ils ne sont pas venus. " (Le vieux)

 

" Les verres foncés de ses lunettes assombrissaient le paysage. La mer, naturellement d’un bleu de pervenche, lui paraissait presque pourpre, et le sable pâle s’était transformé en un brun verdâtre. Les fleurs luxuriantes, dans leurs pots, avaient quelque chose d’exotique. Tandis qu’elle se penchait au-dessus du balcon, la chaleur du bois brûla ses mains. A nouveau, la fumée d’un cigare flotta jusqu’à elle, de quelque provenance inconnue. Un garçon apporta des verres d’apéritif à une table, sur la terrasse, et elle entendit un tintement de bouteilles. Quelque part, une voix de femme s’éleva et un rire d’homme se joignit au sien. " (Le petit photographe)