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The Home and the World, Rabindranath Tagore

Titre original : Ghare Baire

Titre en français : La maison et le monde

Edition : Penguin Books

Nombre de pages : 213

 

 

 

Résumé

Bimala et Nikhil sont mari et femme depuis neuf ans déjà. Leur union est le fruit d'un arrangement entre leurs deux familles, mais les époux s'entendent bien.

Nikhil participe au mouvement « Swadeshi » et reçoit, chez lui, l'un de ses amis, qui est aussi l'un des leaders du mouvement nationaliste en question, Sandip Babu. Cet homme aux idées bien arrêtées se sent attiré par Bimala. Et l'attirance est réciproque… Nikhil remarque bien vite ce qu'il se passe entre sa femme et son ami mais ne dit rien.

 

Commentaire

The Home and the World (ou La Maison et le Monde) a été publié pour la première fois en 1916. Etonnant d'apprendre cela lorsqu'on découvre ce récit plein de modernité.

Avant de commencer ma chronique sur ce beau roman, j'aimerais vous parler du mouvement « Swadeshi », dont il est beaucoup question dans le récit de Tagore.

Le Swadeshi est l'un des nombreux mouvements non-violents par lesquels la population indienne a réagi à l'occupation anglaise. Le Bengale, où est situé l'action de La Maison et le Monde, était devenu, dès 1900, l'un des centres névralgiques du nationalisme indien. Afin de lutter contre cette tendance, le vice-roi d'Inde, Lord Curzon, a proposé la division de cette région en deux parties. La raison officielle invoqué par Curzon, était purement administrative, mais les nationalistes indiens ont rapidement compris que l'objectif réel était d'affaiblir leur mouvement.

Pamphlets, réunions publiques et boycott des produits britanniques furent alors organisés par les leaders du mouvement nationaliste.

Voilà pour le contexte politique.

La Maison et le Monde se compose de sept chapitres, chacun d'eux étant raconté par l'un des trois personnages principaux. Cela nous permet de constater l'évolution de chacun, notamment de la jeune Bimala.

Bimala commence son récit en femme soumise à l'autorité de son mari, ce dernier se montrant pourtant particulièrement doux et respectueux. Mais pour la jeune femme, l'important est de prouver son respect à son époux par des actes tels que le lavage de pieds (nous sommes au début du XXe siècle, ne l'oublions pas). Grâce au récit de Bimala, nous découvrons aussi la vie que mènent les jeunes épouses indiennes dans la demeure familiale de leur époux. Confrontée à sa belle-sœur, une femme aigrie qui passe son temps à la critique, Bimala doit subir ces brimades en silence.

Les chapitres « racontés » par Nikhil (le mari de Bimala) sont également très intéressants. Cet homme qui parle peu et qui n'agit qu'après avoir bien réfléchi aux conséquences possibles de ses actes, possède pourtant une vie intérieure très riche et un sens de l'observation très aiguisé. Ainsi, le jeune homme ne se laisse-t-il pas abuser par les excuses que Sandip invente pour justifier ses tête-à-tête avec Bimala ; très vite, Nikhil comprend que ces deux-là sont attirés l'un par l'autre. Pourtant, il se tait et observe. Il décide d'attendre et de voir venir.

Sandip, s'il est particulièrement intelligent, m'a pourtant déplu. Je ne sais pas trop pourquoi. J'ai préféré les personnages de Nikhil et de Bimala et j'ai eu du mal à comprendre ce que cette dernière pouvait bien trouver à Sandip… J'ai trouvé ce brillant orateur hypocrite et même parfois cruel. Ses discours, bien que soignés et percutants, m'ont souvent semblé creux… Passons, ce n'est pas, selon moi, le plus important.

Loin d'être uniquement la chronique d'un amour triangulaire abrité par la demeure familiale de l'un des personnages (« La Maison » dont il est question dans le titre du roman), le récit traite aussi – et même surtout – des événements agitant l'Inde. Les trois narrateurs du roman nous parlent, chacun à leur tour, de leur vision des choses et de ce qu'il se passe, non seulement dans leur communauté, mais aussi dans l'ensemble de la nation indienne (« le Monde » du titre).

C'est d'ailleurs aussi cette participation à une action nationale qui transforme Bimala. Ses discussions avec Nikhil d'abord, et avec Sandip ensuite, font d'elle une citoyenne indienne à part entière et non plus une épouse soumise.

Cette transformation de Bimala et sa volonté de participer à un mouvement nationaliste ne sont pas les seuls éléments de modernité du roman de Tagore. L'un des points essentiels se situe au niveau de la relation entre Sandip et Bimala et, plus particulièrement, au niveau de la réaction de Nikhil. Le jeune homme se demandera s'il doit plutôt laisser partir Bimala, ou demander à Sandip de quitter leur maison. Sa conscience le torture : que faire ?

A vous de découvrir la réaction de Nikhil en même temps que le reste du roman ! C'est une lecture qui se laisse savourer et qui vaut vraiment le temps qu'on lui consacre.