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Oedipe sur la route, Henry Bauchau

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Edition : J'ai lu

Nombre de pages : 283

 

 

 

 

Résumé

(Présentation de l'éditeur)

"  La vague, c'est la folie d'Oedipe, c'est la mienne. J'ai pu la faire monter, il faut qu'elle retombe dans la mer. Je n'y arriverai pas, je ne pourrai pas la retenir, tu comprends ? Elle va déferler sur le cap et nous submergera tous. - Mais la vague est en pierre, Clios. - Ne crois pas cela, Antigone, la vague est en délire. Rien qu'en délire. » Oedipe, le roi maudit chassé de Thèbes, s'avance aveugle et trébuchant sur la route qui le conduira, avec le soutien de la courageuse Antigone et du farouche Clios, vers la clairvoyance. Une errance où les obstacles créent les métamorphoses. Une épreuve initiatique où le chant, la danse et la musique permettent le dépassement. Dans cette éblouissante relecture d'un mythe fondateur, Henry Bauchau trouve une nouvelle façon de parler du destin et de la force des passions. "

 

Commentaire

Je viens de terminer ce magnifique roman. Et je ne sais absolument pas ce que je vais en dire, tant je crains de ne pas rendre justice à un récit aussi beau.

Henry Bauchau nous raconte le périple d'Oedipe, qui quitte Thèbes et part, comme le titre du roman l'indique, sur les routes de GrèceAntigone, qui ne veut pas le voir partir et craint qu'il ne puisse se débrouiller seul (Oedipe s'est déjà crevé les yeux) le suit, malgré la réticence d'Oedipe.

Père et fille vont rencontrer de nombreuses embûches en chemin. Ils mendient pour manger et boire. Ils dorment parfois à la belle étoile. Au début, ils sont confrontés à l'hostilité de certaines personnes, qui reconnaissent Oedipe et ne veulent rien avoir à faire avec lui... Le courage d'Antigone fait alors des merveilles : cette toute jeune fille de 14 ans n'hésite pas à mendier elle-même pour pourvoir aux besoins de ce père qu'elle admire tant.

Oedipe et Antigone rencontrent ensuite Clios. Ce dernier est qualifié de "bandit" mais, après une bagarre dont Oedipe sort victorieux, Clios décide d'accompagner les deux marcheurs. A partir de ce moment, le récit se transforme sensiblement. La route d'Oedipe est moins rude, car Clios veille à le guider et le soigne lorsqu'il se blesse. Antigone, qui admire Clios, est également encouragée par sa présence. Les relations entre Oedipe et sa fille semblent également facilitées par la présence du jeune homme. Peu à peu, les habitants des campagnes semblent tolérer ces étranges voyageurs, qui ne doivent plus mendier et s'humilier afin de recevoir un peu de pain. 

Petit à petit, on en apprend plus sur chacun des personnages. Oedipe et Antigone se révèlent. Clios et Constance racontent l'histoire de leurs vies à Oedipe. Des souvenirs et des rêves reviennent à Oedipe, qui les partage avec certaines personnes. Et les personnages, sans devenir totalement attachants (Oedipe et Antigone étant bien trop impressionnants pour devenir familiers), semblent toutefois devenir plus humains et plus accessibles. Clios, en particulier, m'a donné l'impression, après son récit, de ne pas mériter sa réputation. Loin d'être un bandit il est, comme Oedipe et tant d'autres, un homme blessé par la vie, qui tente tant bien que mal de se reconstruire.

Oedipe sur la route est un véritable récit initiatique. On y retrouve des personnages en errance, en quête d'un sens à leur vie. Mais c'est aussi un roman qui m'a donné l'impression de célébrer de nombreuses formes d'art : sculpture, peinture, musique, chant, danse... Chaque personnage a un talent particulier que Bauchau nous révèle. Et ce talent devient, pour certains, la voie du salut : c'est par le chant et la sculpture qu'Oedipe retrouve un peu de sens à son existence.

Henry Bauchau a également beaucoup de talent pour "faire parler" ses personnages. A plusieurs reprises, la voix des personnages eux-mêmes est presque perceptible, tant le récit est bien écrit et permet d'oublier l'auteur qui sert d'intermédiaire entre le lecteur et les personnages. Le récit de Clios (encore lui) est ainsi totalement dépaysant : on a presque l'impression de le rejoindre dans ses montagnes lorsqu'il parle de son passé de berger.

Si je devais désigner un personnage que j'ai particulièrement apprécié, ce serait Antigone. Malgré son jeune âge, elle fait preuve d'un grand courage et d'une grande résistance face aux épreuves rencontrées sur le route. Je ne connaissais cette héroïne que par la pièce de théâtre de Jean Anouilh et, déjà là, je la trouvais formidable. Henry Bauchau m'a permis de l'apprécier encore plus. Oedipe est intéressant lui aussi : alors qu'on en a souvent instinctivement une image négative vu son histoire (et vu la façon dont les professeurs nous racontent son mythe), Bauchau parvient à le rendre admirable. Malgré son infirmité, il reste un grand roi, un homme puissant, qui a l'habitude de commander des troupes et de contrôler tout ce qui l'entoure. Son errance sur la route n'en est que plus douloureuse, mais on comprend petit à petit que ce voyage est nécessaire : afin de se (re)trouver, Oedipe doit d'abord se perdre...

Ce roman est vraiment superbe et la plume de l'auteur n'y est pas pour rien. Je vous le conseille vivement !

 

Le très beau billet de Niki, qui m'a donné envie de découvrir ce magnifique roman, est ici. Un tout grand merci, Niki ! <3