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Oliver Twist

Charles Dickens

Titre français : Oliver Twist

Editions Penguin Books, 608 pages

 

petit-coeur

 

Un extrait

" Some people are nobody's enemies but their own. "

 

Résumé

Le jeune Oliver Twist est orphelin. Il est pris en charge, depuis sa naissance, par les institutions charitables de l'Angleterre victorienne, lesquelles se vantent d'endurcir leurs jeunes protégés en leur laissant le ventre presque vide. 

Un beau jour, les petits pensionnaires tirent à la courte paille afin de savoir lequel d'entre eux devra réclamer une plus grosse portion du gruau qui leur sert de repas : c'est à Oliver que revient cette tâche désagréable. Le jeune garçon s'exécute pourtant et est exclu de l'institution : il est placé en apprentissage chez Mr Sowerberry, l'entrepreneur de pompes funèbres. Oliver est apprécié par Sowerberry lui-même, mais pas par son épouse ou par le reste du personnel de la maison.

Après s'être attiré de nouveaux ennuis, Oliver s'enfuit de l'entreprise de pompes funèbres. Il souhaite rejoindre Londres, où il espère pouvoir se fondre dans la population et gagner sa vie.

 

Mon avis

Charles Dickens fait partie de mes (nombreux) auteurs préférés depuis que j'ai découvert Le grillon du foyer et Un chant de Noël (à un très jeune âge, puisque ma maman me racontait déjà ces histoires quand j'avais 7 ans )Le lire en V.O. est toujours un challenge, mais je m'y attelle en général avec beaucoup de plaisir, car Dickens en anglais, c'est toujours plus agréable que Dickens traduit. L'écriture de Dickens et sa façon de raconter et de construire une intrigue sous nos yeux sont tellement élégantes, qu'il serait dommage de se limiter à une simple traduction quand on sait le lire en anglais. 

Revenons à Oliver Twist. Je parlais justement de cette lecture à un ami, qui est également amateur du grand Charles et qui m'a tout de suite dit, connaissant le titre de ma lecture du moment : « Tu vas finir dépressive ! » Je déteste donner tort à des amis mais, s'il est vrai que l'histoire du petit orphelin est assez dramatique, je suis loin de la dépression qui m'était promise après avoir refermé ce roman.

La raison principale justifiant cet état d'esprit relativement serein malgré le roman que je viens de terminer réside encore une fois dans l'écriture de Dickens. L'auteur parvient en effet à glisser quelques touches d'ironie, voire d'humour assez noir, dans son histoire et est parvenu à me faire sourire au milieu des drames vécus par les différents personnages. J'ai toujours trouvé la plume de Dickens très vive et malicieuse et Oliver Twist confirme cette impression. L'auteur y décrit des scènes atroces et désespérées sans pour autant horrifier le lecteur : on observe, en « spectateur », les scènes décrites, sans pour autant en ressentir la douleur à laquelle on pourrait s'attendre au vu des malheurs et des drames qui accablent les personnages (et en particulier le jeune Oliver).

Toutefois tout n'est pas drôle et amusant dans ce roman. Dickens est un grand connaisseur de la société de son époque et il se montre, ici, très conscient des manquements de la société victorienne envers les pauvres et les orphelins. L'histoire du petit Oliver semble n'être qu'un prétexte que l'auteur utilise afin de pouvoir écorcher les grands principes de « l'aide sociale » de l'époque et pour dénoncer l'hypocrisie du système. D'ailleurs, je ne sais pas pourquoi je parle « d'aide » sociale : on est plutôt dans une sorte de grande machination mise en place afin de punir les pauvres et les orphelins qui osent déparer la grandeur de l'époque… Une preuve de cet état d'esprit se retrouve bien dans ce passage, dans lequel Mr Bumble explique sa vision des choses en ce qui concerne l'assistance aux plus démunis :

The great principle of out-of-door relief is, to give the paupers exactly what they don't want; and then they get tired of coming”

(en français : « Le principe fondamental de l'assistance en dehors du dépôt, c'est de fournir aux pauvres justement ce dont ils n'ont que faire, et alors, de guerre lasse, ils cessent leurs importunités »).

Je tiens à préciser que Mr Bumble est bedeau et très « impliqué » dans la gestion du système d'aide aux pauvres de sa paroisse : une telle information donne tout de suite le ton du roman et permet de comprendre le genre de mentalités que Dickens dénonce dans ce roman.

Une fois Oliver arrivé à Londres (je ne vous expliquerai pas comment ni pourquoi, histoire de ne pas gâcher le suspense ; j'ai d'ailleurs zappé l'information dans mon résumé également), la situation semble aussi désespérée : les plus démunis ne sont pas mieux lotis dans la capitale qu'à la campagne et constituent des proies faciles pour une faune douteuse dans le genre de Bill Sikes et de Fagin.

Mais malgré ses mauvais côtés, même Fagin m'a semblé moins corrompu que Mr Bumble et sa bande. C'est Nancy, l'une des miséreuses qui gravite autour de Fagin et Sikes, qui résume le mieux ce que je ressens lorsqu'elle explique à Mr Brownlow pourquoi elle ne souhaite pas dénoncer les pratiques du vieux voleur :

“For one reason,” rejoined the girl firmly, “for one reason, that the lady knows and will stand by me in, I know she will, for I have her promise: and for this other reason, besides, that, bad life as he has led, I have led a bad life too; there are many of us who have kept the same courses together, and I'll not turn upon them, who might—any of them—have turned upon me, but didn't, bad as they are.”

(en français : « Pour une raison, répondit la jeune fille avec fermeté, pour une raison que mademoiselle connaît et qu'elle admettra, je le sais, car elle me l'a promis ; et pour une autre raison encore, c'est que, s'il a mené une vie criminelle, la mienne ne vaut pas mieux ; beaucoup d'entre nous ont eu la même existence, et je ne me tournerai pas contre ceux, qui auraient pu… quelques-uns du moins… se tourner contre moi, et qui ne l'ont pas fait, tout pervers qu'ils sont. »)

Il y a donc une forme d'honneur dans le milieu que fréquentent Sikes et Fagin, alors que cette qualité est totalement absente chez Mr Bumble et ses semblables… C'est déjà ça, même si on ne peut pas dire que la fréquentation de Fagin et compagnie porte bonheur à Oliver.

La fin du roman réserve quelques surprises, avec l'entrée en scène de Monks et les détails qu'il semble connaître sur le passé d'Oliver (ou, du moins, sur sa mère). Monks est aussi celui qui créé un lien entre les « deux vies » du jeune orphelin, puisqu'il pousse Nancy (la créature de Fagin) à rencontrer Rose Maylie, celle que l'on pourrait qualifier de « bonne fée » d'Oliver.

Et, en parlant de bonne fée, les âmes sensibles peuvent être rassurées : tout n'est pas sombre et désespéré dans ce beau récit.

 

En bref

La plume de Dickens reste à la fois douce et affûtée jusqu'à la toute fin du roman, qui réserve une belle surprise. De quoi terminer en beauté un roman que je suis très heureuse d'avoir découvert !

 

CD

Challenge Charles Dickens