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La quiche fatale

M.C. Beaton

Editions Albin Michel, 320 pages

 

Un extrait

" Les gens du coin l'avaient accueillie, comme toujours, avec cette singulière sorte d'amabilité qui n'allait jamais plus loin. (...), les gens du village avaient une façon imperceptible, découvrit-elle, de repousser les nouveaux venus. Ils ne les rejetaient pas. En surface, ils les accueillaient. Pourtant, elle savait que sa présence ne faisait pas une ride sur la surface lisse de la vie villageoise. "

 

Résumé

Agatha Raisin, grande prêtresse des relations publiques londoniennes, a décidé de prendre sa retraite. Elle a vendu sa société à un concurrent afin de réaliser un rêve d’enfant : acheter un cottage dans les Cotswolds.

Une fois installée chez elle, Agatha déchante pourtant rapidement. Les habitants de son village ne l’accueillent pas aussi chaleureusement que ce qu’elle espérait et, même s’ils se montrent aimables, ils ne sont pas du tout impressionnés par cette femme qui a pourtant l’habitude d’être au centre de l’attention.

Heureusement, un concours de quiches est prévu lors d’une fête du village. Agatha entend bien épater tout le monde avec sa quiche aux épinards achetée chez un traiteur londonien reconnu pour la qualité de ces tartes salées.

Mais la pauvre Agatha va bien vite déchanter. Non seulement sa quiche ne remporte pas le premier prix, mais en plus, Mr Cummings-Browne, le juge du concours de quiches, meurt après en avoir consommé une part…

 

Mon avis

J’ai mis un peu de temps avant de découvrir les aventures d’Agatha Raisin.

Le responsable de cette (honteuse) procrastination est d’ailleurs un autre personnage de M.C. Beaton, à savoir Hamish Macbeth, mon chouchou depuis ma lecture de Death of a Nag. Ayant plusieurs fois entendu des lecteurs comparer les deux séries et préférer Hamish à Agatha, je nourrissais quelques préjugés à l’égard de la seconde, d’autant que je n’ai pas été épatée par la série télé : le personnage d’Agatha y étant assez agaçant et parfois à la limite du ridicule, j’ai tenu 15 minutes avant de couper la télévision et de me rabattre sur ma lecture de l’époque.

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Source

Dans le roman, Agatha est censée être brune et trapue, avec de "petits yeux d'ours". Cherchez l'erreur par rapport à la série...

Mais le Challenge British Mysteries auquel je participe m’a finalement donné envie d’enfin me plonger sérieusement dans les aventures d’Agatha (version littéraire, cette fois), d’autant qu’une lecture commune hommage à M.C. Beaton (décédée le 30 décembre 2019) est prévue pour le 5 mars. Et j’avoue que le personnage, heureusement très différent de son pendant télévisuel, a fini par me séduire.

Car en réalité, Agatha m’a un peu rappelé l’Imogène de Charles Exbrayat, que j’apprécie beaucoup. Les deux femmes ont en commun leur envie de briller aux yeux de leurs contemporains et leur caractère bien trempé. Elles sont aussi deux adorables gaffeuses dont les initiatives tournent bien souvent mal.

En plus d’être amusante, Agatha Raisin est aussi assez touchante. Même si sa tricherie lors du concours de quiches est un peu limite, on finit par comprendre son geste et presque sympathiser : après tout, cette femme a passé quasiment toute sa vie à rêver des Cotswolds et, en allant enfin y vivre, elle espérait être accueillie et acceptée. Pas étonnant, donc, qu’elle tente de s’attirer les bonnes grâces (ou tout au moins l’admiration) de ses nouveaux concitoyens.

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Source

Les Cotswolds. C'est quand on voit un décor pareil qu'on comprend pourquoi Agatha décide de quitter Londres !

L’intrigue policière développée par M.C. Beaton était également très amusante à suivre. Le meurtre est assez pittoresque pour devenir intéressant (et ce n’est rien à côté du troisième tome de la série, le bien nommé Pas de pot pour la jardinière), puisque Cummings-Browne [Spoiler, sélectionnez le texte pour le lire] meurt en ingérant de la cigüe aquatique qui s’est retrouvée dans la quiche à la place des épinards auxquels tout le monde s’attendait. D’ailleurs, au passage, précisons que la victime est assez abjecte : bon choix de la part de l’auteure, qui évite ainsi que l’on s’apitoie sur le sort de l’empoisonné et qui pousse le lecteur à rester concentrer sur les faits et gestes de son héroïne, Mrs Raisin.

Cette dernière, qui n’apprécie décidemment pas la tranquillité de sa retraite (pour une femme active comme elle, le calme du village est parfois déprimant) se lance dans une enquête parallèle à celle de la police, d’autant qu’Agatha se sent personnellement touchée par l’incident : après tout, c’est sa quiche (= celle qu’elle a pris la peine d’acheter à la Quicherie) qui a tué Cummings-Browne, alors pourquoi ne pourrait-elle pas s’impliquer dans la recherche de l’assassin ?

 

En bref

La quiche fatale est un cosy mystery très sympathique à lire. La vie du petit village est amusante à suivre et les (més-)aventures d’Agatha la rendent très touchante.

 

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