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La glace noire

Michael Connelly

Editions Points, 382 pages

 

Un extrait

" L'obscurité sentait le hasard, les caprices de la chance se déployant dans la nuit de néon bleu. Il y avait tant de façons de vivre. Et de mourir. Un jour, on roulait dans la limousine noire d'un studio de cinéma, le lendemain on prenait place à l'arrière d'une camionnette bleue de la morgue. Le bruit des applaudissements ressemblait au bourdonnement d'une balle qui siffle à l'oreille dans l'obscurité. Le hasard. C'était ça, L.A. "

 

Résumé

Harry Bosch est de garde pour la brigade criminelle d'Hollywood la veille de Noël. Il s'apprête à déguster son repas de réveillon - dinde, riz et petit pois - lorsqu'il capte un message diffusé sur le scanner de la police : les grands pontes de la police, dont un chef adjoint, sont appelés dans la chambre d'un motel. Bosch ne comprend pas pourquoi il n'est pas le premier prévenu de cette affaire, puisqu'il est l'officier de garde, et décide de se renseigner par téléphone. C'est ainsi qu'il apprend le suicide de Calexico Moore, sergent responsable de la section anti-drogue.

A première vue, l'affaire semble simple : en pleine procédure de divorce et faisant l'objet d'une enquête des affaires internes, Cal Moore aurait touché le fond. L'homme aurait ainsi loué une chambre dans un motel de L.A. avant de se tirer une décharge de fusil à pompe en plein visage.

(Attention, spoilers !) Toutefois, à l'autopsie, le médecin légiste détecte certaines traces sur les restes du crâne de Moore, qui lui font penser à un meurtre : elle refuse donc de conclure au suicide. Cela alerte Bosch, d'autant que deux de ses propres enquêtes semblent liées à l'affaire Moore.

Bosch décide donc, malgré l'interdiction formelle d'Irving, le chef adjoint de la police, d'enquêter personnellement (et aussi discrètement que possible) sur la mort de Moore.

 

Mon avis

Ce que j'aime dans les enquêtes d'Harry Bosch, c'est la ténacité du personnage. Il ne lâche rien tant qu'il n'a pas résolu l'affaire qui lui est confiée, quelle que soit cette affaire. Avec lui, impossible d'étouffer un dossier, même si celui-ci est susceptible de provoquer un scandale sans précédent pour la police.

Cet état d'esprit, qui pousse Bosch à tout donner au nom de la vérité et de la justice, l'amène souvent aussi à la limite de la légalité : ainsi, il crochète des serrures, drogue des chiens de garde, sert d'indic aux journalistes afin de mettre la pression sur Irving, et brutalise un collègue dans un bar afin d'arriver à ses fins. Il sait pourtant que tout finira par se savoir et qu'il devra rendre des comptes, mais il semble peu s'en soucier. C'est " tout le monde ou personne ".

La glace noire est un bon polar, dans lequel on retrouve ce trait de personnalité de Bosch. Le rythme de l'histoire est assez lent et les méandres des trois enquêtes qu'Harry mène en parallèle paraissent sans fin (même pour lui), mais Michael Connelly a le don de tenir ses lecteurs en haleine, même lorsqu'il se contente de décrire le trajet que Bosch effectue en voiture entre son domicile et Parker Center. Et du coup, les quelques longueurs qui, chez un autre auteur et avec un autre personnage principal, deviendraient gênantes, sont ici parfaitement dans le ton.

Par contre, ce qui est déroutant, c'est le dénouement de l'histoire, qui m'a paru un peu étrange même si, a posteriori, il est très logique étant donné l'évolution du personnage de Cal Moore. Toujours est-il que cette tournure des événements place Bosch en particulièrement mauvaise posture, puisqu'il doit choisir entre accepter des pots-de-vin de la part d'un flic corrompu, ou tuer ledit flic. Même pour quelqu'un comme lui, ce choix cornélien ne doit pas être évident mais, heureusement (si je puis dire) Cal Moore lui sauve la mise en forçant Bosch à dégainer et à lui tirer dessus...

 

En bref

La glace noire est au final une lecture prenante et intense, qui permet d'en apprendre plus sur le passé de Bosch, et notamment sur ses parents. Ce polar donne aussi l'impression d'être une véritable déclaration d'amour de Bosch (et Connelly) pour Los Angeles et l'ambiance très particulière de certains quartiers qui sont décrits dans le roman.