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Les Livres d'Aline
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31 août 2015

Mémoire de mes putains tristes, Gabriel Garcia Marquez

9782253116844FS

Mémoire de mes putains tristes, Gabriel Garcia Marquez

Titre original : Memorias de mis putas tristes

Edition : Le Livre de Poche

Nombre de pages : 157

 

 

 

 

 

Résumé

Un narrateur dont on ne connaît pas le nom se réveille la veille de ses 90 ans. Dans sa jeunesse, cet homme a assidûment fréquenté les maisons closes de sa ville - au point d'être plusieurs fois couronné "client de l'année" par plusieurs d'entre elles - mais, à la veille de son anniversaire, il se rend compte que cela fait près de vingt ans qu'il a cessé cette pratique. Pourtant, Rosa Cabarcas, une tenancière de maison close qu'il a bien connue, l'a souvent relancé...

Aujourd'hui, notre homme se sent près à retrouver les chambres de Rosa. Mais il impose à Rosa une condition : la fille qu'elle lui fournira doit être vierge.

 

Commentaire

Gabriel Garcia Marquez est l'un de mes auteurs préférés. Sa plume magnifique lui permet de transformer les sujets les plus scabreux en véritable poésie ; ainsi, dans ce Mémoires de mes putains tristes, la simple description d'une maison close délabrée devient un vrai poème, car l'auteur a la bonne idée de nous parler de l'environnement qui l'entoure : la forêt toute proche, le vent qui souffle doucement dans le peu de cheveux que son héros conserve sur son crâne, la chaleur moite de cette ville sud-américaine que le narrateur connaît si bien...

Les principaux thèmes traités par Garcia Marquez dans ce court roman sont la vieillesse et - aussi étrange que cela puisse paraître étant donné le titre - l'amour. le narrateur se réveille un beau matin à l'aube de son 90e anniversaire et ne sait toujours pas comment il a atteint ce jour. Lui se sent encore jeune :  ce sont les autres et certains objets (notamment les miroirs) qui lui renvoient l'image d'un homme âgé. D'après lui, les changements physiques que l'on remarque chez soi-même sont tellement infimes que la vieillesse nous tombe dessus sans crier gare. Et, alors que mentalement, on a toujours 20 ans, physiquement, on a l'air centenaire.

Ce genre de réflexion nous accompagne tout le long du récit, car notre narrateur écrit des chroniques pour un journal local et décide justement, dans les premières pages du récit, que sa chronique hebdomadaire sera consacrée à son anniversaire.

Le second thème récurrent est, comme signalé plus haut, l'amour. Car contre toute attente, notre héros tombe amoureux de la jeune fille que Rosa Cabarcas a déniché pour lui. Il ne connaît même pas le nom de cette fillette (car elle n'a que 14 ans) pauvre, mais décide de l'appeler Delgadina.

Peu à peu, sa passion pour Delgadina commence à l'envahir tout entier : il ne pense plus qu'à elle et s'imagine même la voir près de lui dans sa maison, quand il travaille ou quand il lit. Notre héros rajeunit de vingt ou trente ans, allant jusqu'à faire de la bicyclette dans les rues de sa ville sous les yeux ébahis des passants (la bicyclette est en réalité destinée à Delgadina, mais notre homme ne résiste pas à l'envie de la tester). Ses chroniques dominicales pour le journal deviennent de véritables lettres d'amour à la jeune fille et commencent à inspirer de nombreux lecteurs, qui n'hésitent pas à se manifester à la rédaction du journal.

Le plus étrange dans l'histoire, c'est que malgré - ou peut-être à cause de - cette passion dévorante, la relation entre Delgadina et notre narrateur reste presque totalement platonique : quelques caresses et quelques baisers de sa part sont les seuls contacts physiques échangés entre ce couple pas comme les autres.

Il est donc étrange de lire un tel récit, mêlant les vies d'un vieux bonhomme de 90 ans et d'une jeune vierge qui pourrait être son arrière-petite-fille. Mais Gabriel Garcia Marquez est le spécialiste des récits étranges, à la limite du merveilleux et, une fois encore, son talent de conteur est parvenu à me passionner pour ce récit atypique, que j'ai lu en quelques heures à peine. Mêlant avec beaucoup de talent l'humour et la mélancolie, Mémoires de mes putains tristes aborde des thèmes universels (même si sa manière de les aborder diffère des récits habituels à ce sujet). Vieillir et aimer n'est-ce pas le sort de chacun d'entre nous ?

 

Extraits

" Nous sommes vieux, a-t-elle soupiré. L’ennui c’est qu’au-dedans on ne le sent pas, mais qu’au dehors tout le monde le voit. "

 

" Dès lors, je n'ai plus compté en années mais en décennies. Celle de la cinquantaine a été décisive, parce que j'avais pris conscience que presque tout le monde était plus jeune que moi. Celle de la soixantaine la plus intense, car j'avais cru ne plus pouvoir me permettre de faire des erreurs. Celle de soixante-dix à quatre-vingts a été terrible, car elle aurait pu être la dernière. Cependant, quand je me suis réveillé en vie le matin de mes quatre-vingt-dix ans dans le lit heureux de Delgadina, il m'est apparu que la vie  ne s'écoulait pas comme le fleuve tumultueux d'Héraclite mais qu'elle m'offrait l'occasion unique de me retourner sur le gril et de continuer à rôtir de l'autre côté pendant encore quatre-vingt-dix années. "

 

" Que les vieux perdent la mémoire des choses qui ne sont pas essentielles et gardent presque toujours celle des choses qui les intéressent le plus est une victoire de la vie. Cicéron l’a illustré d’un trait de plume : « il n’est point d’ancien qui n’oublie où il a caché son trésor. » "

 

" Grâce à elle, j'ai affronté pour la première fois mon être véritable, tandis que s'écoulait ma quatre-vingt-dixième année. J'ai découvert que mon besoin obsessionnel de savoir que chaque chose est à sa place, chaque affaire traitée en son temps, chaque mot conforme à un style, n'était pas la juste récompense d'un esprit méthodique mais au contraire un système de simulation inventé pour cacher mon naturel désordonné.J'ai découvert que ma discipline nest pas une vertu mais une réaction contre ma négligence ; que  ma générosité apparente cache ma mesquinerie, que je suis trop prudent parce que je suis mal-pensant, conciliateur pour ne pas succomber à mes colères rentrées, ponctuel pour qu'on ne sache pas à quel point le temps des autres m'est indifférent. Enfin, j'ai découvert que l'amour n'est pas une inclination de l'âme, mais un signe du zodiaque. "

 

ggm1

 

Lagaffe (2)

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Commentaires
A
@Kidae<br /> <br /> Oui, cela vaut mieux. :-)<br /> <br /> A la limite, Chronique d'une mort annoncée pourrait t'intéresser car le sujet est en quelque sorte une petite enquête menée par un journaliste. Mais là aussi, comme G.G Márquez ne fait rien comme tout le monde, il y a une bizarrerie : le récit commence par la fin, avant de remonter jusqu'à la description du meurtres dont il est question dès les premières pages.
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K
Comme tu me l'as conseillé sur le Café, je vais passer mon tour sur les Gabriel Garcia Marquez !
Répondre
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