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Les Livres d'Aline
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6 mars 2012

Mansfield Park, Jane Austen

couv7034319Mansfield Park, Jane Austen

Titre original: Mansfield Park

Edition: Archipoche

562 pages

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Résumé

A l'âge de dix ans, Fanny Price est recueillie par son oncle, Sir Thomas Bertram, afin de recevoir une éducation digne de ce nom, que ses parents seraient bien incapables de lui donner étant donné leur pauvreté. La petite fille arrive donc dans la magnifique demeure de son oncle, Mansfield Park, où elle rejoint deux cousins déjà adolescents, Tom et Edmund, et deux cousines un peu plus âgées qu'elle, Julia et Maria. Le seul à ne pas traiter Fanny comme une domestique supplémentaire est Edmund, qui prend très à coeur la formation de l'esprit de la petite fille et lui conseille des lectures instructives.

Peu à peu, tout ce petit monde grandit et Fanny devient une belle jeune fille. Malheureusement, elle est toujours aussi mal considérée par ses tantes: Lady Bertram lui fait faire tous les menus travaux qu'elle ne veut pas réaliser elle-même, et Mrs Norris passe son temps à rabaisser la jeune fille.

Mais l'arrivée des Crawford dans le voisinage va bouleverser la vie de Fanny. Henry Crawford, le frère, tente de séduire Fanny, tandis qu'Edmund semble beaucoup apprécier Mary Crawford.... Trop aux yeux de Fanny qui craint de les voir se marier.

 

Commentaire

Mansfield Park a été publié en 1814 et est souvent considéré comme le plus ambitieux des romans de Jane Austen, en raison de la complexité des personnages et des relations tissées entre ceux-ci.

C'est la première fois que je le lis en anglais, dans The Complete Works of Jane Austen (références ci-dessous) et je dois dire que cette complexité se reflète également dans le texte original. Beaucoup plus long que Sense and Sensibility ou Pride and Prejudice, Mansfield Park est aussi beaucoup plus intense et une certaine tension se fait sentir tout au long du roman.

Car Fanny n'a pas de chance et la façon dont Mrs Norris la traite, dès les premières pages est tout simplement révoltante. Cette femme qui n'hésite pas à mentir pour se faire passer pour plus vertueuse et généreuse qu'elle ne l'est réellement est particulièrement insupportable. Pas étonnant que J.K Rowling, grande admiratrice de Jane Austen, ait donné son nom à la méchante chatte du concierge de Poudlard (Miss Teigne en français, s'appelle en effet Mrs Norris dans la version originale).

Au rang des personnages désagréables, le vertueux Edmund occupe également une belle place! Malgré ses bons sentiments et la considération dont il fait preuve à l'égard de Fanny, lorsque survient Miss Mary Crawford, Edmund devient presque aussi ignoble que sa tante Norris. Ce futur homme d'église, qui prend sa profession très au sérieux, se lance ainsi dans de très longs discours moralisateurs qui n'ont en fait d'autre objet que de camoufler autant que faire se peut ses sentiments à l'égard de Miss Crawford... Mais, bien entendu, personne n'est dupe! En tout cas, le lecteur ne l'est pas et Fanny non plus, et Edmund finit en fait pas passer pour un sale hypocrite qui, comme Mrs Norris, essaye de se faire passer pour quelqu'un de bien alors que sa prétendue abnégation ne sert que lui-même et son amourette. Vous l'aurez compris, je déteste Edmund! D'ailleurs, pour vous donner un exemple de ces petits discours ridicules qu'il imagine très subtils, voici quelques extraits de la version française:

(Petit résumé des faits: un ami de Tom Bertram, de passage à Mansfield Park, a convaincu la jeunesse du lieu à se lancer dans une représentation théâtrale. L'un des rôles masculins, celui du jeune homme qui fait la cour au personnage joué par Miss Crawford, n'a pas encore été attribué. Le petit groupe envisage donc de s'adresser à un jeune homme du voisinage.

Edmund, qui voit le théâtre d'un mauvais oeil et souhaite que la représentation reste strictement privée décide de se "sacrifier": pour éviter la participation d'un homme étranger à la famille, il jouera lui même le rôle manquant, malgré ses préventions contre ce genre de divertissement)

"Ses yeux brillèrent à la vue d’Edmond.

- Puis-je vous parler, Fanny, pendant quelques minutes ?

- Oui, certainement.

- Je voudrais vous consulter — j’ai besoin de votre opinion.

- Mon opinion ! s’écria-t-elle, tressaillant d’un tel compliment qui la comblait de joie.

- Oui, votre conseil et votre opinion, je ne sais pas ce que je dois faire. Ce projet du spectacle va de pis en pis, vous le voyez. Ils ont choisi à peu près la plus mauvaise pièce qu’ils eussent pu choisir ; et maintenant, pour compléter l’affaire, ils vont demander l’aide d’un jeune homme très peu connu de nous tous. C’est la fin de ce caractère privé et convenable de la représentation, dont on a tant parlé au début. Je ne connais rien de mal au sujet de Charles Maddox ; mais l’intimité excessive qui doit naître de son admission parmi nous de cette manière, est inadmissible ; ce sera plus qu’une intimité — une familiarité. Je ne puis y penser sans perdre ma patience, et cela m’apparaît comme un mal si grand que je dois, si possible, le prévenir. Ne voyez-vous pas les choses de la même façon ?

- Oui, mais que peut-on faire ? Votre frère semble si décidé ?

- Il n’y a qu’une chose à faire, Fanny. Je dois prendre moi-même le rôle d’Anhalt. Je me rends bien compte que rien d’autre ne pourra calmer Tom.

Fanny ne put répondre.

- Ce n’est pas du tout une chose que j’aime, continua-t-il. Personne n’aimerait être obligé à prendre l’apparence d'une telle inconséquence. Après avoir, au su de tout le monde, combattu le projet dès le début, c’est une absurdité que de me joindre à eux maintenant, quand ils dépassent leur premier projet sous tous les rapports ; mais je ne vois aucune autre solution. En voyez-vous une, Fanny ?

- Non, dit Fanny avec lenteur, pas immédiatement, mais…

- Mais quoi ? Je vois que votre jugement n’est pas avec moi. Réfléchissez-y un peu. Vous ne vous rendez peut-être pas aussi bien compte que moi de tout le tort qui peut, de tous les désagréments qui doivent résulter de la part d’un jeune homme reçu de cette manière, prenant ses habitudes parmi nous, autorisé à venir à toute heure, et mis tout d’un coup sur un pied qui doit supprimer toute contrainte. Pensez seulement à la licence que chaque répétition tendra à créer. Tout cela est très mal ! Mettez-vous à la place de Mlle Crawford, Fanny. Supposez que ce soit à elle de jouer Amelia avec un étranger. Elle a droit à ce qu’on ait du sentiment pour elle, parce qu’elle n’est visiblement pas dépourvue de sentiment. J’ai entendu la plus grande partie de ce qu’elle vous a dit hier soir, pour comprendre qu’elle ne veut pas jouer avec un inconnu ; et comme elle s’était probablement engagée en vue de diverses espérances — peut-être sans avoir suffisamment considéré le sujet pour savoir ce qui probablement arriverait — il ne serait pas généreux envers elle, nous aurions vraiment tort de l’exposer à ce désagrément. Ses sentiments doivent être respectés. Cela ne vous frappe-t-il pas, Fanny ? Vous hésitez."

N'est-il pas un horrible faux-jeton, aussi hypocrite que sa tante Norris? Et en plus, il s'imagine apparemment que Fanny croit à ses mensonges!

Mais c'est justement grâce, principalement, à ces deux personnages, que la tension évoquée plus haut se fait sentir. On finit par tellement détester Mrs Norris et Edmund que l'on a envie de les voir blessés, morts, exilés, ruinés... Au final, on ne peut poser le roman avant de l'avoir terminé et d'avoir appris le sort de chacun et de ces deux-là en particulier.

Fanny, de son côté, est malheureusement assez insipide. Malgré son statut d'héroïne du roman, elle n'occupe que peu de place dans le récit, si ce n'est comme observatrice des autres personnages. C'est à travers ses yeux que nous en apprenons plus sur chacun d'entre eux et que les intrigues (romantiques, souvent) sont peu à peu dévoilées.

Mais malgré cela, il est tout à fait possible de s'attacher à son personnage, car ses malheurs finissent par la rendre beaucoup plus sympathiques, de même que sa vertu. Car la jeune Fanny est sans doute, avec son oncle, Sir Thomas, l'un des seuls personnages réellement vertueux du roman. Et elle, au moins, n'essaye pas de mettre cette qualité en avant. Au contraire, Fanny reste toujours discrète et effacée, même (et surtout) lorsqu'elle souffre.

Mansfield Park est donc encore un très bon roman de Jane Austen, mettant en scène des personnages intéressants, dotés par l'auteure de personnalités particulièrement complexes et très fouillées. A découvrir!

 

Quelques extraits:

A propos du mariage de Lady Bertram et de Sir Thomas Bertram:

"Il y a de cela à peu près trente ans, Mlle Maria Ward d’Huntingdon, n’ayant pour toute fortune que sept cents livres, eut la chance de conquérir le coeur de Sir Thomas Bertram de Mansfield Park, dans le comté de Northampton. De ce fait elle fut élevée au rang de femme de baronet avec tout le luxe et tout le confort que lui apportait une maison bien montée et digne de sa situation."

 

A propos de Mrs Norris:

"Six ans plus tard, Mlle Ward se crut obligée de s’éprendre du Rév. A. Norris, un ami de son beau-frère, qui n’avait pratiquement aucune fortune et Mlle Frances fit encore pire."

 

A propos de Mrs Frances Price (également surnommée Fanny), la mère de Fanny:

"Mais Mlle Frances désobligea toute sa famille en s’éprenant d’un lieutenant de marine, sans éducation, sans fortune et sans avenir. Elle aurait difficilement pu s’arrêter à un choix plus malencontreux. Sir Thomas Bertram avait tout intérêt, autant par principe que par fierté, à souhaiter que tous ceux de sa famille aient une situation respectable et aurait aidé de bon coeur la soeur de Lady Bertram dans ce sens. Mais la profession du mari de celle-ci était si peu intéressante qu’avant qu’il n’ait eu le temps de trouver le moyen de les aider, une mésintelligence profonde intervint entre les deux soeurs. C’était ce qui devait naturellement arriver à la suite d’un mariage aussi désastreux. Pour éviter des reproches inutiles, Mme Price n’avait jamais écrit à sa famille à ce sujet, jusqu’à ce qu’elle fût mariée.

Lady Bertram, qui était une femme de caractère froid et indolent, se serait très bien accommodée d’abandonner sa soeur et de ne plus penser à elle.

Mais Mme Norris était moins passive et ne fut satisfaite que lorsqu’elle eut écrit une longue lettre furieuse à Fanny, où elle lui montrait l’indignité de sa conduite et l’injuriait en conséquence. À son tour, Mme Price se froissa et se fâcha. Il y eut un échange de lettres désagréables entre elles, dans lesquelles Sir Thomas ne fut pas épargné, tant et si bien qu’il en résulta une brouille qui dura un temps considérable."

 

A propos de Fanny:

"Fanny Price avait alors juste dix ans et s’il n’y eût rien de bien attirant dans son apparence il n’y avait non plus rien de repoussant. Elle était de petite taille pour son âge, n’avait pas le teint éclatant et rien de séduisant et était excessivement timide. Mais quoique gauche son aspect n’avait rien de vulgaire ; sa voix était douce et quand elle parlait sa physionomie devenait même jolie."

 

couv30405371Aussi en anglais dans:  

The Complete Works of Jane Austen, Editions Wordsworth, 1431 pages.

 

 

 

 

 

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Mansfield Parkétait l'un des Plats au Menu classique de la Carte Gourmande Whoopsy Daisy.

classiques

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Commentaires
A
Bonjour et merci pour ta visite!<br /> <br /> <br /> <br /> Je partage tout à fait cette envie de meurtre sur Edmund! :-D A un certain point, un empoisonneur aurait eu toute ma sympathie s'il avait eu la bonne idée de glisser une substance quelconque dans son thé.<br /> <br /> <br /> <br /> Tu as raison lorsque tu dis que les Crawford sont sympathiques: lorsqu'ils entrent en scène, on ne se rend pas compte au premier abord de leur personnalité et ils ont l'air particulièrement charmants, surtout Mary.
Répondre
A
J'ai relu ce livre il y a pas très longtemps, & je suis tout à fait d'accord avec toi! J'ai souvent eu envie de a) étrangler Edmund, & b) secouer Fanny. (Mais surtout étrangler Edmund.)<br /> <br /> <br /> <br /> Pas mon roman préféré d'Austen, mais j'étais toujours très heureuse de voir les Crawford arriver sur scène -- même si je pense que le lecteur est pas supposé les aimer autant... ;)
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A
Je dois encore découvrir Northanger Abbey. :-)
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M
C'est mon préféré. Celui-ci et Northanger Abey depuis l'été dernier. Les films sont agréables aussi.
Répondre
A
Il faut dire qu'il est moins connu: je n'en avais jamais entendu parler jusqu'à ce que mon professeur de littérature anglaise en parle...<br /> <br /> Mais il est très gai à lire.
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