Avril enchanté, Elizabeth von Arnim
Avril enchanté, Elizabeth von Arnim
Titre original : The Enchanted April
Edition : 10/18
368 pages
Résumé
(Présentation de l'éditeur)
" Deux jeunes Londonniennes, Mrs. Wilkins et Mrs. Arbuthnot, décident, un jour de pluie trop sale et d'autobus trop bondés, de répondre à une petite annonce du Times proposant un château à louer pour le mois d'avril sur la Riviera. En cachette de leurs maris, elles cassent leurs tirelires et trouvent deux autres partenaires pour partager les frais du séjour : l'aristocratique et très belle Lady Caroline Dester, qui veut fuir ses trop nombreux soupirants, et la vieille Mrs. Fisher, à la recherche d'un lieu paisible. Les brillants dialogues, la drôlerie constante des situations et des personnages qui rappellent Noel Coward ou le meilleur Wodehouse, réussissent par une sorte de pudeur à faire presque oublier que ce roman exempt de gravité est aussi un des plus beaux textes que la littérature du XXe siècle ait consacrés à l'Italie. "
Commentaire
C'est Lyria, du Café la Jasette qui m'a donné envie de chercher ce livre dans ma PAL.
Il s'y trouvait depuis trois ou quatre ans mais, sans Lyria, je n'aurais sans doute pas encore ouvert ce livre et je serais passée à côté d'un véritable coup de coeur. Il fait dire qu'Elizabeth von Arnom m'intimidait quelque peu. Mon professeur de littérature anglaise nous en avait parlé en cours et c'est sans doute la raison pour laquelle je me méfiais : en général, les romans mentionnés par Monsieur L. n'étaient pas des plus faciles à lire.
Pourtant, Avril enchanté n'a rien de difficile. Au contraire, le récit est tellement agréable qu'il se lit à une vitesse folle. Quand j'ai vu à quel rythme je le dévorais, j'ai même ralenti ma lecture, car je craignais d'arriver trop rapidement à la fin et de ne plus être plongée dans cette atmosphère douce et sereine.
Malgré cela, la fin est arrivée bien vite... Les descriptions sont somptueuses. En lisant les détails du jardin de San Salvatore (le château médiéval loué par les héroïnes du roman) données par Elizabeth von Arnim, on n'a qu'une seule envie : faire ses valises et partir à la recherche d'une telle splendeur. Il doit être bien agréable de passer la journée dans un tel jardin, aussi fleuri et aussi calme...
Les personnages sont également très agréables. Mes préférées sont Mrs Wilkins et Mrs Arbuthnot (les deux instigatrices du séjour en Italie), mais Mrs Fisher et Mr Wilkins ne sont pas mal non plus dans leur genre.
En bref, on peut dire que la "magie" de San Salvatore, celle à laquelle Mrs Wilkins croit avec tant de ferveur, a réussi à me toucher. Je suis d'ailleurs passée à la Fnac pour commander ce merveilleux roman en anglais. Je prévois de le relire en V.O. lorsque les fleurs seront enfin écloses dans notre jardin. Même s'il ne sera jamais aussi fleuri que celui de San Salvatore, cela me donnera tout de même l'impression d'être un peu plus proche de ce véritable paradis terrestre.
Quelques extraits :
" A tous ceux qui aiment les glycines et le soleil. Italie. Mois d'avril. Particulier loue petit château médiéval meublé bord Méditerranée. Domesticité fournie. Répondre au Times sous la référence Z 1000. "
" Il était de certaines choses dont mieux valait ne pas parler, et les maris en faisaient évidemment partie. Seules leurs épouses étaient censées savoir où ils dormaient. Bien sûr, elles ne le savaient pas toujours, et les mariages connaissaient alors des moments délicats. "
" Etre au lit, et seule, la délicieuse situation ! Depuis cinq longues années elle n'avait plus dormi sans Mellersh. Quel plaisir tout neuf simplement de sentir la fraîcheur des draps, de s'y étirer tout à son aise, de tirer sans crainte les couvertures, ou de s'arranger les oreillers à son idée ! "
" De toute façon je suis persuadée que c’est péché de se rendre malheureuse à force de vertu. Vous avez l’air si triste que vous avez dû être bien vertueuse durant toutes ces années. "
" Malheureusement Mrs Fisher n'avait jamais aimé les pâtes, surtout pas ces longs macaronis en forme de vers de terre qui étaient beaucoup trop difficiles à manger. "
" Quelle erreur de croire qu'une femme vraiment élégante faisait parade de ses beaux habits, c'étaient eux qui la promenaient et l'exhibaient à toute heure du jour et de la nuit ! "
" Elle était de ces gens que nul ne remarque dans un vernissage. Ses vêtements mités de ladrerie, la rendaient presque invisible. "
" Ce silence, ce sentiment d'espace, ces fleurs en abondance, l'absurde beauté de l'arbre de Judée, tout cela sembla d'un coup presque trop beau à Mrs Wilkins. Allait-elle vraiment vivre un mois entier environnée de toutes ces belles choses? Jusqu'alors elle avait dû se contenter de miettes de beauté rencontrées au hasard - une touffe de pâquerettes remarquée au milieu d'une pelouse de Hampstead, un jour qu'il faisait beau, ou un coucher de soleil entre deux cheminées. Jamais elle ne s'était trouvée en un lieu qui fût totalement beau. "
" Et comme il risquait de s'exposer à des commérages déplaisants s'il n'emmenait pas sa femme avec lui il s'était résolu à cette idée - n'avait-on pas souvent l'usage d'une deuxième personne lors d'un voyage à l'étranger, ne fût-ce que pour surveiller les bagages. "
" Les observations de Mrs Wilkins avaient été très mal reçues par Mrs Fisher. Chaque fois que cette femme ouvrait la bouche c'était pour dire quelque chose qu'il eût bien mieux valu garder sous silence. Dans le cercle que fréquentait Mrs Fisher on n'évoquait pas son mari à tout propos. Autour de 1880, sa grande époque, le maris étaient pris très au sérieux – il n'existait pas d'autre remède contre le péché. Des lits non plus on ne parlait quand vraiment on ne pouvait l'éviter, qu'avec un luxe de précautions oratoires. En tout cas jamais on ne se serait permis de faire apparaître dans une même phrase un lit et un mari. "
" Elle lui faisait penser à sa mère, à sa gouvernante, à toutes sortes de créatures faites pour la douceur et la tendresse, tout en présentant l'inestimable avantage de n'être ni sa mère ni sa gouvernante. "

