couv10627996Délicieuses pourritures, Joyce Carol Oates

Titre original : Beasts

Edition : J'ai lu

126 pages

 

 

 

Résumé

(Présentation de l'éditeur)

" ' Des larmes me piquaient les yeux. Pas les larmes provoquées par le coup de téléphone de ma mère, la veille, mais les larmes de bonheur de mon rêve. Car la voix de mon professeur Andre Harrow était la voix même de mon rêve, sans aucun doute possible. Tu seras aimée, Gillian. Je prendrai soin de toi. '


Un campus féminin, dans la Nouvelle-Angleterre des années 1970. Gillian Bauer, vingt ans, brillante étudiante de troisième année, tombe amoureuse de son charismatique professeur de littérature, Andre Harrow. Celui-ci a décidé de faire écrire et partager en classe à ses élèves leur journal intime. Et gloire à celle qui offrira son intimité en pâture ! Anorexie, pyromanie, comportements suicidaires... un drame se noue. En son centre, l'épouse du professeur, énigmatique sculptrice qui collectionne la laideur.


Un récit haletant, un roman dense et pervers par l'un des plus grands auteurs américains de ce siècle. "

 

 

Commentaire

Choquant et cruel, Délicieuses pourritures porte particulièrement bien son titre anglais. Beasts. C’est un peu ce que deviennent les victimes de Dorcas et Harrow au contact des ces deux êtres dépravés et sans scrupules. Des animaux de compagnie. Des domestiques. Des pantins dont le couple agite les fils. Les jeunes filles sur lesquelles le couple presque démoniaque jette son dévolu n’ont aucune chance d’échapper à leur emprise. Et les fantasmes que ces jeunes proies évoquent lors de la lecture publique de leur journal intime, lors des séances du séminaire de poésie de Harrow, semblent devenir réalité…

Délicieuses pourritures est bien dans la continuité des œuvres de Joyce Carol Oates. En général, cette grande dame de la littérature contemporaine traite surtout de la dégradation humaine, des vices cachés, des douleurs refoulées. Ce court roman ne fait pas exception à la règle. La dégradation est là et bien là. Les jeunes filles la subissent dans toute sa cruauté. Mais l’une d’elles (Gillian) , tout en faisant partie de ces victimes, se rend compte de ce qu’il se passe dans la maison des Harrow. Et, un beau jour, cette conscience la pousse à commettre un acte répréhensible.

Ce qui est étonnant, dans ce roman, c’est que la plupart des étudiantes d’Andre Harrow semblent être folles de lui malgré le fait que certaines d’entre elles aient déjà expérimenté les épisodes dégradants dont Gillian nous parle. Ces jeunes filles sont réellement des otages psychologiques du couple infernal et pourtant, elles ne parviennent pas à s’en détacher, elles semblent fascinées par Dorcas et Harrow, comme si toutes souffraient du fameux syndrome de Stockholm.

Joyce Carol Oates nous enfonce ici dans un univers glauque et inquiétant. Elle nous confronte à la manipulation comme instrument de satisfaction des désirs les plus pervers. Et cela met mal à l’aise. Délicieuses pourritures est fascinant dans la laideur des sentiments qu’il illustre, comme les totems sculptés par Dorcas, qui captivent l’attention des visiteurs de son exposition tout en les choquant profondément. Ce roman pourrait se lire d’une traite grâce à sa brièveté, mais il est impossible de le terminer en une seule fois, tant l’intensité des – mauvais – sentiments qui y sont dévoilés est puissante.

 

 

Quelques extraits :

" Dominique (qui, comme d'autres filles de Catamount, avait une provision de pilules pour chaque occasion) me proposa un "bennie" - de la Benzédrine ? - pour me remonter le moral. Non merci ! répondis-je catégoriquement.
Je voulais affronter les yeux ouverts ce que l'on appelle la réalité.
J'en ai fait un des principes de ma vie;
Je me demande parfois si la décision était sage. "

 

" Le meurtre d'âme, ça existe, dit Penelope. Sauf qu'il n'est pas visible comme l'autre. Il y a des gens mauvais. Il y a des gens cruels. Des gens qui devraient être punis. S'il y avait quelqu'un pour les punir. "

 

" Je voyais leurs yeux. Leurs yeux qui se posaient sur moi. Même Cassie, mon amie. Je voyais les questions dans ses yeux et je l'évitais. J'étais malade d'angoisse à l'idée d'être démasquée ( mais j'avais vingt ans, je n'étais plus vraiment une enfant), et je débordais aussi de fierté. Maintenant je suis bienheureuse. Je ne suis pas comme les autres. Ils m'aiment. "

 

" Elles avaient été droguées. Comme moi.
Elles avaient été amoureuses. Comme moi.
Elles garderaient toujours leurs secrets. Comme moi.
Nous sommes des bêtes et c'est notre consolation. "

 

 

 

Il est encore dans ma PAL :

couv42029335Fille noire, fille blanche de Joyce Carol Oates, aux Editions Philippe Rey.

Présentation de l'éditeur :

" Elles se rencontrent au cœur des années soixante-dix, camarades de chambre dans un collège prestigieux où elles entament leur cursus universitaire. Genna Meade, descendante du fondateur du collège, est la fille d'un couple très " radical chic ", riche, vaguement hippie, opposant à la guerre du Vietnam et résolument à la marge. Minette Swift, fille de pasteur, est une boursière afro-américaine venue d'une école communale de Washington. Nourrie de platitudes libérales, refusant l'idée même du privilège et rongée de culpabilité, Genna essaye sans relâche de se faire pardonner son éducation élitiste et se donne pour devoir de protéger Minette du harassement sournois des autres étudiantes. En sa compagne elle voit moins la personne que la figure symbolique d'une fille noire issue d'un milieu modeste et affrontant l'oppression. Et ce, malgré l'attitude singulièrement déplaisante d'une Minette impérieuse, sarcastique et animée d'un certain fanatisme religieux. La seule religion de Genna, c'est la piété bien intentionnée et, au bout du compte inefficace, des radicaux de l'époque. Ce qui la rend aveugle à la réalité jusqu'à la tragédie finale. Une tragédie que quinze ans - et des vies détruites - plus tard, elle tente de s'expliquer, offrant ainsi une peinture intime et douloureuse des tensions raciales de l'Amérique. "