couv27910575Le divan de Staline, Jean-Daniel Baltassat

Edition : Seuil

310 pages

Masse critique Babelio

 

Résumé

(Présentation de l'éditeur)

" 1950. Borjomi, Géorgie.

Pour quelques jours, Staline se retire au pays natal dans le palais décadent de feu le grand duc Mikhailovich. À la demande de la Vodieva, qui prétend l’avoir toujours aimé et ne lui avoir jamais menti, il y reçoit le jeune peintre prodige du réalisme socialiste, Danilov, concepteur d’un monument d’éternité à la gloire du Petit Père des Peuples.

Dans le bureau ducal, un divan identique à celui de Freud à Londres. Même kilims sur la couche et aux murs. « Que Staline dorme sur le divan du charlatan viennois, j’en connais à qui ça plairait de l’apprendre », dit Iossif Vissarionovitch.

On a beau être dans l’âge de la grande usure des émotions, on a encore le goût du jeu.

Voilà comment les choses vont se passer : pendant que Danilov subira les interrogatoires du redoutable général Vlassik, Staline s’installera sur le divan et la belle Vodieva prendra le fauteuil. Elle pratiquera la prétendue technique d’interprétation des rêves du charlatan tandis que lui se souviendra de ses histoires de nuit. L’enfance, sa mère, les femmes. Et surtout, le plus grand des pères menteurs : Lénine. Mais qui, mieux que Iossif Vissarionovitch Staline, saurait faire d’un mensonge une vérité et d’une vérité le mensonge ?

« Camarade Danilov, dit-il, la vie est devenue meilleure et plus gaie, voilà l’éternité de Staline. »

Danilov tremble devant celui qui sait tout et peut tout. Il tremblerait plus encore s’il savait ce qui l’attend. "

 

Commentaire

Un grand merci aux Editions Seuil et à Babelio pour cette édition spéciale de l'opération Masse critique, qui m'a permis de découvrir ce roman de la rentrée littéraire 2013.

C'est une véritable ambiance en huis-clos qui est développée par Jean-Daniel Baltassat dans Le divan de Staline. Car, malgré le foisonnement de militaires, de gardes et de domestiques autour de Staline, le récit ne se concentre véritablement que sur trois personnages, dont nous partageons les réflexions les plus intimes, les doutes et les souvenirs.

Staline lui-même, tout d'abord. Iossif Vissarionovitch a près de 70 ans lorsque débute le récit et il semble affaibli par les années. Les difficultés de sa vie passée (exil, suicide de son épouse...) encombrent sa mémoire et il tente apparemment d'ordonner ses pensées en se prêtant à l'analyse de ses rêves. Avec sa maîtresse de longue date, Lidia Semionova Vodieva, Staline décide d'appliquer la méthode d'analyse des rêves mise au point par Sigmund Freud (que Staline surnomme le Charlatan viennois) à certains épisodes dérangeants apperçus en rêve et qui lui ont laissé de mauvais souvenirs au réveil. Les séances d'analyse en question ne sont pas nombreuses (une seule avec la Vodieva, peut-être deux que Staline accomplit seul) mais elles permettent d'en apprendre plus sur la manière de penser de cet homme que tout le monde craint.

La Vodieva est le second personnage d'importance rencontré dans le roman. Encore belle et très bien faite malgré qu'elle ait passé la quarantaine, Lidia craint Staline mais est restée proche de lui. Leur relation a plus de vingt ans lorsque nous rencontrons cette femme dure et froide. Et, petit à petit, on se rend compte que, si Lidia est restée fidèle à Staline durant tout ce temps, c'est sans doute justement parce qu'elle le craint. Elle connaît l'homme (sans doute mieux que personne) et sait qu'il serait dangereux de s'aliéner son affection, même si Staline est aujourd'hui un vieillard affaibli.  La Vodieva nous offre autant de souvenirs et de réflexion que le Petit Père des Peuples et, grâce à Iossif Vissarionovitch et à sa maîtresse, c'est l'histoire de la Russie, de Lénine et de Staline qui se dessine peu à peu sous nos yeux. Histoire morcelée, certes, mais assez détaillée malgré tout : complots, rumeurs, bras de fer politiques, exils...

Le troisième personnage principal de ce roman est Valery Yakovlevitch Danilov, un jeune artiste chargé de célébrer la gloire de Staline grâce à une oeuvre monumentale. Ce jeune homme m'a donné l'impression d'être un équilibriste : son destin semble précaire et sa relation avec Staline ne semble pas idéale pour la carrière d'un artiste surdoué. Cette oeuvre qu'il doit réaliser va-t-elle mettre la vie de Danilov en danger ? Les vautours chargés de la sécurité de Staline tournoient autour de Danilov en cercles de plus en plus étroits, enquêtent en détail sur les moindres faits et gestes du jeune homme, sur ses relations, sur ce que son ex-petite amie pensait de Staline. Ils posent des questions indiscrètes. Le moindre aspect de la vie de Danilov semble devenir suspect.

Je retiendrai surtout de ce Divan de Staline une certaine ambiance. Oppressante et chargée de souvenirs. L'auteur maîtrise parfaitement bien son sujet et on ne peut qu'imaginer les nombreuses heures de recherches accomplies par Baltassat pour écrire ce roman, véritable condensé de l'histoire russe. Un bel exercice pour un beau roman.

 

Pour les curieux, n'hésitez pas à visiter le site internet des Editions Seuil ainsi que la page consacrée à ce roman.