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Le retour du professeur de danse, Henning Mankell

Titre original : Danslärarens återkomst

Edition : Points

538 pages

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Résumé

(Présentation de l'éditeur)

" Le jeune policier Stefan Lindman est sous le choc : il vient d'apprendre qu'il a un cancer, et que son ancien collègue Herbert Molin a été torturé mort. Pour tromper son angoisse, il part à l' autre bout de la Suède enquêter sur le meurtre de Molin. Que signifient les traces sanglantes sur le parquet, comme si le tueur avait dansé un tango avec le corps de sa victime ? Les ombres d'un passé très noir se réveillent. Elles ont frappé, et vont frappé encore. Mais Stefan n'a plus rien à perdre... "

 

Commentaire

Je passe d'un extrême à l'autre en ce qui concerne les polars, puisque après la tranquilité de l'écriture de Colin Dexter, je me replonge dans un polar de Mankell.

Pas de Kurt Wallander dans ce récit mais malgré cela, le suédois nous offre une fois de plus un héros déprimé. Mais il a une bonne raison de l’être : Stefan Lindman souffre d'un cancer de la langue et doit bientôt commencer une radiothérapie. Pessimiste, le policier âgé de 37 ans se voit déjà mort avant d'atteindre la quarantaine. Pour ne rien arranger, Stefan n'a pas de famille ou presque : ses parents sont morts, ses soeurs vivent loin et se soucient peu de lui. Seule une petite amie occasionnelle est là pour le réconforter, mais Stefan s'éloigne d'elle dès qu'il apprend sa maladie.

Pour se changer les idées, le jeune homme décide de s'intéresser à la mort de son ancien collègue. Alors qu'il est en arrêt-maladie, Lindman se rend dans les bois où vivait Molin et commence à se mêler à l'enquête. A cette occasion, il rencontre Giuseppe Larsson, le policier chargé de l'enquête. Et même si Stefan n'a normalement pas le droit de participer à l'enquête, les deux hommes vont collaborer.

L'ambiance de ce polar est assez sombre, mais elle est aussi très prenante. On se retrouve plongé dans l'automne suédois, dans des bois sombres et isolés où plusieurs personnes ont trouvé la mort : de quoi donner des frissons aux plus sensibles. Mais Mankell fait des merveilles dans ce polar. Contrairement à son habitude, il nous dévoile presque directement l'identité du meurtrier de Herbert Molin. Nous suivons alors pas à pas le chassé-croisé entre la police et le coupable, tout en essayant de deviner le mobile du meurtre (qui ne nous est pas révélé). Et puis, Molin n'est pas la seule victime : d'autres personnes sont en danger et on ne sait pas forcément qui les menace ni pourquoi.

Mankell profite également de ce polar pour dénoncer la collaboration de la Suède avec les Nazis : il n'hésite pas à nous révéler les bassesses de ces Suédois qui, croyant leur pays en danger de perdre son identité à cause des étrangers, n'hésitaient pas à rejoindre les rangs des SS et de l'armée allemande.

En bref, Le retour du professeur de danse est un excellent polar et permet de passer quelques bons jours en compagnie d'une bonne intrigue très bien maîtrisée par Mankell.

 

Quelques extraits :

" L'obscurité était encore compacte. Le long, le profond hiver du Noorland prenait lentement ses quartiers. Né à Ostersund quarante-trois ans plus tôt, Giuseppe ne comprenait pas ceux qui se plaignaient de la nuit et du froid. Pour lui, c'était la période de l'année où un calme infini descendait sur l'existence. De temps à autre, bien sûr, un type rendu fou par l'hiver se suicidait ou assassinait un proche. Il en avait toujours été ainsi, même la police n'y pouvait rien.

Mais ce qui s'était produit près de Sveg ne relevait pas de la folie ordinaire."

 

" Doucement, s'intima Stefan. Ne pas trop en dire, ni trop peu. Trouver les mots justes. Il veut savoir s'il a une part de culpabilité dans cette mort. Bien sur que oui. En tuant Herbert Molin, il a retourné une pierre. Les cloportes, pour parler comme Giuseppe, ont filé dans toutes les directions et, maintenant, ils veulent se réfugier sous la pierre. Ils veulent que quelqu'un remette la pierre au même endroit - là où elle était avant que la grande angoisse ne se propage dans la forêt.. "

 

" Giuseppe Larsson était un homme qui, fort de son expérience, ne tenait jamais rien pour acquis. Au matin du 26 octobre, il ouvrit les yeux grâce à la sonnerie de son réveil de secours. Il tourna la tête. Sur la table de chevet, son autre réveil s’était arrêté à trois heures et quatre minutes. Même un réveille-matin, on ne pouvait pas s’y fier. C’était bien pourquoi il en avait deux. "

 

" Le mort, avait-on appris, était un policier à la retraite qui avait emménagé dans le Härjedalen après une longue carrière d’enquêteur à la brigade criminelle de Borås. La veille au soir, Giuseppe s’était installé dans le canapé pour lire les fax transmis par Borås. Il possédait maintenant toutes les informations relatives à la victime. Pourtant, il lui semblait toujours être face à un grand vide. Aucun mobile, aucune trace, aucun témoin. À croire qu’une ombre bestiale s’était détachée de la forêt pour agresser Herbert Molin avec une cruauté inouïe, avant de se volatiliser. "

 

" [...] - Je suis parti de Boras parce que je suis malade. J'ai un cancer. Je suis en attente de commencer une radiothérapie. J'avais le choix entre Majorque et Sveg. J'ai choisi Sveg parce que je voulais comprendre ce qui était arrivé à Herbert Molin. Maintenant je me demande si j'ai bien fait.
Giuseppe hocha la tête. Ils restèrent une minute silencieux.
- Les gens veulent toujours savoir d'où je tiens mon prénom, dit enfin Giuseppe. Toi, tu ne m'as pas posé la question. Parce que tu pensais à autre chose. Je me suis demandé ce qui te préoccupait à ce point. Tu as envie d'en parler ?
- Je ne sais pas. En fait, non. Je voulais juste que tu saches.
- Alors je ne t'interrogerai pas. "

 

" Au moment de frapper à la porte, il fut prise d'une peur panique. Il entra. Le médecin était une femme. Il essaya de lire sur son visage à quoi il devait s'attendre : grâce ou condamnation à mort. Elle lui sourit, mais cela ne fit qu'accentuer son désarroi. Que trahissait ce sourire? Un manque d'assurance? De la compassion? Ou le soulagement de ne pas avoir à annoncer à un patient qu'il avait un cancer? "

 

" [...] Sur la table de cuisine, une thermos attendait déjà, à côté d'une assiette de brioches à la cannelle recouverte d'un torchon. Wigren apporta une deuxième tasse et l'invita à s'asseoir.
- On n'est pas obligés de parler, dit-il de façon inattendue. C'est possible de boire un café avec un inconnu en se taisant.
Ils burent leur café et mangèrent une brioche chacun. L'horloge au mur sonna le quart. Stefan se demanda ce qu'avaient bien pu faire ensemble les gens de ce pays avant l'arrivée du café. "

 

Livres lus du même auteur

Série Kurt Wallander

Tome 5 : Le guerrier solitaire

Tome 7 : Les morts de la Saint-Jean

Tome 8 : La muraille invisible