couv53402254L'étrangleur de Cater Street, Anne Perry

Titre original: The Cater Street Hangman

Edition: 10/18

382 pages

untitled

Résumé

Londres, 1881. Charlotte Ellison vit dans les beaux quartiers de Londres avec sa famille, mais malgré l'éducation irréprochable qu'elle a reçue, la jeune fille possède une personnalité très affirmée, ce qui ne plaît pas à tout le monde. De plus, elle adore lire, en cachette, les faits divers des journaux, ce qui est tout à fait inconvenant pour une dame de sa condition.

Mais lorsque des meurtres ont lieu dans Cater Street, près de chez elle, Charlotte est aussi choquée que les autres habitants du quartier. Les victimes, des jeunes femmes issues de différents milieux, sont étranglées à l'aide d'un fil d'acier avant d'être mutilées à coups de couteau.

Un beau jour, c'est Lilly Mitchell, la bonne des Ellison, qui ne rentre pas. Charlotte, seule à la maison, décide d'envoyer chercher la police. C'est l'inspecteur Pitt, séduisant mais débraillé, qui vient annoncer aux Ellison que Lilly est la troisième victime de l'étrangleur... La panique s'empare alors en douceur de chaque membre de la famille, qui commence à soupçonner les autres: où était Edward Ellison le soir du meurtre de Lilly? Pourquoi essaye-t-il de cacher ses faits et gestes à l'inspecteur Pitt? Quelle était la nature des relations que Dominic, le beau-frère de Charlotte, entretenaient avec les trois victimes?

Une autre question, plus effrayante, vient à l'esprit de tous: l'assassin va-t-il récidiver?

 

Commentaire

L'étrangleur de Cater Street est ma première incursion dans les mystères victoriens d'Anne Perry et c'est une découverte passionnante!

Dès les premières pages, le récit séduit le lecteur par son atmosphère particulière, typique du Londres de la fin du XIXe siècle.

"Aujourd'hui, on était en 1881, à mille lieues de ces histoires. Mr Disraeli venait de mourir. Les rues s'éclairaient au gaz; les femmes étaient admises dans les universités de Londres! La reine était impératrice des Indes, et l'empire lui-même s'étirait jusque dans les coins les plus reculés du globe. Wolfe et les plaines d'Abraham, Clive et Hastings en Inde, Livingstone en Afrique, et la guerre des Zoulous appartenaient au passe. Le prince consort était mort du typhus depuis vingt ans. Gilbert et Sullivan écrivaient des opérettes, comme H.M.S. Pinafore. Qu'aurait dit l'empereur Napoléon de tout ça?"

Les premières descriptions de l'univers de Charlotte permettent tout de suite de comprendre qu'elle est une jeune fille de la bonne société, vivant dans une habitation cossue et chaleureuse. Il faudra attendre l'intervention de Pitt et sa description des bas-fonds de Londres pour prendre connaissance, en même temps que Charlotte, de l'envers de ce décor.

Car, malgré sa modernité et son anti-conformisme, Charlotte est influencée, dans les jugements qu'elle porte sur la pauvreté, par l'éducation de jeune fille aisée qu'elle a reçue. Peu à peu, au contact de Pitt, elle va commencer à comprendre la vérité, à savoir que tous les criminels ne sont pas issus des quartiers pauvres et que les pauvres qui se lancent dans le vol ou dans d'autres activités malhonnêtes ne le font pas par plaisir, mais par nécessité. C'est une belle façon pour l'auteure de décrire les vicissitudes des plus démunis durant le règne de Victoria, qui paraît pourtant si prospère à nos yeux.

J’ai tout de suite apprécié Charlotte pour son ouverture d’esprit, sa curiosité et son franc-parler. Elle semble être la quintessence de la femme révoltée par le peu d’importance conférée à ses semblables à l’époque : souvent, Edward tente d’empêcher ses filles et sa femme de participer aux événements, et Charlotte se révolte et prend malgré tout part au déroulement de l’histoire.

Mais elle n’est pas le seul des personnages sur lequel se concentre le récit. Anne Perry passe de l’un à l’autre suivant les chapitres, nous donnant un aperçu intéressant de la manière dont chacun vit l’incursion de la police (considérée comme une bande de personnages vulgaires et infréquentable) et, surtout, de la mort, dans son univers autrefois si serein. Tous les hommes vont être pris de sueurs froides à un moment où à un autre, craignant d’être soupçonné par Pitt, auquel on reconnaît des qualités intellectuelles indéniables malgré son statut de policier. Les femmes, quant à elles, vont plus d’une fois craindre vivre sous le même toit que l’assassin…

Les non-dits de la famille Ellison vont être mis à nu par les meurtres commis dans Cater Street Et l’on se rend compte petit à petit que, sous leurs dehors respectables, les habitants des beaux quartiers cachent parfois autant de secrets honteux que les gens vivant dans des lieux de mauvaise réputation. Encore une façon, pour Anne Perry, de souligner les dysfonctionnements de la société londonienne du XIXe siècle.

 

2kxh4

Le Tableau de chasse Whoopsy Daisy: 1/9