couv3595150La lettre qui allait changer le destin d'Harold Fry arriva le mardi..., Rachel Joyce

Titre original : The Unlikely Pilgrimage of Harold Fry

Edition : XO

368 pages

Masse critique Babelio

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Résumé

Nous sommes mardi matin. Le facteur vient juste de déposer le courrier au domicile des Fry, à Kingsbridge. Maureen revient avec une enveloppe rose à la main et la remet avec indifférence à son mari, Harold, à qui la lettre est adressée.

La missive vient de Queenie Hennessy, une ancienne collègue et amie qui a un jour rendu un immense service à Harold. Quennie se trouve dans un centre de soins palliatifs de Berwick-upon-Tweed, en Ecosse. Elle souffre d'un cancer incurable.

Harold prépare une réponse à la lettre de Queenie. Il ne trouve pas sa lettre très satisfaisante mais la glisse tout de même dans une enveloppe et quitte la maison pour la poster.

En cours de route, Harold trouve une autre solution : il va marcher jusqu'à Berwick et sauver Queenie ! Il téléphone au centre de soins palliatifs et demande à l'infirmière qui lui répond de transmettre un message à son amie : Queenie doit l'attendre, survivre aussi longtemps qu'il marche. Et, une fois qu'Harold sera près d'elle, tout ira mieux.

 

Commentaire

Je remercie Babelio et les Editions XO pour cette édition spéciale de Masse Critique et, surtout, pour cette belle histoire.

Le livre qui allait changer le futur visage de mon bilan du mois d'octobre 2012 est arrivé un jeudi.

Avec des mots simples et des sentiments universels, Rachel Joyce nous fait partager l'incroyable traversée de l'Angleterre dans laquelle Harold se lance. Sans équipement, avec ses chaussures de bateau aux pieds, Harold se lance dans une marche pour l'amitié, pour l'amour, pour la rédemption...

Chaque chapitre du roman est l'occasion d'une rencontre pour Harold ou Maureen. Chacun doit alors dépasser les blocages de sa personnalité ou ses préjugés pour profiter de ces contacts avec les autres. En plus de marcher pour Queenie, Harold donne aussi clairement l'impression de marcher pour lui-même, pour Maureen et pour tous ceux qu'il rencontre.

Durant sa marche, la vie d'Harold défile devant ses yeux, les bons comme les mauvais moments. Ces séquences souvenir sont l'occasion pour nous d'en apprendre plus sur Harold, sur sa vie de couple et sa famille. Homme effacé, peu désireux d'attirer les regards, Harold a été traumatisé par une enfance passée entre un père alcoolique et une mère indifférents, qui quittera le domicile conjugual avant le treizième anniversaire d'Harold. A 16 ans, le jeune homme qu'il est devenu est mis à la porte par son père...

Sa rencontre avec Maureen semble annoncer enfin un renouveau et des périodes de bonheur pour Harold. Mais, au fil des réflexions des deux époux, on comprend que les union les a laissés insatisfaits. La personnalité étrange de leur fils, David, et sa disparition, ont encore érodé la relation des époux Fry.

Alors, la marche d'Harold vers l'Ecosse commence à apparaître aussi comme une bouffée d'oxygène, un exercice salutaire lui permettant de s'évader d'une existence terne et étriquée. La marche n'est pas uniquement destinée au sauvetage de Queenie, elle sert aussi à secourir Harold lui-même.

Le récit s'enchaîne sans faille et accroche le lecteur dès le début. Mais les parties du roman où Harold est rejoint par une foule de " pèlerins " (comme ils se nomment eux-mêmes) qui croient participer au sauvetage de Queenie alors qu'ils ne font que semer la pagaille sont beaucoup moins " lumineuses ". Moins d'espoir s'en dégage, on sent que la suite ne s'annonce plus aussi facile pour Harold. J'ai eu le sentiment, durant ces passages, que notre héros était dépossédé de quelque chose qui n'appartenait auparavant qu'à lui. C'est comme si sa marche était dépouillée de la pureté et de la simplicité qu'elle reflétait au départ ; comme si cette impulsion irrésistible qui a poussé Harold à se mettre en route commençait à s'essouffler, étouffée par le faux enthousiasme des idiots qui tentent de se faire remarquer en rejoignant Harold.

Et le manque de réaction d'Harold lui-même m'a paru intolérable, presque douloureux ! Pourquoi ne demande-t-il pas à ces gens de le laisser, de marcher seuls et dans une autre direction si tout ce qu'ils souhaitent, c'est de faire une petite randonnée dans le nord de l'Angleterre ? L'objectif d'Harold semble tellement plus important...

Malgré ce petit moment éprouvant pour les nerfs, La lettre qui allait changer le destin d'Harold Fry arriva le mardi... est un récit absolument magnifique. Plein d'espoir et de " foi " (pour utiliser l'expression d'Harold lorsqu'il parle de sa longue marche), il donne l'impression qu'il est toujours possible de changer sa vie et celle des autres. Il est aussi toujours possible de recommencer, de repartir à zéro, quel que soit l'âge que l'on a atteint. Il suffit juste d'y croire de toutes ses forces !