couv70177148In Celebration, Plays Two, David Storey

Edition : Methun World Classics

259 pages

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Résumé

Les Shaw fêtent leur quarantième anniversaire de mariage dans leur petite maison d'un quartier de mineurs, dans le nord de l'Angleterre. A cette occasion, leur trois fils, Steven, Andrew et Colin viennent les rejoindre.

Pour ces trois enfants, les Shaw ont tout donné. Chacun a reçu une éducation universitaire et réussit plus ou moins bien - selon sa personnalité - dans la branche qu'il a choisie.

Au fur et à mesure que passent les heures, les non-dits commencent à plomber les relations de cette famille très chrétienne et unie. Les problèmes des Shaw vont alors refaire surface et les langues vont se délier, révélant le drame que les parents cachent depuis plus de quarante ans...

 

Commentaire

David Storey est un auteur de théâtre, scénariste et romancier britannique. Peu connu en dehors de son propre pays, ses pièces de théâtre ont pourtant marqué leur époque.

In Celebration met en scène une famille modeste, où tout le monde semble s'adorer. Les premières scènes montrent des parents aimants, qui se sont sacrifiés toute leur vie afin de donner une éducation irréprochable à leur trois enfants, espérant ainsi les voir échapper à la mine, lieu de travail de Mr Shaw.

Et l'affection des enfants pour leurs parents semble aussi forte. Les garçons arrivent chacun à leur tour dans leur ancienne maison et sont apparemment heureux d'être là et de fêter l'anniversaire de mariage de leurs parents en famille.

Colin, le second fils, est, d'un point de vue professionnel, le plus doué des trois. Il occupe un poste de cadre et gagne bien sa vie. En plus de cela, Colin est également gentil et généreux : il n'hésite pas, par exemple, à emmener ses parents dîner dans un restaurant chic pour leur anniversaire de mariage.

Steven, le plus jeune des trois, est professeur. Des trois frères, il est aussi celui qui a la vie de famille la plus épanouie : Steven est marié et père de quatre enfants.

Andrew, l'aîné, est l'ovni de la famille. Avocat à l'origine, il a plaqué sa profession pour devenir artiste, carrière pour laquelle il n'est pas très doué.

A voir l'ambiance festive et amicale qui se dégage des premières pages, on se demande ce que Storey va bien pouvoir nous raconter : 50 pages de dialogues pour nous parler du bonheur d'une famille, ça fait long, non ?

Mais l'auteur cache bien son jeu et la gentille petite réunion familiale tourne vite au cauchemar pour ses participants. C'est d'ailleurs à cause d'Andrew que l'on finit par apprendre toute la vérité sur la famille Shaw. Car, en plus d'être l'original de la bande, celui qui a troqué une profession lucrative contre une lubie, Andrew est aussi celui qui n'hésite pas à clamer haut et fort ce que les autres pensent tout bas. Plus d'une fois durant cette réunion familiale, il va souligner les problèmes que les autres essayent d'oublier, déterrer les vieux mensonges, rappeler à ses propres parents des souvenirs qu'ils préfereraient ne pas remuer. Cruel ? Oui, car Andrew semble plus d'une fois manquer de respect envers ses vieux parents. Mais jouissif pour le lecteur qui n'en revient pas d'apprendre ce que le début gentillet de la pièce cachait si bien.

(Attention, spoilers !!!)

Le secret des Shaw, c'est un quatrième fils. Né hors mariage et non désiré. Moins aimé que les autres. Andrew se souvient de lui comme ayant été frappé jusqu'à présenter, sur sa peau, un " beau " dégradé de bleu et de noir ; alors que les trois autres fils ont toujours été adorés par leurs parents.

Finalement, ce quatrième fils (né avant les trois autres) a arrangé tous les problèmes de ses parents en mourant d'une pneumonie à l'âge de sept ans. Plus besoin de mentir pour les Shaw. Plus besoin de prétendre que cet enfant était né avant terme afin de cacher la disgrâce que représente, à leur époque, un enfant illégitime. On en vient à se demander s'ils n'ont pas "oublié " de prodiguer des soins à ce fils, afin d'en être plus rapidement débarassés...

Mais Andrew s'en souvient... Obsédé par le peu de souvenirs qu'il garde de ce grand frère mal-aimé, il observe sa famille, émet des sous-entendus et finit par se rendre compte que Steven, lui aussi, semble influencé par le drame de ce quatrième fils. Steven est triste, à la limite de la dépression. Il pleure et parle dans son sommeil ; inconsciemment, il se souvient de cet enfant mort à sept ans, quand lui-même n'était encore qu'un bébé.

Andrew décide alors de réclamer une explication à ses parents. Mr Shaw ne veut pas que sa femme soit mêlée à cette triste histoire et se charge de raconter lui-même le drame qui a frappé cette famille.

(Fin des spoilers)

In Celebration joue sur la psychologie des personnages. La gêne des parents envers leur enfant illégitime, le manque d'amour dont celui-ci a souffert, influence les trois fils survivants des Shaw. Chacun est mélancolique, Andrew est, en plus, instable. Steven ne parle jamais de ses enfants durant la pièce : cela vient-il du traumatisme de la perte d'un frère aîné ? Eprouve-t-il, inconsciemment toujours, des difficultés relationnelles avec ses propres enfants à cause de la conduite indigne de ses parents ? Mystère. C'est au lecteur de décider...

Et, comme si cela ne suffisait pas, les trois garçons semblent mal à l'aise, aussi bien dans la maison familiale que lorsqu'ils évoquent des bribes de leur vies privées. Ils ne sont plus à leur place dans le monde de leurs parents, celui des mines, des petits ouvriers et des familles modestes. Leur éducation, leur fréquentation des meilleures écoles, leurs diplômes universitaires, tout cela les a définitivement coupés du monde ouvrier dans lequel évoluent leurs parents. Mais, malgré ce vernis de sophistication, leur origine modeste est toujours là ; elle leur colle à la peau comme la suie du charbon colle à celle de leur père. Et, de ce fait, ils ne sont pas non plus exactement à leur place dans leur " nouveau " monde, celui dans lequel ils travaillent.

Magnifique, puissante, choquante et triste à la fois, In Celebration est sans doute l'une des meilleures pièces du théâtre anglais contemporain. A lire au moins une fois, pour s'imprégner de l'ambiance très spéciale que Storey donne à cette réunion familiale pas comme les autres.