couv42029505Vent d'Est, vent d'Ouest, Pearl Buck

Titre original : East Wind, West Wind

Edition : Livre de poche

314 pages

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Résumé

Avant sa naissance, Kwei-Lan a été promise au fils d'un ami de son père. Si la jeune fille a été élevée dans la plus pure tradition chinoise, ce n'est pas le cas de son fiancé. Le jeune homme est parti étudier la médecine en Occident et en est revenu avec des idées extrêmement modernes, oubliant progressivement les traditions de ses ancêtres.

Après son mariage, Kwei-Lan applique les enseignements de sa mère et ne parvient pas à séduire son mari. Elle en souffre beaucoup et commence à se poser beaucoup de questions sur les différences culturelles entre elle et son mari.

Le frère de Kwei-Lan, de son côté, a passé quelques années aux Etats-Unis. Il y a rencontré Mary, une jeune femme américaine, et l'a épousé là-bas, selon les traditions occidentales. Lorsqu'il ramène sa jeune épouse chez lui, cela provoque un véritable choc dans la famille. Sa mère le prie de répudier son épouse et de se marier, comme il était convenu depuis de nombreuses années, avec la jeune Chinoise que ses parents ont choisi pour lui.

 

Commentaire

Raffinement, douceur et délicatesse sont les premiers mots qui viennent à l'esprit lorsque l'on ouvre Vent d'Est, vent d'Ouest. La plume de Pearl Buck est particulièrement élégante et convient parfaitement à la voix de Kwei-Lan, qui nous raconte son histoire, et que l'on imagine douce et calme.

Kwei-Lan nous est une héroïne particulièrement discrète. Elevée dans la cour des femmes, elle doit se conformer, dès son plus jeune âge, aux ordres de sa mère, qui ne l'élève qu'en vue de son mariage, une fois qu'elle aura atteint l'âge requis :

" Kwei-Lan, ma fille, me dit-elle, tu es sur le point d'épouser l'homme auquel tu fus promise avant que de naître (...). Telle était ta destinée. Tu fus élevée dans ce dessein.

" Durant les dix-sept années de ta vie, j'ai eu en vue cette heure de ton mariage. En faisant ton éducation, j'ai songé à deux personnes : la mère de ton mari et ton mari lui-même. C'est pour sa mère que je t'ai appris à préparer et à présenter le thé à une personne âgée, à te tenir devant elle comme il sied, et à écouter en silence ses paroles, soit de louange soit de blâme. En tout cas, je t'ai dressée à te soumettre, de même qu'une fleur subit le soleil et la pluie. "

Kwei-Lan a appris des traditions centenaires, selon lesquelles une femme ne peut séduire un homme que par des sous-entendus. On ne dévoile pas ses sentiments, on ne montre aucun signe d'affection et, surtout, on ne tente pas d'imiter les Occidentaux, ces gens vulgaires et barbares. La séduction Chinoise est toute en retenue et très pudique.

Tout cela se révèle malheureusement inutile. Le mari de Kwei-Lan est revenu d'Occident avec de nombreux préjugés sur les traditions de ses ancêtres et il ne parvient plus à comprendre les femmes Chinoises. Il remet en question les coutumes de son pays et souhaite que sa jeune épouse rejette les principes qu'elle tient de sa mère. Le jeune homme choque Kwei-Lan le jour où il lui affirme que ses pieds bandés sont vilains et mauvais pour sa santé. La jeune fille est si fière de ses petits pieds ! Elle a tant souffert avant de pouvoir supporter les bandes sans pleurer !

" ' Depuis notre mariage, je veux vous demander si vous ne voudriez pas débander vos pieds. C'est malsain pour votre corps tout entier. (...) ' "

"  '(...) Aussi je désire que vous débandiez vos pieds, car ce n'est pas beau, et puis, c'est passé de mode. Cela ne vous touche-t-il pas ? ' Il sourit légèrement et me regarda avec bienveillance.

Mais je retirai hâtivement mes pieds sous mon fauteuil. J'étais saisie par ses paroles. Pas beau ? Moi qui avais toujours été si fières de mes petits pieds ! Toute mon enfance, ma mère elle-même avait présidé aux bains d'eau chaude et à l'enveloppement des bandes - de plus en plus serrées - chaque soir. Quand je pleurais, dans ma souffrance, elle me priait de songer au jour où mon mari louerait la beauté de mes pieds.

Je baissai la tête pour cacher mes larmes. Je me rappelais toutes ces nuits agitées, ces journées pendant lesquelles je ne voulais ni manger ni jouer, et où je restais assise sur le bord de mon lit en balançant mes pauvres pieds pour alléger la pression du sang. Et maintenant, après avoir tout supporté jusqu'à ce que la douleur cesse - depuis à peine un an - apprendre qu'il les trouvait laids ! "

La pauvre Kwei-Lan va donc devoir choisir entre la tradition et l'amour de son mari. Si elle souhaite intéresser et séduire ce dernier, elle doit oublier tout ce qu'elle a appris dans la cour des femmes de la maison de ses parents. Peut-on oublier aussi facilement dix-sept années de sa vie ?

Petit à petit, la jeune fille s'ouvre aux idées de son mari et leur couple atteint enfin une certaine forme d'harmonie, celle que Kwei-Lan espérait tant. Mais malgré tout l'amour qu'elle porte à son époux, Kwei-Lan ne parvient pas à se détacher tout à fait des coutumes de son pays : elle se rend plusieurs fois en cachette au temple, pour brûler de l'encens devant les dieux ; habille son enfant comme un vrai petit Chinois ; révère les anciens, ses parents comme ses beaux-parents.

A peine le ménage de Kwei-Lan a-t-il atteint un certain équilibre que celui-ci se retrouve menacé par l'arrivée du frère de la jeune fille et de celle que tout le monde appelle " l'étrangère " (la femme américaine du frère de notre héroïne). Kwei-Lan et son mari acceptant d'héberger le jeune couple, la mère de Kwei-Lan ne va-t-elle pas penser que sa fille prend parti contre elle et soutient son frère qui n'a pas respecté ses obligations filiales ?

Kwei-Lan a plutôt tendance à partager l'avis de sa mère et ne comprend tout d'abord pas pourquoi son frère s'obstine à refuser le mariage prévu avec une jeune Chinoise. Elle est également choquée de la tendresse que l'étrangère manifeste à son frère en public. Mais, en y réfléchissant, Kwei-Lan se rend compte que l'amour de l'étrangère pour son frère n'est pas très différent du sentiment qu'elle-même éprouve pour son mari. Les deux jeunes femmes se rapprochent petit à petit, mais sans vraiment devenir intimes.

J'ai trouvé Kwei-Lan particulièrement touchante. La peine qu'elle éprouve lorsque, au début de son mariage, son mari ne semble pas la remarquer, est tellement profonde que l'on ne peut que ressentir de la sympathie pour cette toute jeune fille perdue au milieu de courants contraires. D'un côté, le vent d'est, celui de son pays et de ses ancêtres ; de l'autre le vent d'ouest, celui de son mari, de son frère et de l'épouse de celui-ci. Ces deux influences s'opposent dans le coeur de Kwei-Lan qui ne sait laquelle choisir. Bien souvent, elle choisit de suivre les coutumes occidentales, pour plaire à son mari. Mais dans son coeur, Kwei-Lan reste fidèle à ce que sa mère lui a appris.

"(...) Même à présent, je lis clairement dans le coeur de ma mère, et si j'étais seule, je trouverais qu'elle a raison, selon les traditions de notre peuple.

C'est mon mari qui a opéré en moi ce changement (...) "

Vent d'Est, vent d'Ouest m'a complètement dépaysée, grâce à l'excellente connaissance de la culture chinoise de son auteure (Pearl Buck a grandi en Chine). Un grand merci à Suzanne qui a suggéré cette lecture commune !

 

Quelques extraits :

" Je puis vous raconter ces choses, à vous, ma sœur. Je ne saurais en parler avec l'un des miens, car il ne se ferait aucune idée de ces contrées lointaines où mon mari a passé douze ans, et je ne me sentirais pas libre non plus auprès de ces étrangères qui ne connaissent ni mon peuple ni notre manière de vivre depuis l'Ancien Empire. Mais vous ? Vous avez passé votre existence entière parmi nous. Même si vous appartenez au pays où mon mari a étudié dans ses livres occidentaux, vous comprendrez, je ne vous cacherai rien. Je vous ai appelée ma sœur, je vous dirai tout. "

 

" - (...) Ce sont des jours cruels pour les vieux ; aucun compromis n'est possible entre eux et les jeunes ; ils sont aussi divisés que si un couperet neuf avait tranché la branche d'un arbre.
- C'est très mal, murmurai-je.
- Non, ce n'est pas mal, répondit-elle, mais seulement inévitable. La chose la plus triste du monde. "

 

" Je suis assez belle alors, et prête pour lui. Mais dès l'instant où son regard s'abaisse sur moi, je m'aperçois qu'il ne remarque rien, ni lèvres ni sourcils. Ses pensés voguent ailleurs, par terre et par mer, partout où je ne suis pas à l'attendre. "

 

" Je ne me tourmentais plus de mon apparence en face de mon mari. Je ne lançais même pas le moindre coup d'oeil à la glace, pour voir si je semblais fraîche ou bien arrangée. Le soir, mes yeux étaient gonflés de larmes et ma voix rauque de sanglots impossibles à contenir. Chose étrange, demeuré froid devant ma beauté, mon mari s'émut de ma détresse. "

 

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Lecture commune du Café La Jasette

 

 

 

Dans le même genre, j'ai envie de découvrir :

couv21632495Le Palanquin des larmes de Chow Ching Lie, aux Editions J'ai lu.

Présentation de l'éditeur :

" Mariée de force lors de l'avènement de la Chine nouvelle, la jeune écolière Chow Ching Lie, choisie pour sa beauté exceptionnelle par la plus riche famille de Shanghai, monte à treize ans sur le palanquin fleuri qui la conduira dans sa belle-famille: pour elle, ce sera le palanquin des larmes.
Ecrasée sous la tutelle d'une belle-mère tyrannique, Chow Ching Lie arrivera quand même à devenir une pianiste internationale.
En même temps que son drame personnel elle nous fait vivre à travers ses yeux d'enfant, ses larmes de jeune mariée et ses joies de mère, les bouleversements d'une Chine ancestrale face à la révolution de Mao Tsé Toung. "