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North and South

Elizabeth Gaskell

Titre français : Nord et Sud

Editions Wordsworth, 448 pages

petit-coeur

Un extrait

“ But the cloud never comes in that quarter of the horizon from which we watch for it.”

 

Résumé

Margaret Hale a grandi chez sa tante, à Londres, où ses parents l’ont envoyée afin qu’elle ait une éducation « comme il faut ». A 18 ans, toutefois, il est temps pour elle de rejoindre ses parents à Helstone, dans la modeste maison familiale.

La mère de Margaret est issue de la petite noblesse, et son père est pasteur. Toutefois, ce dernier a caché un secret à sa femme et à sa fille : il compte quitter l’église et retourner à la vie civile. La famille devra donc quitter Helstone et s’établir dans un endroit plus modeste, où elle pourra vivre décemment malgré la modicité de ses revenus. Mr Hale a jeté son dévolu sur Milton, une ville industrielle du Darkshire (comté fictif), où il pourra devenir précepteur.

Son premier élève est John Thornton, un industriel de la ville, devenu riche grâce à un travail acharné et à une forte personnalité. Lorsque Margaret le rencontre, il ne lui plaît pas : elle n’aime pas les gens qui gagnent leur vie comme lui, grâce au commerce et à l’industrie, et le trouve aveuglés par ses préjugés. Quant à Thornton, il trouve Margaret bien trop fière pour sa modeste condition.

Petit à petit, les relations entre les deux jeunes gens vont évoluer.

 

Mon avis

Nord et Sud était conseillé il y a quelque temps par les Editions Vintage comme étant le roman idéal pour les fans de Jane Austen et, plus particulièrement, pour ceux qui aiment Orgueil et Préjugés. J’étais donc impatiente de découvrir ce classique de la littérature anglaise.

Et c’est vrai que la personnalité des deux principaux protagonistes, Thornton et Margaret, est assez identique à celles de Darcy et Elizabeth. Dans les deux cas, l’un est rempli de préjugés et l’autre est fière, limite hautaine. [Spoiler, sélectionnez le texte pour le lire] Et puis, dans les deux cas, il y a une histoire d’amour entre ces deux personnes qui, au départ, ne s’aiment pas, mais finissent par tomber amoureux. Et il y a, de surcroît, la première demande en mariage de Thornton, refusée par Margaret.

Mais il y a aussi beaucoup de différences entre les deux histoires.

Nord et Sud est un roman « industriel », qui tire son titre de l’opposition entre le Nord, industriel et âpre, symbolisé par Thornton et le Sud, doux et campagnard, que Margaret idéalise pendant une bonne part du roman. L’ambiance générale du roman est donc très différente de celle d’Orgueil et Préjugés.

Arrachée à son village et à sa maison qu’elle venait seulement de retrouver, Margaret se retrouve dans une ville sombre et inconnue, où l’air empeste les différentes odeurs des fumées des industries de la ville, et au milieu de personnes bien différentes de celles qu’elle côtoyait habituellement : on comprend donc le mal du pays qui l’assaille au début du récit. Pourtant, Margaret s’adapte bien et finit par se faire des amis dans la classe ouvrière de Milton (ville pour la création de laquelle Elizabeth Gaskell s’est inspirée de Manchester, où elle vécut après son mariage).

Milton n’est pas le seul problème de Margaret : elle doit aussi prendre en charge des parents qui m’ont paru assez infantiles tout au long du roman. Avant de tomber malade, sa mère se plaignait déjà constamment et pleurnichait sur son passé de jeune femme riche et oisive, et Margaret devait sans arrêt la consoler ; une fois malade, Mrs Hale n’est pas plus agréable et, au lieu d’être reconnaissante des soins et de la patience de Margaret, elle pleure sur son fils, qu’elle n’a plus vu depuis des années. Les reproches ne manquent pas : que fait Margaret là, alors que Mrs Hale souhaite voir Frederick et rien que lui ? Margaret ne fait donc pas seulement preuve d’une très belle capacité d’adaptation : elle est également extrêmement patiente avec une mère capricieuse et difficile.

Quant à Mr Hale, il n’est pas mieux. Homme indécis, qui se referme très vite sur lui-même à la moindre difficulté, il se repose beaucoup sur sa fille qui, rappelons-le, n’a que 18 ans au début de l’histoire… Margaret doit s’occuper de son père comme d’autres s’occupent d’un enfant et, lorsque Mr Hale se retrouve veuf, il est éperdu de chagrin et trouve normal que sa fille s’épuise à tenter de le consoler.

Bref, dans la famille Hale, les parents sont apparemment incapables de se prendre en charge, tandis que les enfants ont les pieds fermement plantés sur Terre. Et Margaret semble encore plus indépendante et plus courageuse que son alter-ego « austenien », Elizabeth Bennet (qui n’est pourtant déjà pas mal dans son genre et pour son époque). Margaret est toutefois beaucoup plus réservée et plus fière qu’Elizabeth.

Les « amis » de Margaret sont heureusement bien plus agréables que ses parents. Ainsi, Nicholas Higgins, sous des dehors bourrus d’ouvrier du Nord, cache un cœur d’or. Ses filles sont aussi intéressantes, même si Mary n’intervient pas beaucoup dans le récit.

Seul problème avec cette classe ouvrière avec laquelle se lie Margaret : Elizabeth Gaskell « imite » l’accent du Nord dans son écriture. C’est une manie qu’ont certains écrivains et que je trouve particulièrement désagréable (Niki aussi !), notamment parce qu’elle ralentit considérablement la lecture et qu’elle oblige à deviner le sens de certains mots. C’est ainsi que, dans la bouche des ouvriers de Milton, « all » devient « a’ », « she » devient « hoo », « you » devient « yo’ » et « maybe/perhaps » devien « mappen »... Les longues tirades durant lesquelles Higgins explique le fonctionnement du syndicat, les raisons de la grève des ouvriers et leurs relations avec les patrons des industries, qui pourraient être intéressantes, deviennent de ce fait agaçantes : on a presque hâte que le bonhomme (au demeurant très sympathique) disparaisse du récit pour être débarrassé de son patois (malheureusement utilisé par d’autres que lui)

A part ce léger problème de langage, j’ai apprécié les personnages secondaires de ce roman tout autant que Margaret et Frederick Hale, John Thornton et Mrs Thornton. Tous ceux-ci très réalistes, avec leurs défauts, leurs colères, leurs passions, leurs émotions : ils sont plus proches des « vraies » personnes que des personnages de romans. Et forcément, on s’y attache.

Dans Nord et Sud, il y a donc toute une galerie de personnages qui gravitent autour de Margaret Hale et John Thornton, ce qui distingue encore ce roman de Gaskell de celui d’Austen. Et ces personnages sont, pour la plupart, de pauvres ouvriers du Nord de l’Angleterre. Les conflits entre ces derniers et leurs patrons sous-tendent donc tout le récit et apportent une certaine richesse à l’histoire qui n’est donc pas qu’une simple romance. Et si ce roman de Gaskell est si bien écrit et si agréable à lire, c’est justement à cause de cette perspective plus « large », du fait que le récit est bien plus [Spoiler, sélectionnez le texte pour le lire] qu’une histoire d’amour entre deux jeunes gens que tout semble opposer.

 

En bref

Récit à la fois beau et douloureux, tendre et dur, triste et joyeux, Nord et Sud porte bien son titre, car l’histoire d’Elizabeth Gaskell semble opposer de nombreux sentiments. Ce roman intense tire sa qualité de ses personnages et de ses descriptions de la révolution industrielle et de la lutte des classes.

 

Les Vieux

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